Honoré à New York, Bertarelli a toujours la Coupe au cœur

VoileIntroduit au Hall of Fame de la Coupe de l’America, le Genevois ne cache plus qu’une nouvelle aventure pourrait le tenter!

Ernesto Bertarelli, ici en 2003 lors de la victoire d’Alinghi à la Coupe de l’America, a été intronisé au Hall of Fame du plus vieux trophée sportif du monde.

Ernesto Bertarelli, ici en 2003 lors de la victoire d’Alinghi à la Coupe de l’America, a été intronisé au Hall of Fame du plus vieux trophée sportif du monde. Image: AP

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Il n’aime pas les honneurs, les discours. Il a été servi! Ce week-end, au cœur de Manhattan, Ernesto Bertarelli, 51 ans, avait une nouvelle fois rendez-vous avec la Coupe de l’America. Intronisé au Hall of Fame du plus vieux trophée sportif du monde, le milliardaire, homme d’affaires et passionné de voile a été adoubé par les membres du Club Nautique de New York. Avant que le vénérable club ne se remplisse de ses invités prestigieux, nous avons rencontré le héros du soir. L’occasion d’évoquer cette belle histoire qui lie à jamais Alinghi et la Coupe. Une histoire qui pourrait bien ne pas en rester à cette soirée de gala, aussi mémorable fût-elle.

Ernesto Bertarelli, quels sont vos sentiments au moment d’être intronisé dans le Hall of Fame de la Coupe de l’America?

C’est fort. Je tiens avant tout à remercier les Américains qui me font cet honneur. C’est tout de même eux qui ont créé cet événement sportif majeur. Etre intronisé ici, c’est la reconnaissance ultime pour un marin. Cette soirée marque la fin d’un cycle pour Alinghi et la Coupe de l’America mais ce n’est en aucun cas la fin de l’histoire. Pouvoir faire partie de ce cercle restreint de personnes qui ont écrit une partie de la légende de la Coupe a une vraie signification. Cela veut dire que nous avons eu un parcours intéressant et que notre contribution est reconnue. Cela avait déjà été le cas en Suisse et en Europe, et le fait que cela se passe ici, dans le saint des saints de la Coupe, est particulièrement marquant.

C’est aussi une façon de dire que votre vision de la Coupe, notamment cette édition de Valence en 2007 qui restera comme la plus populaire de l’histoire et comme l’une des plus disputées sur le plan sportif, était dans le juste?

Oui, c’est vrai. Avec la Société nautique de Genève, nous avons toujours voulu apporter une certaine modernité tout en conservant le côté épique de cette compétition. Nous avons donc essayé d’innover. Nous avons créé les actes. Nous avons aussi mis en place les bases ouvertes au public avec toutes les interfaces pour permettre au plus grand nombre de s’immerger et de mieux comprendre la voile de très haut niveau. Nous avons aussi développé une certaine forme de sponsoring en associant des villes et les partenaires commerciaux à chaque événement. En réalité, c’est toute l’histoire de la Coupe de l’America qui est ainsi faite. A chaque changement de Defender, c’est là que la compétition a fait de grands pas en avant. C’était le cas lorsque les Australiens l’ont gagnée. Ce fut pareil quand les Américains et Denis Conner l’ont récupérée. Même chose ensuite avec les Néo-Zélandais, avec nous et ensuite avec Oracle.

Pourtant, vous n’avez pas adhéré à la vision de Larry Ellison?

Disons que je suis assez content d’être encore spectateur pour la prochaine édition…

Mais un retour dans la Coupe est-il envisageable?

(Il sourit.) C’est LA question. Celle que tout le monde se pose. Encore une fois, dans la configuration actuelle, la réponse est non. Maintenant, comme je l’ai déjà dit, à chaque changement de Defender il y a des innovations et un nouvel état d’esprit qui peuvent changer la donne. Peut-être qu’avec la victoire de l’un des challengers actuels, la Coupe redeviendra tellement attractive que nous ne pourrons pas y résister!

