La Suisse découvre le HCA et la «Rauracienne», cet hymne à la joie

Hockey sur glaceEn créant l’exploit contre Davos, dimanche à Malley, le HC Ajoie de Gary Sheehan rend fier les politiciens jurassiens.

La nuit aété longue ou courte, c'est selon, pour tous ces Jurassiens...

La nuit aété longue ou courte, c'est selon, pour tous ces Jurassiens... Image: KEYSTONE

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Dans leur tête, il y a la «Rauracienne», cet hymne à la joie, qui résonne encore depuis dimanche soir. Il y a aussi ce premier but de Mathias Joggi, celui d’Alain Birbaum ainsi que cette passe en or de Jonathan Hazen qui passent en boucle. Et cette sixième réussite de Philip-Michael Devos qui a terrassé (7 à 3) le HC Davos à Malley.

Que d’images qui défilent sur leur nuage, après ce succès historique de David contre Goliath. Un nouvel exploit retentissant des joueurs de ce HC Ajoie qui avaient déjà réussi celui d’éliminer Lausanne, Zurich et Bienne avant d’écrire l’une des plus belles page de l’histoire du club, d’une région, de tout un canton. Ce 02. 02. 2020 qui peut se lire dans les deux sens restera gravé à jamais dans les mémoires des Ajoulots.

Après Ge/Servette en 1972, qui avait également remporté le trophée en 1959 alors qu'il évoluait en LNB, cela faisait 48 ans qu’un club romand attendait de soulever cette Coupe de Suisse. C’est avec des fumigènes et des chants que le 41e car ajoulot, celui des joueurs, a été accueilli à Porrentruy sous le coup de 0 h 45 alors que plus de mille supporters s’étaient réunis à côté de la patinoire de Voyeboeuf. La nuit a été longue ou courte c’est selon. Et bien arrosée...

«On est un peu comme les Valaisans»

«Vous entendez ma voix, vous avez compris qu’on a un peu fêté, mais à mon âge on se lève tôt!» Au bout du fil, François Lachat (77 ans), ancien président de la Constituante jurassienne et ministre du premier gouvernement cantonal, a encore la tête dans les étoiles. «Dans cette patinoire, il y avait une ambiance de feu, c’était fabuleux. Nous les Jurassiens, on est un peu comme les Valaisans, des enthousiastes, on sait s’enflammer.»

L’occasion pour lui de souligner qu’au milieu de «cette morosité où le chômage augmente», c’est aussi «grâce à un Québécois», à Gary Sheehan, que son équipe de coeur a soulevé le Graal. «J’ai demandé à son amie de tout faire en sorte pour qu’il reste. Vous savez l’amour que je porte au Québec, se marre le politicien. Après avoir vu un documentaire consacré à la chanteuse Pauline Julien, une femme combattante et engagée, je savais qu’on allait gagner, que c’était prémonitoire.»

«L’aspect humain est plus fort que l’argent»

Pierre Kohler, cet autre politicien jurassien, avait aussi un bon pressentiment, alors qu’il a suivi cette finale de tous les bonheurs à la radio, depuis... Paris. «Si je suis le hockey de loin, je dois reconnaître que c’est fantastique ce qui s’est passé dimanche, s’exclame-t-il. Cela prouve que lorsque les gens sont unis derrière leur équipe, l’aspect humain et le coeur sont plus forts que l’argent», se réjouit le Delémontain qui ce lundi, se sentait surtout, comme de nombreux romands, un Ajoulot. Le peuple jurassien est si fier de s’identifier à cette marée «jaune et noir».

«Une équipe qui croche, a été à l’image de notre région»

Conseiller aux Etats, Charles Juillard fait partie de ces fans du canton, comme comme le cavalier Steve Guerdat, qui suivent leur formation favorite à chaque occasion. «C’est une très grande fierté et énormément de joie, s’exclame l’homme politique de Porrentruy, qui sentait lui aussi qu’il y avait un bon coup à jouer. Cette équipe, forte et solidaire, a été à l’image de notre région, en crochant jusqu’au bout. On a parlé de nous partout, y compris en Suisse alémanique, c’est beau.» Le Bruntrutain ne cache pas qu’après avoir vibré à la Vaudoise aréna, il a eu de la peine à quitter la patinoire. «Je dois avouer que dans le train. Il y avait aussi une belle ambiance.»

«Une ferveur identitaire»

Le 2 février sera-t-il désormais un jour férié au Jura? Député maire de Porrentruy depuis 2017, Gabriel Voirol, qui faisait partie des 9284 spectateurs, sourit. «Avec tout ce peuple dans ces gradins de Malley, cette immense ferveur populaire, c’était vraiment une journée merveilleuse, lâche celui qui est aussi président du parlement jurassien. Après les trois précédents exploits, on voulait encore y croire. Cette ferveur identitaire autour de la «Rauracienne» a permis de stimuler les troupes pour porter tous ensemble cette équipe. On a donné une belle image du Jura. Preuve que dans ce coin de pays on n’a pas seulement la Saint-Martin et la damassine!» Le HC Ajoie est entré dans l’histoire comme on écrit un conte de fée.

Au tour du BBC Boncourt?

Détenteur désormais d’un trophée qui s’est... cassé dans la soirée, le HC Ajoie aura à coeur de le défendre la saison prochaine dans une nouvelle patinoire qui sera inaugurée en fin d’année. «On ne peut vivre ces moments extrêmement forts qu’avec le sport», renchérit cet ancien basketteur, qui avait vécu, il y a quelques années, la promotion en LNA avec le BC Boncourt, club qui peut aussi encore gagner la Coupe. La «Rauracienne» n’a pas fini de résonner...


Gary Sheehan: «Une union fantastique»

Gary Sheehan, qui est passé par Ge/Servette (1995-1998), Star Lausanne (1998-2004) ou le Lausanne HC (2003-2005) a mené le HC Ajoie au titre de deuxième division ainsi qu’à la Coupe de Suisse, dimanche. Mûr pour obtenir une première chance en National League? Il se dit prêt, mais ne veut pas brûler les étapes. Comme il a toujours fait, d’ailleurs.

Est-ce que vous réalisez l’ampleur de votre exploit?

Pas encore tout à fait pour être honnête avec vous. Mais lorsque je vois le nombre de messages de félicitations, je me dis que nous avons vraiment touché une corde sensible chez les gens avec notre aventure. On le savoure et on décompresse, même si je n’ai pas l’impression d’être très lucide. Je suis encore dans les étoiles.

Dans quel état d’esprit avez-vous abordé ce match?

Parfois, en tant que coach, tu as le sentiment que ce sera un soir sans. Que les joueurs ont peur de l’adversaire. Là? Ça n’est jamais arrivé. Pourquoi? Parce que c’était logique que nous perdions. Cela change tout. C’était normal de perdre et nous nous sommes juste préparés pour quelque chose de mieux qu’une défaite. Quand tu es supérieur à ton adversaire, tu ne peux pas faire ça. Tu commences à te dire qu’il ne faut pas se planter et à avoir des énergies négatives. C’est humain. Cette mentalité a évacué une certaine pression. Et les émotions du public ont fait le reste.

De l’extérieur, l’impression d’unité romande était saisissante. L’avez-vous également ressentie?

Oh oui, de manière très intense. L’engouement était plus grand qu’en 2016 lors du titre. