Ces indiscrétions tolérées qui pimentent la Laver Cup

TennisLa compétition entretient aussi son charme par tous ces petits échanges qui entrouvrent une porte sur la psyché des champions.

Rafael Nadal, Roger Federer et Björn Borg (de dos) tentent de recadrer Fabio Fognini, qui subit l’emprise de Jack Sock. Des échanges partagés avec le public.

Rafael Nadal, Roger Federer et Björn Borg (de dos) tentent de recadrer Fabio Fognini, qui subit l’emprise de Jack Sock. Des échanges partagés avec le public.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La Laver Cup n’était vieille que de trois jeux et le public de Palexpo avait encore les yeux embrumés de l’ovation réservée à Rod Laver lorsque John McEnroe entra en scène. «Je pars du principe que tu veux devenir l’un des meilleurs joueurs du monde. Mais alors il va falloir être plus discipliné, lâchait le capitaine américain à un Denis Shapovalov trop vite breaké. Je n’ai pas de problème si tu perds le point à l’échange. Mais donner trois coups droits comme ça… Fais-le jouer, arrondis un peu, ouvre le terrain.» En une poignée de secondes, le sermon de «Johnny Mac» était relayé par le compte Twitter de la manifestation. Un détail? Certainement pas. Car mettre en scène l’intimité des équipes et les petites indiscrétions des stars est devenu la marque de fabrique de ce rendez-vous pas comme les autres.

Pouvoir d’attraction

Dans une époque où tout se voit mais rien ne se dit, cette communication de proximité constitue l’autre immense atout de la Laver Cup. Elle entrouvre en effet une porte inédite sur les échanges entre deux générations de légendes. Quel amateur de sport n’a pas rêvé d’être assis dans un coin de vestiaire du Real Madrid avant un match de Ligue des champions ou dans la chambre d’appel d’une finale olympique du 100 mètres? Tous les reportages ou séries qui dévoilent a posteriori les coulisses d’une victoire cartonnent. Or, en plaçant 59 caméras (!) et une foule de micros aux quatre coins de Palexpo, l’équipe communication de la Laver Cup raconte deux histoires en simultané: celle du match et celle de sa réception par ses propres acteurs.

Soyons francs, cette mise en abyme possède un pouvoir d’attraction unique. Mais quelle est la valeur de son récit? Même en temps réel, le storytelling de la Laver Cup est trié, soupesé, maîtrisé. Il ne reflète donc qu’une vérité validée par l’organisateur. Faut-il dès lors s’en méfier, voire carrément passer son chemin? La journée de vendredi est venue confirmer que ce serait une grave erreur.

Federer et Nadal qui passent leur temps à disséquer les matches, Stefanos Tsitsipas qui essaie de calmer Fabio Fognini, Nick Kyrgios qui dicte ses challenges à Jack Sock, voilà ce que raconte notamment ce récit parallèle. On y découvre des affinités, devine des angoisses. Et lorsque Federer et Nadal prennent la parole pour recadrer Fognini, la séquence dit tout de l’emprise des deux «goat» sur leur coéquipier. «Premièrement, il sert avec des balles neuves, ça va donc être compliqué. Deuxièmement, je ne veux plus te voir négatif, insiste «RF» en haussant le ton (à 1-6, 5-4). S’il frappe un coup droit gagnant, même chanceux, très bien. On s’en fout.» «Fogna» tentera bien de répliquer, vite coupé par un Nadal qui lui demande «d’arrêter de se frustrer».

Leçon de positionnement

L’année dernière déjà, la «leçon de positionnement» de «RF» à «Sascha» Zverev avait marqué les esprits. «Arrête de reculer sans cesse. Tu sais pourquoi Kevin (Anderson) ne rate pas une volée, c’est parce que tu lui laisses 1 mètre ou 2 pour s’avancer plus près du filet. Si tu colles à la ligne de fond, il n’aura plus ce temps pour s’installer.» Pointues tactiquement, autoritaires à souhait, ces séquences racontent mieux que tous les longs discours pourquoi le «Big Three» domine à ce point le tennis mondial. Elles témoignent d’un double fossé: hiérarchique et tennistique. Même en Laver Cup, même entre top 10, Federer et Nadal possèdent une compréhension du jeu et une aura qui placent sans cesse leurs coéquipiers (et adversaires) face à leurs limites.