Une victoire de l’Angleterre ne serait pas pour vous déplaire, on se trompe?

C’est clair qu’au niveau symbolique, ce serait extrêmement fort que cette compétition revienne là où tout a commencé en 1851.

Etes-vous quelqu’un qui est sensible aux honneurs personnels?

Pas spécialement… En réalité, je ne suis pas un grand fan de cérémonies et de soirées. Mais si je suis heureux d’être là, c’est avant tout pour toute l’équipe et tous les gens qui m’ont accompagné. Il y a beaucoup de personnes qui, dans l’ombre, ont travaillé dur et contribué aux succès du team, que ce soit sur l’eau ou à terre. Parce qu’Alinghi, ça n’est pas seulement une équipe qui sait gagner des régates. Nous sommes aussi une équipe qui a toujours su bien se comporter et j’espère bien que cela continuera ainsi. Nous sommes une famille, le mot n’est pas trop fort. Il suffit de voir le plaisir de tous ces gens qui se retrouvent ce soir. Ils viennent de Suisse, d’Allemagne, d’Italie, de Nouvelle-Zélande et d’ailleurs. Ils n’ont pas hésité à bousculer des agendas bien chargés pour être là. C’est très fort et émouvant.

La Société nautique de Genève, la Suisse et Genève qui se retrouvent mis à l’honneur dans ce Club nautique de New York, c’est un sacré clin d’œil à ceux qui ne pensaient pas qu’un jour ce petit pays puisse gagner la Coupe?

C’est assez émouvant de voir ce soir le Commodore de la SNG et celui du Yacht Club de New York réunis. C’est un symbole fort du chemin parcouru. Quand nous avons gagné la Coupe en 2003, on a dit que nous avions mis la Suisse sur la carte de la planète voile. Des années plus tard, on se rend encore mieux compte de l’héritage. Tous ces gamins qui se levaient la nuit pour regarder nos régates, on les retrouve pour la plupart aujourd’hui sur l’eau. Le marin suisse est reconnu et respecté. Dans toutes les classes, les résultats sont impressionnants et les Suisses n’ont pas à rougir. J’en veux pour preuve notre petit champion du monde d’Optimist, Max Wallenberg. Lui, je ne suis même pas sûr qu’il nous regardait quand nous défendions les couleurs de la SNG à Valence. Actuellement, il y a aussi Sébastien Schneiter qui brille à Newport à la Red Bull Foiling Generation. Je peux aussi bien sûr citer Arnaud Psarofaghis, qui s’est incroyablement bien intégré dans notre équipe, notamment en GC32.

Sur un plan plus personnel, vous semblez particulièrement heureux de naviguer en «petit» comité, loin des contraintes de la Cup…

J’ai aimé avoir des responsabilités et diriger une grosse équipe. Mais c’est vrai que c’est assez plaisant de continuer à faire de la voile avec moins de contraintes. La performance reste au centre de chaque régate. Mais le plaisir pur compte aussi. Vous savez, la voile a toujours été une vraie passion. C’est encore le cas aujourd’hui.

Avec une dimension nouvelle qui ne doit pas vous déplaire. Mais tous ces bateaux qui volent, cela ne vous fait pas peur?

Non. Au contraire. La recherche de la vitesse a toujours été une des marques de fabrique au sein du Team Alinghi. Elle évolue sur le plan technologique mais la voile reste la voile. Au même titre que la formule 1 reste la formule 1. Pourtant les voitures d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec les premiers bolides. Pour la navigation, il y a juste une dimension supplémentaire – verticale – qui a été ajoutée. Et selon moi, ce seront toujours les compétences des hommes qui feront la différence. Du moins, c’est ce qu’il faut souhaiter. Avec le GC32, nous avons apprivoisé la nouvelle génération de bateaux volants. Je prends énormément de plaisir à barrer. Cela dit, l’aspect sécuritaire doit être prioritaire. Et je dois avouer que ces départs au reaching (vent de travers) à pleine vitesse me font un peu peur. Il ne faudrait pas qu’un marin tombe à l’eau lors de cette phase de départ.

