Johan Djourou: «Je ne vais pas m’épuiser à régler des comptes»

FootballOpéré d’un genou, le Genevois se reconstruit dans sa ville. Il relativise les critiques dont il est souvent la cible.

Djourou: «Chaque sportif joue avec ses limites. Là, j’ai compris que mon corps me disait: «Johan, fais gaffe.»

Djourou: «Chaque sportif joue avec ses limites. Là, j’ai compris que mon corps me disait: «Johan, fais gaffe.» Image: LAURENT GUIRAUD

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Parti très tôt de Carouge pour Arsenal qui l’avait repéré, Johan Djourou a tout connu chez les Gunners durant plus de dix ans. Avec Hambourg, il a aussi disputé plusieurs saisons en Bundesliga avant de vivre des expériences en Turquie (Antalyaspor) et en Italie (SPAL Ferrara). Après avoir choisi de résilier après Noël son dernier contrat, l’international helvétique (76 sélections, 2 buts) vit son premier break. Il en profite pour se reconstruire. Nous l’avons rencontré au BG Lounge, situé au dernier étage d’un magasin des Rues-Basses à Genève. Djourou s’y est livré avec la sincérité qui le caractérise, en esquivant aucun sujet. Johan ou la (trop?) gentille réputation.

Si l’on fait exception de vos béquilles, comment se porte Johan Djourou?

Très bien. Je suis quelqu’un de fondamentalement heureux. J’ai en moi l’énergie du bonheur. Chaque matin, je me lève en vie, guidé par la découverte de ce qui m’attend. L’inconnu me porte. J’adore explorer, regarder, m’ouvrir à la fascination de notre monde. Je dois avoir une vision périphérique (rires). Comme tout le monde, j’ai mes moments de doute, de questionnement. Je ne les fuis pas. Mais une certitude me guide: plus vous vous posez de questions et moins vous obtenez de réponses.

Votre genou gauche, qui vous a souvent tracassé, a tout récemment été opéré. Il fallait passer par là, c’était devenu indispensable?

J’ai commencé à jouer en pros à 17 ans, j’en ai 32. Un petit service était devenu nécessaire, c’est ce que j’ai fait en nettoyant des éclats de cartilage devenu gênants. J’ai accumulé de petits pépins musculaires dus à la compensation. Ce break va me faire du bien mentalement aussi. J’avais besoin de prendre de la distance. Je n’étais pas préparé à vivre tout ce que j’ai vécu.

Après avoir été tellement sollicité, peut-on voir dans ce corps qui vous lâche l’expression d’une forme de lassitude?

Chaque sportif joue avec ses limites. Là, j’ai compris que mon corps me disait: «Johan, fais gaffe.» Des changements fréquents génèrent plus facilement des blessures. Le blocage physique est en même temps psychique. Mais il n’y a aucune usure, loin de là. Je vis mon rêve, je ne peux pas en être lassé.

Où vous retrouvera-t-on?

Tout reste ouvert, je me concentre sur ma rééducation afin de préparer la 2e mi-temps de ma carrière. Outre le projet sportif, sans doute prendrais-je aussi en compte la dimension familiale.

On est ici à Genève, votre ville… Djourou au Servette, c’est une piste envisageable?

Si Servette remonte et que le club planifie quelque chose sur le long terme, pourquoi pas. Comme je suis parti très jeune de Suisse, je n’ai pas un seul match de Super League dans les jambes…

L’image que l’on donne, c’est important à vos yeux?

Surtout avec mes filles. Je me dois d’être exemplaire pour elles. La réussite de ma vie d’homme est aussi importante que celle de footballeur. Je suis moi-même, sans jouer de rôle. Pourquoi devrais-je m’inventer un autre destin en me mentant alors que ma vie me comble? Mon rêve, c’est ce que je vis depuis quinze ans. Jeune joueur, je me contrôlais davantage, j’écoutais plus que je ne parlais. Je dis plus ce que je pense aujourd’hui.

Avec le recul, comment avez-vous vécu le Mondial russe?

