Kyrgios et Nadal mettent leur vision du sport en jeu

TennisL’Australien et l’Espagnol se défient dans un choc qui peut changer la face du tournoi et incarne la plus profonde des oppositions

Nick Kyrgios aime le bluff, l’esbroufe, la provocation. 
Le trublion australien vit le tennis comme un spectacle.

Nick Kyrgios aime le bluff, l’esbroufe, la provocation. Le trublion australien vit le tennis comme un spectacle. Image: REUTERS

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Wimbledon retient son souffle: il tient sa «finale de la première semaine». L’expression n’existe pas, elle ne veut rien dire. Mais puisque Nick Kyrgios est un maître de l’absurde, il faut oublier la logique et les standards. Cet après-midi, le Centre Court de Wimbledon sera le théâtre d’une étrange rencontre entre deux mondes. Il va mettre en scène deux façons de vivre; de penser l’autre et l’effort, le don et la lutte. «Je ne crois pas que Rafa et moi pourrions prendre une bière ensemble au Dog & Fox», résume l’Australien. Il a raison. D’abord parce que Rafael Nadal ne s’aventurerait jamais dans le bouillant pub de Wimbledon Village. Ensuite et surtout parce que les deux hommes ne parlent pas le même langage.

Incompatibilité chronique

Pour essayer de comprendre cette incompatibilité chronique, il faut retourner dans l’atmosphère surchauffée du central d’Acapulco, le 28 février. Après trois heures d’un match fou, Nick Kyrgios sauve trois balles de match pour estourbir l’Espagnol sous la bronca du public mexicain. Trois jours plus tard, il remporte le tournoi grâce, selon lui, «aux bienfaits d’une séance de jet-ski avant chaque match». «Kyrgios n’est pas méchant, je pense même que c’est un bon garçon. Mais il manque un peu de respect au public, à son adversaire et à lui-même, maugrée Rafael Nadal au bout de cette soirée mémorable. Il va devoir améliorer cela.» Tout le monde y avait alors vu une vexation face au service à la cuillère tenté par «Dirty Nick». C’était passer à côté du sujet.

Car entre ces deux-là, l’opposition est trop profonde pour se résumer à une astuce. Quand Rafael Nadal croise Nick Kyrgios, c’est en effet deux visions du sport qui s’opposent. Chez l’Espagnol, le tennis est une quête intérieure, un cheminement. Et le rapport de force demeure un outil qui doit conduire au dépassement de soi; peu importent les contingences liées au score, à l’adversaire ou au public. Pour schématiser, «Rafa» exige la même chose de lui-même en finale de Wimbledon contre Federer que face à un junior de son académie un jour de reprise. «Ma plus grande satisfaction n’est pas d’avoir gagné mon douzième Roland mais d’avoir changé la dynamique, d’avoir modifié mon état personnel, expliquait-il à «L’Équipe» à la veille du tournoi. Bien sûr que j’en suis fier. Avoir été plus fort que mes propres problèmes, ça, c’était une sacrée émotion.»

Nick Kyrgios peut-il comprendre cette fierté? Et arrive-t-il seulement à être fier de lui? Rien n’est moins sûr. Car le trublion australien vit le tennis comme un spectacle. Chacun de ses ressentis est influencé par le monde extérieur et chacune de ses actions dictée par leur potentielle réception. «Dirty Nick» est une performance, au sens artistique du terme. Et à ce titre, sa seule éthique est le divertissement. Mardi face à Jordan Thompson, il a ainsi «balancé» le quatrième set (0-6 en 18 minutes) pour mieux resurgir au cinquième. Un artifice qui n’est même pas envisagé par le logiciel de Rafael Nadal. «Mais quand un boxeur baisse sa garde, est-ce que cela signifie qu’il renonce à combattre?» a recadré l’Australien devant la presse.

«Je ne changerai jamais»

Nick Kyrgios aime le bluff, l’esbroufe, la provocation. Il préfère le geste à son utilité, l’esprit d’équipe au développement personnel. Sa vie est un All Star Game, le trash talk en prime. «Je pense que notre sport a un sérieux problème avec les gens différents, expliquait-il mardi. Or je ne changerai jamais. Je joue comme ça depuis que j’ai 12 ans et c’est ainsi que je prends du plaisir. Les gens ont beau dire que ce n’est pas correct, que je manque de respect à tout le monde, je sais qu’ils viendront quand même me voir.»

Le spectacle pour le spectacle, toujours. Nick Kyrgios brandit souvent ce dogme comme un refuge (factice?) face à la dictature du résultat. Et parfois, il le transforme en superpouvoirs. «Contre les meilleurs, il a souvent envie de jouer (ndlr: 3-3 entre les deux hommes, Kyrgios s’est imposé ici en 2014). Et dans ce cas, il devient dangereux», a grimacé Nadal. C’est l’enjeu sportif de cette «finale de la première semaine»: va-t-elle faire «plouf» ou «wouah»? Pour tout le reste – entre comic strip et éthique de travail – même le Centre Court de Wimbledon ne pourra trancher.

Créé: 03.07.2019, 22h28

Stan Wawrinka paie son départ manqué

Stan Wawrinka a quitté Wimbledon sur une frustration paradoxale. Il a été éliminé par Reilly Opelka (63e mondial), au bout d’un cinquième set intense mais à cause d’un début de match raté (5-7, 6-3, 6-4, 4-6, 6-8). Étrange? Certes. Mais pas impossible, surtout à Wimbledon et surtout face à un escogriffe de 211 cm qui semble sorti du même moule que John Isner. «J’ai eu mes chances au début du quatrième set. Je bougeais mieux, lui mettais beaucoup de pression. C’est là que réside mon seul regret du match: un revers long de ligne que je rate sur une de mes balles de break (ndlr: il s’en est procuré trois au 4e set, deux au 5e). Ensuite je me fais breaker sur un mauvais jeu et je n’arrive pas à prendre le dessus dans la manche décisive. C’est la loi du gazon.»

Stan Wawrinka a raison de relativiser. Il a perdu un match sur un fil, contre un joueur dont le service de mammouth peut assommer n’importe qui dans un bon jour. Durant quatre sets, il a même évolué à un bon niveau, retournant par exemple mieux qu’au Queen’s (défaite contre Mahut). Mais pourquoi avoir attendu la perte du premier set pour convoquer ce supplément d’intensité, dans les frappes et le jeu de jambes, qu’exige un adversaire aussi dangereux? En offrant par sa passivité la première manche à Opelka, le Vaudois a laissé le germe de l’ambition pousser dans la tête du géant américain. Ce dernier aurait-il trouvé les mêmes ressources à l’échange s’il avait été mené deux sets à zéro? Aurait-il servi avec le même relâchement dos au mur? Rien n’est moins sûr. «Il reste encore beaucoup de matches à jouer cette saison et mon niveau de jeu est bon. Malgré de grosses variations, je sais qu’il peut me permettre de battre tout le monde. Je veux toujours lutter pour une place au Masters (il est 14e à la Race).» Dans un circuit qui semble très ouvert derrière le top 5 (Djokovic, Nadal, Federer, Thiem et Tsitsipas), l’ambition est légitime. Mais à condition de mieux commencer ses matches. Pour imposer son statut et éviter de se retrouver sur un fil. M.A.

Principaux résultats

Simple messieurs.2e tour:

Opelka (USA) bat Wawrinka (SUI/22) 7-5, 3-6, 4-6, 6-4, 8-6.
Djokovic (SRB/1) bat Kudla (USA) 6-3, 6-2, 6-2. Anderson (RSA/4) bat Tipsarevic (SRB) 6-4, 6-7 (5/7), 6-1, 6-4. Khachanov (RUS/10) bat López (ESP) 4-6, 6-4, 7-5, 6-4. Medvedev (RUS/11) bat Popyrin (AUS) 6-7 (6/8), 6-1, 6-4, 6-4. Raonic (CAN/15) bat Haase (NED) 7-6 (7/1), 7-5, 7-6 (7/4). Auger-Aliassime (CAN/19) bat Moutet (FRA) 6-3, 4-6, 6-4, 6-2. Goffin (BEL/21) bat Chardy (FRA) 6-2, 6-4, 6-3. Bautista (ESP/23) bat Darcis (BEL) 6-3, 6-2, 4-2 (abandon). Pella (ARG/26) bat Seppi (ITA) 6-4, 4-6, 4-6, 7-5, 6-1. Paire (FRA/28) bat Kecmanovic (SRB) 7-6 (7/5), 6-4, 0-0 (abandon). Verdasco (ESP) bat Edmund (GBR/30) 4-6, 4-6, 7-6 (7/3), 6-3, 6-4..

Simple dames (2e tour):
Golubic(SUI) bat Putintseva (KAZ) 6-4, 7-6 (7/3).
Plísková (CZE/3) bat Puig (PUR) 6-0, 6-4. Halep (ROU/7) bat Buzarnescu (ROU) 6-3, 4-6, 6-2. Svitolina (UKR/8) bat Gasparyan (RUS) 5-7, 6-5 (abandon). Wozniacki (DEN/14) bat Kudermetova (RUS) 7-6 (7/5), 6-3. Kontaveit (EST/20) bat Watson (GBR) 7-5, 6-1. Yastremska (UKR) bat Kenin (USA/27) 7-5, 4-6, 6-3. Hsieh (TPE/28) bat Flipkens (BEL) 7-6 (7/3), 6-3. Sakkari (GRE/31) bat Bouzková (CZE) 6-4, 6-1. Azarenka (BLR) bat Tomljanovic (AUS) 6-2, 6-0.

Double dames. 1er tour:
Flipkens/Larsson (BEL/SWE/12) battent Bencic/Kuzmova (SUI/SVK) 7-6 (7/4), 6-4.

JEUDI 32es de finale. Vers 15.30: Clarke (GBR/Q) - Federer
(SUI/2).
Vers 16.00: Bencic(SUI/13) - Kanepi (ESZ).

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