Quel est l’avenir d’Alinghi?

Premièrement, on va essayer de gagner le championnat des Extreme Sailing Series. Toute l’équipe, avec Arnaud à la barre, fait un travail formidable. La finale, à Sydney, mi-décembre, va être superbe. Ensuite, en 2017, on sera évidemment sur le lac, avec notre D35. Et pour la suite, on va bien sûr regarder attentivement ce qui se passera aux Bermudes avec la Coupe… (TDG)

Créé: 23.10.2016, 22h50

Un dîner d’un autre temps…

C’est l’un des clubs les plus fermés de New York qui a réuni la «famille Alinghi» autour d’Ernesto Bertarelli

C’est un dîner d’un autre temps. Celui des robes élégantes et des costumes trois-pièces taillés sur mesure. Comme s’il s’agissait de mieux apprivoiser la démesure de l’endroit. Sur la 44e Rue, la façade du Yacht Club de New York donne le ton. «Difficile de ne pas sentir tout le poids de l’histoire, remarque Pierre-Yves Jorand. C’est la première fois que j’ai la chance d’y pénétrer. L’ambiance baroque avec ce décorum et toutes ces maquettes de bateaux confère au lieu un charme assez incroyable.»

Deux cents invités, triés sur le volet, 20 tables rondes décorées de bouquets de roses rouges bien dodus. D’un côté, il y a les Dunraven, les héritiers d’un célèbre navigateur anglais de la fin du XIXe siècle. De l’autre, toute la famille Alinghi. Une famille recomposée et visiblement très émue de se retrouver pour célébrer l’intronisation du patron, le mari, le père, l’ami… Le 21 octobre 2016 restera comme une date marquante de l’histoire de la voile suisse. C’est ici, à New York, dans cette ville où il a avalé des couleuvres judiciaires, que «le gamin du lac» a été intronisé au Hall of Fame de la Coupe de l’America.



Les murs du club devaient déjà être capitonnés quand les membres de l’époque décidèrent de créer la Coupe de l’America. «Ils n’imaginaient certainement pas qu’un jour la Suisse inscrive son nom au palmarès», dira Ernesto Bertarelli avec une pointe d’humour lors d’un discours qui a fait mouche. Le double vainqueur souligne l’honneur d’être reconnu, ici aux Etats-Unis, un pays avec lequel il a tissé des liens forts – il a notamment étudié à Boston – et indéfectibles.
Sur les écrans, entre le fromage et le dessert, un film de sept minutes retrace l’épopée. Auckland, la conquête, Valence, la consécration, Valence II, la désillusion. Beaucoup d’émotions caressent les échines de ceux qui y étaient. Luc Dubois, Eugenia Manzanas, Nils Frei, Coralie Jonet, Bertrand Cardis, Jochen Schumann, Murray Jones, Brad Butterworth, Pierre Girod, Pierre-Yves Firmenich, Arnaud Psarofaghis. «Moi, c’est devant ma télévision que j’avais vécu ça, dit celui qui barre désormais le GC32 Alinghi. C’est à cette époque-là que je me suis mis à rêver d’un jour pouvoir faire partie de cette famille.»

A 23?heures, immuablement, le vénérable club ferme ses portes sur 172?ans d’histoire dont la dernière page vient d’être écrite par Ernesto Bertarelli. Mais pas question d’en rester là. Rendez-vous est donné au Bryant Park Hôtel Cellar Bar. Pour une fin de soirée bien d’aujourd’hui. La famille Alinghi réunie comme aux plus belles heures d’Auckland. Ceux qui étaient de la partie aux antipodes comprendront. «C’est cette communion qui est ma plus belle réussite», sourit le héros du week-end.

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