Ineos, une hydre à deux têtes a priori intouchable

CyclismeLe team britannique et ses deux leaders s’avancent comme les immenses favoris du Tour de France. Qui peut les stopper?

Image: REUTERS

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La Sky a certes changé de nom. Mais le team Ineos a conservé tout le reste, à commencer par cette faculté à tenir en respect la concurrence – à condition qu’il y en ait une. Même privée de son boss Chris Froome, vainqueur de quatre Tours de France entre 2013 et 2017, même avec la récente chute au Tour de Suisse de son deuxième leader Geraint Thomas, lauréat l’an passé, la formation britannique se présente comme l’ogre incontestable de cette 106e Grande Boucle. Si d’autres coureurs ne se sont pas gênés pour affirmer quelque ambition (lire encadré), personne n’ose s’avancer avec trop d’aplomb, avant le grand départ de ce samedi à Bruxelles.

Où peut se trouver la faille?

«À mes yeux, l’absence de Froome ne change rien du tout: c’est clairement Ineos qui a les clés du camion, a imagé Marc Madiot, directeur sportif de l’équipe Groupama-FDJ. Quand on regarde leur composition d’équipe, ils alignent trois leaders avec Geraint Thomas, Egan Bernal et Wout Poels (ndlr: seuls les deux premiers endossent officiellement le statut), plus une armada de coureurs qui pourraient tout à fait être capitaines de route dans d’autres équipes. D’un côté, il y a eux; de l’autre, on trouve quelques équipes solides, dont nous, qui essaieront de les titiller, bousculer et, pourquoi pas, de les anéantir.»

Mais l’Empire transpire la Force, puissamment cimenté. «Nous avons l’ambition de ramener un septième maillot jaune à Paris», annonce sans surprise Sir Dave Brailsford, manager historique, déjà présent lors du sacre de Bradley Wiggins en 2012. Nicolas Portal, directeur sportif d’Ineos, s’est lui aussi déclaré «vraiment confiant», vendredi dans un hôtel de la banlieue bruxelloise. «L’absence de Chris (Froome), le boss de ces dernières années, ça fait bizarre, ça crée un manque, admet le Français. Mais tout s’est très bien passé en termes de préparation. Geraint (Thomas), malgré sa chute, arrive très en forme, fin, serein – il sait qu’il peut le faire. Quant à Egan (Bernal), il ne cesse de progresser. Pour ses 22 ans, il est très mature et réfléchi. Nous pouvons compter sur deux gagneurs, aux caractéristiques différentes, ce qui nous donnera pas mal d’options.»

Où peut donc se trouver la faille? Deux gagneurs, à force de vouloir triompher coûte que coûte, peuvent-ils perdre? «S’ils ont tous les deux conscience qu’ils ont intérêt à ce que l’équipe gagne, cela optimisera nos chances plutôt que d’installer des tensions entre eux», balaie Dave Brailsford. «Il faut simplement se parler et avoir confiance les uns en les autres, enchaîne Nicolas Portal. Le plus important, c’est la cohésion, et je sens qu’entre Geraint et Egan, ça colle.»

Conquérir aussi les cœurs

La double couche de béton armé, soudée par une armature a priori sans faille, se lézardera-t-elle au cours des trois semaines à venir et au fil des événements? Chez Ineos, on assure évidemment que non, en soulignant l’attitude irréprochable du jeune Bernal, plein de respect pour son aîné. Pour l’omnipotente armada, aussi «aimée» que l’US Postal de Lance Armstrong à l’époque, il ne restera «plus qu’à» conquérir les cœurs de l’Hexagone et d’ailleurs. Telle sera peut-être la mission la plus ardue.


Ils veulent briser l’hégémonie

Jakob Fuglsang: le premier des outsiders

Lorsqu’un coureur remporte le Critérium du Dauphiné, il figure automatiquement parmi les prétendants à la victoire sur le Tour. Quand le même homme s’est de surcroît adjugé Liège-Bastogne-Liège, son équipe et lui gagnent encore en confiance. «Mon but, c’est d’arriver sur le podium; cela devrait être possible. Mon rêve, c’est d’essayer de gagner le Tour», lance ainsi le Danois de la formation Astana. Sans rouler les mécaniques, mais sûr de sa force. À 34 ans, le natif de Genève aborde sa 9e Grande Boucle. Septième en 2013 et douzième en 2018, il veut franchir un cap. «L’an dernier, c’était la première fois que je me retrouvais dans le rôle de leader unique sur le Tour, avec tout le stress que cela représente, explique-t-il. Je gagne en expérience et je m’améliore chaque année.» 2019 sera-t-elle la bonne? S.M.

Nairo Quintana: la motivation ultime

«Caramba, encore raté!» Il n’y a pas que dans les albums du Bruxellois Tintin que cette phrase est répétée à foison. Elle pourrait aussi sortir de la bouche de Nairo Quintana, qu’on attend toujours là où les suiveurs pensaient le voir un jour: au sommet du podium. Deux fois 2e en 2013 (à 23 ans) et 2015, le Colombien n’a jamais pu transformer l’essai. Il a fini 3e il y a trois ans, avant de rentrer dans le rang (12e et 10e) par la suite. Alors pourquoi cette année? Parce qu’il est moins attendu et qu’il a la pression d’Egan Bernal, qui pourrait bien lui souffler l’honneur ultime de devenir le premier Colombien à remporter le Tour. «C’est un bon parcours, je suis né et je m’entraîne toujours en altitude», a-t-il dit avant le départ. Et comme il est né 170 mètres plus haut que Bernal… Robin Carrel

Adam Yates: la régularité avant tout

C’est entendu, le Tour de France est une affaire de régularité et le poids plume britannique en est un bel exemple. Cette saison, il s’est toujours classé dans le top 8 des courses auxquelles il a participé, avec comme principaux faits de gloire deux 2es places sur Tirreno et en Catalogne. Adam Yates n’a, au final, jamais remporté d’épreuve et avait même abandonné, malade, lors de la dernière étape du Critérium du Dauphiné. Avant d’être obligé de s’arrêter, il était encore le dernier à pouvoir contester la supériorité de Jakob Fuglsang. Le coureur de l’équipe Mitchelton-Scott pourra aussi compter sur le concours de son frère jumeau Simon, 8e du dernier Giro, pour l’accompagner dans la haute montagne et viser un podium qu’il avait manqué pour 21 secondes en 2016. Et plus si affinités… R.CA.

Thibaut Pinot: nourrir la flamme bleue

«Il va se passer quelque chose de grand.» La phrase, qui barrait vendredi la une de «L’Équipe», était de nature à alimenter le sempiternel fantasme: revoir un jour un Français gagner la Grande Boucle, chose qui n’est plus arrivée depuis le sacre de Bernard Hinault en 1985. Mais au-delà de l’aspect marketingo-populaire, ces mots prononcés par Thibaut Pinot confirment la tendance amorcée ces dernières années. Les coureurs tricolores ont les dents qui poussent et le leader de la Groupama-FDJ, 29 ans, adorerait se démarquer: «Cela faisait longtemps que je n’arrivais pas aussi bien sur le Tour, avec un esprit aussi conquérant», a expliqué celui qui avait fini sur la 3e marche du podium en 2014. Si Pinot n’aboutit pas, Romain Bardet (AG2R La Mondiale), dauphin en 2016 et 3e en 2017, sera en embuscade. S.M.

Créé: 05.07.2019, 22h07

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