Avec une perception différente dans la mesure où je n’ai pas pu lutter à armes égales. Suite à ma blessure musculaire, je suis arrivé diminué physiquement, ce qui m’a empêché de revendiquer une place de titulaire (nldr: Djourou a vécu les trois premiers matches sur le banc avant d’être titularisé contre la Suède suite à la suspension de Schär).

Alors que vous avez toujours répondu présent en équipe de Suisse, certains ne vous pardonnent rien. Vivez-vous cela comme une injustice?

Même si cela peut paraître injuste, je reste cool. Mon nom a toujours été associé à des histoires sans fin, à des polémiques… On aime bien m’astiquer, c’est ainsi. Si certains sont tordus, c’est leur problème. En Russie, j’ai compris que certains n’allaient pas me rater. Avant la Suède, tout le focus était braqué sur moi. Mais je ne suis pas Schär, je suis Djourou.

Avez-vous le sentiment de devoir en faire plus que les autres pour être jugé de la même manière par l’intelligentsia zurichoise?

Oh, ça ne date pas d’hier… En attendant, je suis toujours là. Je suis mon meilleur juge. Si je n’ai pas été terrible, je suis le premier à l’admettre.

Ne seriez-vous pas victime de votre trop grande gentillesse?

Je suis moi-même, c’est tout. Dès l’instant où je suis loyal, je ne vais pas m’épuiser à régler des comptes. Ma famille a davantage pu souffrir de ces attaques. Moi, c’est sur un terrain que je me bats.

Vous sentez-vous à l’aise dans le milieu du foot ou êtes-vous parfois en décalage?

Je suis à ma place, je sais comment tout cela fonctionne, qu’il y a des gens sournois et des gens bien et que l’on y brasse des sommes faramineuses.

Qui vous connaît le mieux?

Mon épouse Émilie, ainsi qu’Alexandre et Hamidou, mes potes de Carouge, qui étaient déjà là au début de l’histoire.

De quoi êtes-vous le plus fier?

De ma trajectoire, le fait d’être parti très tôt de Carouge et d’avoir réussi. Malgré les tentations, je ne me suis jamais éparpillé. Certains de mes anciens coéquipiers, peut-être plus doués que moi au départ, se sont égarés. Moi je n’avais qu’un but en tête, et c’était le foot. Rester dans un cocon familial protecteur m’aurait sans doute aussi freiné. Seul, vous ne pouvez pas vous cacher. Quand vous êtes livré à vous-même, il y a toujours plus de remises en question.

Le sportif reconnu suscite souvent de la jalousie…

Il y aura toujours des envieux. En Suisse comme ailleurs, on jalouse la réussite des autres. L’envie est un sentiment universellement répandu. Personnellement, je ne suis pas grosse voiture. Un des seuls vices que j’ai, c’est les fringues. J’adore, c’est plus fort que moi!

Créé: 10.02.2019, 17h16

Un voyage initiatique avec ses filles

«Je voulais leur montrer d’où venait leur papa. C’était important qu’elles le découvrent de leurs propres yeux…» En décembre, Johan Djourou a emmené toute sa famille, notamment ses trois filles, Lou (9 ans), Aliany (7 ans) et Julia (3 ans), en Côte d’Ivoire, son pays d’origine, où vit toujours une partie de sa famille. «Ce fut comme un voyage initiatique. J’ai la chance d’avoir une culture africaine en moi, ce qui ne m’a jamais fait perdre le sens des réalités. Plusieurs mondes se côtoient et il est difficile de passer de l’un à l’autre.» Djourou était arrivé à Genève à l’âge de 18 mois, adopté par la femme suisse de son père. «Je viens de loin. Mes filles ont tout, alors qu’elles ont des cousines qui n’ont rien…»
Et Johan de conclure avec une anecdote reflétant comment l’opinion publique le perçoit: «L’autre jour, un chauffeur de taxi, qui m’a reconnu, m’a dit qu’il prenait souvent des gens connus. Avant de me faire le plus beau des compliments. «Je vous aime parce que vous, vous avez tellement les pieds sur terre…» Et je pense que c’est vrai. Le jour où l’on me dira que j’ai changé, je devrai m’en inquiéter.» N.JR

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