«Indiana Jones» Millman, le héros d’un autre tennis

TennisSur la route menant à Roger Federer, l’Australien a dormi par terre et gagné ses vols de retour. Récit d’une aventure «ordinaire».

John Millman, après une décennie d’errances et tant de combats anonymes, va découvrir la lumière du Arthur Ashe face à Roger Federer (vers 3 h du matin en Suisse).

John Millman, après une décennie d’errances et tant de combats anonymes, va découvrir la lumière du Arthur Ashe face à Roger Federer (vers 3 h du matin en Suisse). Image: Getty Images

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Si le tennis avait voulu vendre son ascenseur social, il n’aurait sans doute pas osé. Fermez les yeux, imaginez les néons de Broadway. John Millman, optimiste incurable, grand cabossé du circuit, après une décennie d’errances et tant de combats anonymes, découvre la lumière du Arthur Ashe face à Roger Federer. La revanche du prolétariat en plein «Labor Day». Le titre claque, la caricature guette. N’est-ce pas un peu too much? Ouvrons les guillemets.

«Quand j’ai commencé à voyager, je n’étais qu’un gamin. Mon jeu n’était pas assez solide, je n’étais pas assez mature. Alors j’ai suivi une sorte d’apprentissage dont je garde des souvenirs inoubliables, écrit l’Australien dans une lettre ouverte publiée par le site Playersvoice. J’ai dormi par terre, dans les gares, les aéroports. Je jouais des tournois uniquement pour m’offrir un vol de retour. C’était une aventure; je me prenais pour Indiana Jones.» La vie que raconte John Millman n’a rien d’incroyable. C’est celle du joueur de tennis normal, celui qui doit apprendre à gagner. Pas à pas. En comptant ses sous mais jamais ses efforts. Une vie addictive, parce qu’elle propose chaque lundi une nouvelle chance de découvrir le grand monde.

Interclubs en Suisse

Sur la dizaine de milliers de joueurs qui empruntent cette route (2000 sont classés à l’ATP), quelques centaines s’invitent au moins une fois au festin. Avant cette saison, l’Australien y avait cru trois fois. Et trois fois son corps l’avait renvoyé dans l’ombre et le doute. En 2013 par exemple, son épaule lâche alors qu’il vient de bousculer Andy Murray grâce à la wild card que lui offre «son» tournoi de Brisbane. Sa carrière est en danger, il doit explorer d’autres pistes. «Un ami a vu que j’étais en difficulté et m’a offert un job dans sa société. Je prenais le bus tous les matins pour aller m’asseoir derrière un bureau. Ce genre d’expériences aide à mettre les choses en perspectives. Je crois que certains joueurs ne se rendent pas compte de leur chance.»

Durant cette année de doute, John Millman en profite pour venir revoir la «bande du TC Zoug», où il avait disputé les Interclubs (LNB) en 2011. «John a passé une semaine chez l’un des gars de l’équipe. Et il avait fait le déplacement pour une rencontre à Lausanne, passant tout un match à coacher un R2 sur le banc», se souvient Marco Keller, journaliste au Tages-Anzeiger et membre du TCZ. L’anecdote raconte la simplicité du personnage. «Lorsque nous avions perdu le barrage à Lugano deux ans plus tôt, John était allé serrer la main de tous ceux qui avaient fait le déplacement pour s’excuser d’avoir perdu. On est tous tombé sous le charme de son humilité.»

Est-ce le voyage qui a façonné cette qualité ou la qualité qui a transformé le voyage? Le mouvement est double, toujours. Reste qu’après dix ans, il a enrichi John Millman d’une forme de détachement sur son jeu, son image et le petit monde du tennis professionnel. «Je ne suis pas le plus talentueux, je le sais. Mais au début, ça m’agaçait un peu que l’on me qualifie de «guerrier». C’est comme ceux qui utilisent le terme ouvrier («journeyman») pour parler de David Ferrer, je trouve ça déplacé. Avec le temps, je me suis heureusement mis à accepter cette étiquette. Si elle dit que j’ai toujours réussi à extraire le meilleur de l’adversité, ça me va.»