«Quand Federer et Nadal arrivent pour te coacher, ce n’est pas comme quand ma sœur me parle de tennis, admettra ensuite Fabio Fognini dans un rictus. C’est un honneur, alors tu écoutes.» Un peu plus tôt dans l’après-midi, Dominic Thiem avait, lui, mieux géré émotionnellement les conseils des patrons. «Mais attention, ce n’est pas quelque chose de normal d’avoir toutes ces légendes qui t’encouragent. Avant le dernier tie-break, j’étais très nerveux. Roger et Rafa m’ont dit que je faisais tout juste, que si je continuais ainsi, Denis (Shapovalov) allait devoir être très fort pour l’emporter. J’adorerais avoir de tels soutiens toutes les semaines de l’année.»

Dominic Thiem et tous les autres «champions normaux» devront s’en contenter: ce voisinage éthéré ne dure que trois jours. Trois jours de joutes dont l’intensité se nourrit d’un récit parallèle. Au point de se demander si la Laver Cup n’est pas la première compétition qu’il faut suivre simultanément en direct et sur écran.


Même bousculée, l’Europe maintient le cap

Double tenante de la Laver Cup, l’Europe est en position idéale pour défendre son trophée après une première journée qui l’aura vue remporter deux simples et le double (3-1). Mais, à l’image de la victoire de Roger Federer et «Sascha» Zverev sur la paire Sock-Zverev, le score est parfois trompeur. Constamment bousculé sur son engagement (15 balles de break dont 5 de sets sauvées), «Zvederer» aura eu le mérite de serrer le jeu au meilleur moment (6-3, 7-5). Comme Thiem et Tsitsipas plus tôt. «J’ai l’impression qu’on a repris les débats exactement là où on les avait laissés à Chicago, souriait le vice-capitaine européen Thomas Enqvist après la victoire initiale de l’Autrichien. Les matches sont très intenses et le format fait qu’ils se jouent sur un ou deux points.» S’il avait été un peu vachard – mais ce n’est pas son genre –, le Suédois aurait ajouté: «Et à la fin les petits détails font pencher la balance de notre côté.» Chez Denis Shapovalov, ces petits détails sont encore assez grossiers. Le Canadien possède un bras supersonique et un don pour jouer vers l’avant. Mais il n’a toujours pas compris quand et comment lâcher les chevaux. Avec cinq coups droits caviardés et trois balles de match envolées dans son «match tie-break», le point qu’il a offert à Thiem pourrait laisser des regrets au «Team World». Presque autant que celui que Taylor Fritz aurait pu apporter s’il avait pu garder son élan d’un deuxième set assez bluffant face à Tsitsipas. Bousculé comme rarement cette saison, le Grec eut alors l’intelligence de partir aux vestiaires avec ses «coaches» Federer et Nadal. Dix minutes plus tard, il avait repris ses esprits et l’Europe remportait son deuxième tie-break de la journée. Heureusement pour John McEnroe, Jack «Mister Double» Sock (210e en simple) avait donné de l’air au Monde un peu plus tôt, profitant d’un non-match de Fabio Fognini. «Je suis là pour rapporter les points des doubles. Mais, vous verrez, je vais surprendre tout le monde en simple», avait prédit l’ancien demi-finaliste du Masters (2017). Il peut remercier «Fogna» d’avoir donné du corps à sa prophétie. Ce samedi, la victoire vaudra deux points. Et pour le «Team World», les points importants vaudront encore plus cher. M.A.

Créé: 20.09.2019, 23h38

Le point

Vendredi (1re journée)
Team Europe - Team Monde 3-1
Thiem - Shapovalov
6-4 5-7 13-11
Fognini - Sock
1-6 6-7
Tsitsipas - Fritz
6-2 1-6 10-7
Federer/Zverev - Shapovalov/Sock
6-3 7-5

Une victoire rapporte 1 point vendredi,
2 points samedi et 3 points dimanche.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...