Julien Wanders au cœur d’un marathon historique

AthlétismeLe Kényan Eliud Kipchoge (34 ans) est devenu samedi à Vienne le premier homme à courir un marathon en moins de deux heures.

Eliud Kipchoge pointe le chronomètre du doigt alors qu’il sprinte vers la ligne finale d’un marathon bouclé en 1 h 59’ 40”2.

Eliud Kipchoge pointe le chronomètre du doigt alors qu’il sprinte vers la ligne finale d’un marathon bouclé en 1 h 59’ 40”2. Image: AP

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Ils étaient des milliers, serrés contre les barrières du parc Prater, pour assister à cette arrivée hors normes. La plupart avaient sorti leur téléphone. Il ne fallait pas perdre une miette du spectacle. Lorsque les derniers lièvres se sont effacés pour laisser la voie libre à Eliud Kipchoge, une clameur indescriptible est montée de la foule, comme pour porter le Kényan sur les derniers mètres.

Le marathonien a coupé la ligne avec près de 20 secondes d’avance sur la barre des deux heures de course. Jamais un coureur n’était parvenu à vaincre cette barrière mythique. Kipchoge, entouré en permanence de sept lièvres, a conservé une allure de plus de 21 km/h sur les 42,195 kilomètres de la célèbre distance.

Le champion olympique est alors tombé dans les bras de sa femme Grace, et de ses trois enfants, Lynne, Griffin et Gordon. Une famille qui avait fait le déplacement pour la première fois de sa vie. Drapé du drapeau kényan, Eliud Kipchoge a été porté en triomphe par ses coéquipiers dans un parc viennois entièrement acquis à sa cause.

Collision évitée de justesse

«Dès le premier kilomètre, j’étais persuadé que je terminerais sous les deux heures», a-t-il résumé. Le héros du jour est arrivé en conférence de presse sur la pointe des pieds samedi. Le Kényan avait des faux airs de Gandhi. Vêtu d’une veste blanche, il répondait aux questions d’une voix douce. «Les minutes qui me séparaient du départ ont été les plus longues de ma vie.»

Julien Wanders a vécu cette journée historique de l’intérieur. Au 13e kilomètre, le Genevois et son bonnet gris sont venus se placer juste devant Eliud Kipchoge. Il a pris les commandes du quatrième groupe de lièvres, disposé en «V». «Eliud m’a touché plusieurs fois le talon en courant, a confié le Romand. Je lui ai dit de ralentir un peu. J’étais un peu stressé parce que je ne voulais pas qu’il y ait d’accident.»

Question de personnalité

Sur le papier, le coureur du Stade Genève n’a pas le pedigree le plus impressionnant parmi les 41 lièvres. Les entraîneurs lui ont pourtant appris la semaine dernière qu’il occuperait un poste stratégique. «Ils ont sûrement fait leur choix en fonction de nos personnalités. Il faut avoir des qualités de meneur, en course mais aussi dans la vie. Le fait que je dirige mon groupe d’entraînement au Kenya a joué un rôle.»

Au total, le capitaine Wanders et son escouade ont mené Eliud Kipchoge sur une distance de 5 bornes. Le Genevois a donné la cadence, dirigeant ses coéquipiers par des gestes. «Le but, c’était de parler le moins possible pour ne pas déconcentrer Eliud. C’était difficile de garder tout le monde si proche à une telle vitesse.» Les lièvres ont répété chaque matin pendant trois jours pour gommer la moindre imperfection. Leur balai autour du coureur kényan avait quelque chose d’hypnotisant.

Ayant accompli sa dernière mission de la saison, Julien Wanders a devant lui deux semaines de vacances bien méritées. Parviendra-t-il à complètement couper avec la course à pied? «Non, je ne crois pas, reconnaissait-il en rigolant. J’irai quand même faire quelques sorties en footing, pour le plaisir. C’est difficile d’arrêter après avoir vécu une telle journée.»

Créé: 13.10.2019, 22h39

«À mes yeux, les critiques sont injustifiées»

Patrick Sang est l’homme qui a forgé Eliud Kipchoge. Médaillé d’argent aux JO de Barcelone, le Kényan a pris le coureur sous son aile alors qu’il n’avait que 16 ans. Dimanche, l’entraîneur de 55 ans est revenu sur la course de son protégé.

À quoi avez-vous pensé en voyant Eliud lancé vers la ligne d’arrivée samedi?
J’ai ressenti bien sûr beaucoup de joie pour lui. Mais les images se percutaient dans ma tête. J’ai revu tout le travail, tous les sacrifices auxquels il a consenti pour en arriver là. Tous ces efforts ont payé à ce moment précis.

Avez-vous douté durant sa tentative?
On ne peut jamais être sûr de rien (rires). J’étais surtout stressé. Je suis allé courir tout seul cette après-midi pour me changer les idées. La tension retombe peu à peu maintenant.

Qu’avez-vous dit à Eliud lorsque vous vous êtes retrouvés au calme?
Eliud est d’un naturel plutôt discret. Il parle peu. Je l’ai simplement félicité, je lui ai confié ma fierté.

Sa tentative a aussi été critiquée pour son aspect démesuré et son contexte optimisé.
Chacun peut se faire son opinion et ce n’est pas à moi de le commenter. À mes yeux, les critiques sont injustifiées. C’est tout à fait logique d’avoir utilisé la technologie et les connaissances à notre portée.

Quel rôle cela a-t-il joué dans sa performance?
Bien sûr, il a été aidé durant sa course, notamment par les lièvres. Mais cela n’enlève rien à la valeur de sa performance. Kipchoge a couru 42,195 kilomètres en moins de deux heures.

Pourra-t-il un jour le faire en compétition?
Seul le temps le dira. Il a déjà prouvé qu’il en était proche, en courant 2h02 à Londres dans des conditions difficiles cette année. Eliud avait déjà réussi 2h01 à Berlin l’année dernière. Désormais, tout est possible.

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