Un message d’espoir

Tout à l’heure, John Millman transpirera sur le plus grand court du monde. Lundi prochain, il sera au pire 42e mondial, son meilleur classement. «Quinze mois sans blessure, ça aide», se marre-t-il avec une simplicité désarmante. Vit-il son moment de gloire comme une revanche, un aboutissement? «Je suis juste ravi de m’être offert cette possibilité.» À 29 ans, «Milkman» – le laitier, parce qu’il livre toujours la marchandise – ne se laissera pas piéger. Il sait très bien que cette reconnaissance tardive fait partie du voyage, au même titre que les Futures improbables en Corée ou cette semaine d’entraînement en juin dernier «chez» Roger Federer. «Durant nos séances, j’ai pu mesurer à quel point John s’investissait à fond et utilisait chaque moment pour tenter de s’améliorer, admirait «le Maître» samedi. Il est tellement affûté. J’ai un immense respect pour lui.»

À l’heure où le tennis redessine son «petit circuit» et tente péniblement d’élargir sa pyramide des gains, un héros ordinaire, John Millman, viendra délivrer tout à l’heure son message d’espoir. Tout est possible dans le tennis. À condition d’apprécier le chemin.


Nadal brille, s’arrache et gagne. À quel prix?

Sur la route des quarts de finale, Rafael Nadal a déjà réussi deux exploits: co-inventer, avec Karen Kachanov, le meilleur match de la première semaine et propulser le méconnu Nikoloz Basilashvili (37e mondial) dans une autre dimension. Dimanche, le Géorgien a littéralement sidéré son monde en lâchant des frappes irréelles dans le tie-break du troisième set. «Ce revers long de ligne, il va plus vite que ceux d’Andre Agassi», s’extasiait Brad Gilbert au micro d’ESPN. Roué de coups, le No 1 mondial était donc contraint de faire encore durer le plaisir. Avec huit sets et presque huit heures de jeu empilés en deux jours (4 h 27 et 3 h 19), sa partie de tableau semble soudain moins facile que lundi dernier.

Que racontent ces deux «frayeurs» sur l’état de forme de l’Espagnol? Comme souvent avec lui, des sentiments contradictoires s’entrechoquent. D’un côté, il est rassurant pour tout le monde d’avoir su monter son niveau de jeu proche des sommets tôt dans le tournoi. De plus, Rafa a retrouvé son jeu de défense et son coup droit long de ligne – ses assurances vie sur dur – au meilleur moment face à Karen Kachanov. Mais d’un autre côté l’Espagnol s’est parfois enlisé dans une position trop passive face à ces deux formidables frappeurs. Et des images volées vendredi dans les vestiaires ont confirmé qu’il souffrait bien de son tendon rotulien droit.

«La zone était un peu endolorie mais c’est une sensation que je connais. Rien de grave», rassurait-il dans la foulée. Dimanche en effet, le No 1 mondial ne portait plus de tape sous son genou. Mais rien ne dit que la menace est tout à fait écartée. Surtout qu’un nouveau combat physique l’attend: le remake de la finale de Roland-Garros face à Dominic Thiem, vainqueur d’un Kevin Anderson à bout de forces. (TDG)

Créé: 02.09.2018, 23h19

Fenêtre sur court

Next, please
Le vieillissement de la population masculine a connu une brusque accélération en huitième de finale, où la moyenne d’âge culmine à 29,25 ans. Brno Coric est le benjamin de la bande avec 21 ans, Roger Federer son aîné avec 37 ans, suivi de Philip Kohlschreiber, 34 ans. Ce nouveau surplace de la génération dite montante déçoit les attentes.
Il discrédite aussi la campagne publicitaire de l’ATP, fièrement baptisée @NextGen; tout en ayant le mérite de clarifier un point essentiel des relations fondées sur le désir: le succès comme l’amour ne se décrètent pas.

Noctambule
Il était 2 h 22 du matin lorsque Marin Cilic en a eu fini
avec Alex De Minaur, fougueux Australien de 19 ans. Chaque pas semblait amener les deux hommes au bord de la crampe. À quatre minutes près, les infatigables battaient le record du match
le plus tardif jamais conclu à New York.

Cirque
À ceux qui lui pressentent une retraite imminente et sédentaire, Roger Federer a rappelé combien il appréciait sa vie de nomade. «J’aime les enregistrements à l’aéroport, a-t-il exagéré un brin. Faire ses valises est aussi très amusant. J’adore. Avec ma famille et mon staff, nous sommes une sorte de petit cirque itinérant.» Le dernier numéro d’«Easy Roger»: un passing qui contourne le filet, ultime camouflet à l’irascible Nick Kyrgios (6-4 6-1 7-5). CH.D.

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