Julie Lachenal, mordue du ballon rond et analyste vidéo du Lancy FC

FootballLa jeune étudiante (16 ans) filme les matches, puis découpe et répertorie les images. Portrait d’une passionnée.

Julie Lachenal (16 ans) vit pour le foot. Analyste vidéo, elle est aussi joueuse et entraîneuse d’une équipe de juniors.

Julie Lachenal (16 ans) vit pour le foot. Analyste vidéo, elle est aussi joueuse et entraîneuse d’une équipe de juniors. Image: JEAN-LUC AUBOEUF

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Chez les Lachenal, le football est un mode de vie. Lorsque le Stade brestois joue, Yannick, le père, originaire de Brest, et ses enfants se retrouvent devant la télé. Lorsque Sébastien, l’aîné, a match avec la première équipe du Lancy FC, la famille ne louperait ça pour rien au monde. Et quand le milieu de couloir rentre à la maison, il retrouve Yoann, gardien de la «deux», et il arrive aux deux frères de refaire le match ensemble devant l’ordinateur de Julie, la cadette. «Le club organise souvent des matches internes entre ses deux équipes. Il n’y a pas longtemps, Sébastien a réussi à lober Yoann. Ça me donne un bon moyen de pression sur lui. S’il ne veut pas que je publie les images, il faut qu’il soit gentil avec moi», se marre la jeune fille.

Les images en question, Julie Lachenal les filme elle-même. La «deux» affronte Meyrin? Elle y est, appareil photo qui lui sert de caméra à la main, sourire aux lèvres. La «une» se déplace à Naters? Impossible de louper un match de son plus grand frère: elle y est aussi. «Le jour où je décide de rester chez moi, je peux être sûre que c’est celui où Séb décide d’inscrire un triplé, dont un but d’anthologie. Alors je préfère ne pas prendre de risques. Et puis, je crois que les gens commencent à s’habituer. Certains me disent qu’ils regarderont mes vidéos plutôt que de se déplacer au bord du terrain.»

«Je peux essayer des choses»

Car l’enregistrement des images, pour Julie, n’est que la première étape. Officieusement, l’étudiante en école de culture générale est en fait l’analyste vidéo du Lancy FC. Détail croustillant supplémentaire? Elle n’a que 16 ans. «Je vois plutôt ça comme un avantage, assure celle qui a véritablement débuté dans le milieu l’automne dernier. Si j’avais 55 ans, le regard des autres serait différent. Là, je peux essayer des choses, me planter. Les gens sont plutôt bienveillants par rapport à ma démarche, même si ce n’est pas parfait.»

De toute façon, Julie Lachenal est libre. Même si son travail profite au LFC, elle n’est pas liée au club. Ce qui ne l’empêche pas de collaborer étroitement avec Djamel Boudjellaba, le coach de l’équipe fanion. «Djamel accorde une grande importance aux images, aux statistiques. Récemment, il a trouvé que ses joueurs avaient été désastreux quant à la gestion de leurs passes dans les intervalles. Alors il m’a demandé toutes les séquences qui illustraient cela.»

Et, évidemment, le technicien les a reçues. Car en plus d’être passionnée et d’avoir d’indiscutables connaissances du football, sa collaboratrice est parfaitement organisée. «D’abord, je divise le tout en deux: les séquences offensives et défensives. Puis chaque catégorie se sépare en sous-catégories avec, par exemple, les coups de pied arrêtés, les dribbles, les tirs, etc. Comme ça, si on me demande toutes les récupérations de balle, ça ne me prend que quelques clics pour les réunir.»

D’ailleurs, Julie Lachenal collabore volontiers avec les autres clubs, qui commencent aussi à connaître son travail. «Parfois, ils veulent simplement avoir accès au match en entier. D’autres fois, ils ont des demandes plus spécifiques.» Reste que, pour l’heure, cette mordue du ballon rond ne veut pas se disperser. Elle filme exclusivement les matches de ses frères.

Vivre du foot

Ce qui n’empêche pas la cadette de la famille de s’imaginer tracer une voie dans le milieu. Sur sa page Facebook (Lach’Photographie), elle poste des vidéos à un rythme effréné. Les highlights d’une rencontre, le top 5 des plus belles actions d’un autre match, l’annonce d’un duel à venir, tout y passe, souvent illustré avec inventivité. «Les unes de «L’Équipe» m’inspirent beaucoup», glisse celle qui possède également sa chaîne YouTube, où les parties sont postées en entier, et un site internet. «L’endroit où tout est plus joliment regroupé.» En quelque sorte la vitrine de son travail, qui, elle l’espère, lui ouvrira un jour les portes du métier.

Parce que, même si elle n’est encore qu’une ado, Julie Lachenal sait ce qu’elle veut. «Bosser dans un bureau, c’est inconcevable. J’ai envie que mon lieu de travail, ce soit le terrain.» Pour y parvenir, la jeune fille n’a pas peur d’y mettre de son temps et de son énergie. «Les gens ne se rendent pas forcément compte du boulot qu’il y a derrière une vidéo. Souvent, je reçois des messages le lundi matin à 8 h pour me demander quand est-ce que je compte publier quelque chose. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que je passe facilement entre six et huit heures sur un seul match.»

Surtout, elle ne peut pas consacrer 100% de son temps à sa passion. «C’est vrai. Mes parents surveillent ce que je fais à l’école. J’essaie d’avoir au minimum un 5 de moyenne générale.» Sans compter que Julie Lachenal ne vit pas le foot uniquement à travers les autres. Trois fois par semaine, elle s’entraîne avec les filles d’Onex, pensionnaires de 2e ligue inter. En parallèle, elle dirige également des juniors E, à Lancy. Une vie consacrée au foot. Une vraie Lachenal.


Une maturité d'adulte

L'anecdote la fait encore sourire aujourd'hui: «C'était peu après m'être lancée. J'avais rendez-vous avec l'ancien entraîneur de Lancy pour lui parler des vidéos que je faisais. Mon frère l'avait prévenu que sa sœur passerait à l'entraînement pour discuter à ce sujet. Lorsqu'il m'a vu et qu'il a compris que j'étais une Lachenal, le coach m'a demandé... si ma grande sœur allait bien arriver. Il ne s'attendait clairement pas à être confronté à une fille de 15 ans.»

Physiquement, Julie Lachenal ressemble bien à une ado, aucun doute. Lorsqu'elle prend la parole, par contre, le doute est permis. Extravertie, loquace, cette amoureuse du ballon rond est animée d'une maturité impressionnante. Quand elle parle de Sébastien (ce qui, on vous l'avoue, arrive assez fréquemment au court d'une discussion), elle le surnomme «le petit», malgré les cinq ans qu'elle lui rend. Et dès qu'elle ouvre la bouche et qu'il est question de foot, elle fait taire toutes les mauvaises langues persuadées qu'une jeune fille de 16 ans ne doit forcément rien y connaître.

Avec assurance, elle est capable de réciter le parcours de chaque joueur de la «une» du Lancy FC, ses qualités, ses défauts, les secteurs dans lesquels il peut encore progresser... Comme elle, son avis sur la situation actuelle délicate de l'équipe en 1re ligue est bien tranché. «Pour faire simple, disons que les départs de joueurs très importants comme N'Diassé N'Diaye ou Mergim Qarri n'ont pas vraiment été compensés. Mais il faut que je fasse attention à ce que je dis dans les journaux», sourit-elle, parfaitement consciente de l’environnement qui l'entoure.

Créé: 09.10.2019, 08h08

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