Johann Vogel: «Je suis heureux et épanoui»

FootballL’ex-capitaine de l’équipe de Suisse raconte sa mission à l’ASF et dit pourquoi il ne s’est pas encore lancé comme coach chez les pros.

Johann Vogel transmet son expérience aux internationaux suisses M19. L’ex-milieu de l’équipe nationale (94 sélections) a un gros bagage à partager.

Johann Vogel transmet son expérience aux internationaux suisses M19. L’ex-milieu de l’équipe nationale (94 sélections) a un gros bagage à partager. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Ligue nationale A à 15 ans, l’équipe nationale à 18, la retraite à 32. Comme joueur de foot, Johann Vogel s’était montré d’une rare précocité. En tant qu’entraîneur, le Genevois prend son temps. Après des expériences à la tête des M18 de GC (2013-2018) puis avec les M17 du PSV Eindhoven (second semestre 2018), l’ex-capitaine de l’équipe de Suisse est devenu sélectionneur des M19 helvétiques ce printemps. Heureux avec «ses» jeunes, il assure ne pas se languir du milieu professionnel. Mais la porte n’est pas fermée.

Vous sortez de cours à Macolin. Qu’y avez-vous appris?
Le but premier, c’était de comprendre la «génération Z», ceux qui sont nés entre 1995 et 2010. Savoir comment ils fonctionnent, quels sont leurs centres d’intérêt, comment communiquer avec eux, les coacher. Ce n’est plus le communisme, comme avant, avec un entraîneur qui fait son monologue. On est clairement plus dans l’interactivité. J’ai quatre enfants dans cette tranche d’âge, donc je sais déjà comment ça marche. Mais j’ai beaucoup appris.

À quel point est-ce un autre monde, par rapport à celui que vous avez connu?
Ça a changé radicalement. Le coach doit être assez malin pour s’en rendre compte et adapter sa communication. Élever la voix trop souvent, par exemple, ça ne passe plus. Il faut motiver, pousser. Mais dès que tu aboies, le jeune se renferme, ce n’est plus du tout accepté par la nouvelle génération. Crier dans un vestiaire, cela n’atteint plus personne – même à l’époque, je ne suis pas sûr que cela fonctionnait.

Comment décrire votre poste à l’ASF?
Je suis entraîneur des M19, avec Didi Andrey comme assistant. Il a l’expérience et le courant passe très bien. Je suis heureux et fier qu’il ait accepté de m’accompagner. Je suis aussi assistant des M16, avec Yves Débonnaire, et je fais partie d’un partenariat avec le Team Zurich. Je dois encore passer mon diplôme d’instructeur pour pouvoir donner certains cours. J’ai énormément de contacts avec les clubs, je vois beaucoup de matches, c’est très diversifié, passionnant – j’aime quand il y a de l’action.

En novembre 2016, lorsqu’on vous demandait quand vous prendriez une équipe pro, vous répondiez «l’année prochaine ou dans six ans»…
Je suis toujours dans la fourchette (rires). En ce moment, je suis très heureux et épanoui au sein de la fédération, avec ces jeunes. Je me suis engagé dans ce projet à moyen terme.

Donc quand Celestini et Henchoz perdent leur poste, vous n’envoyez pas votre CV à Lugano ou à Sion?
C’est toujours triste de voir des collègues – je ne sais pas si je peux parler de collègues – perdre leur job. Je n’ai pas envoyé mon CV, ni appelé quiconque à ce sujet. Je ressens beaucoup de satisfaction donc non, ça ne m’a pas titillé.

Et à GC, que s’est-il passé?
J’ai survécu sept ans (sourire).

Pourquoi ne vous a-t-on pas confié la première équipe?
Parce que cela ne s’est pas fait. Je ne l’ai pas recherché, non plus. Tout le monde a pu voir l’évolution du club, ces dernières années, dans les domaines sportif et financier. Tout se faisait toujours à l’arrache, sans stabilité. Je ne suis pas sûr que le challenge en valait la chandelle.

Au printemps dernier encore, votre nom a circulé.
Il y a eu zéro discussion, zéro téléphone, zéro intérêt de ma part.

Et à Eindhoven, pourquoi l’aventure a-t-elle tourné court?
En Hollande, j’ai découvert un monde différent à 180 degrés. Cela m’a ouvert l’esprit. Mais je suis arrivé dans un monde très libéral et interactif, où la communication était centrale. En fait, tu n’es pas entraîneur, tu poses des questions en permanence pour amener les jeunes du point A au point B. C’est un boulot de psy. De la psychologie, il en faut. Mais là, dans une langue étrangère, il m’était difficile de donner ma pleine mesure. Je devais tellement me surveiller à ce niveau que j’en perdais ma spontanéité. Je ne me sentais plus moi-même et, quand tu joues un rôle, les joueurs le sentent.

À Servette aussi, on a entendu votre nom circuler en 2018.
J’ai eu des petites discussions. Mais c’était plus une prise d’information qu’autre chose. Je le répète: j’apprends tous les jours, surtout à 42 ans, et, le jour où je me sentirai prêt, je le signalerai.

Quand vous voyez les Henchoz, Wicky ou Magnin à l’œuvre, vous dites-vous qu’ils se sont lancés trop vite?
À chacun ses challenges, sa vie. Dès le moment où on se sent prêt, il faut se lancer. Il n’y a pas d’âge pour réussir, preuve en est qu’à mes yeux, le meilleur coach qu’on a en Suisse, c’est Gerardo Seoane. Dans la communication, la curiosité, l’écoute, la prestance, il est extraordinaire.

À propos de communication, de quel œil avez-vous suivi les derniers épisodes qui ont secoué l’ASF?
(Sourire). On y arrive…

Un ancien capitaine de l’équipe de Suisse a forcément un avis sur les épisodes Behrami, Xhaka, Shaqiri ou Lichtsteiner…
Je ne sais pas ce qui s’est passé à l’interne. Donc je ne prends pas position. Ce n’est pas à moi de juger ou critiquer. Au lieu de toujours chercher la petite bête où elle n’est pas, soyons heureux et fiers de nous qualifier pour tous les tournois – c’est énorme pour le foot suisse, en termes formateurs, financiers et sportifs.

Quand vous entamez une campagne de qualifications, comme celle de l’Euro 2020 avec vos M19, on imagine que l’objectif est de se qualifier…
Le but est toujours de se qualifier même si, après ce premier tour, il y a un tour d’élite dont il faudrait sortir premier pour participer au tour final. Le chemin est long et difficile – la dernière fois que la Suisse s’est qualifiée, c’était en 2009 avec Claude Ryf. Bien sûr que la mission, c’est gagner. Mais le plus important, c’est d’amener deux ou trois éléments par volée en équipe A.

Qu’avez-vous de mieux à leur transmettre afin de les aider à y parvenir?
Ma touche, c’est plutôt dans la rigueur, la constance, la personnalité. Jouer au foot, ils savent. Au niveau tactique, ils ont en général un très bon bagage – certains évoluent en Super League. Ce que je peux leur inculquer, c’est comment, dans un match international, appuyer sur le bouton au bon moment. Fournir sa performance le jour J. Être prêt lorsqu’il le faut. Avoir cette gagne. C’est complexe, mais j’y travaille.

Créé: 06.11.2019, 20h06

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Hong Kong: un pays, deux systèmes
Plus...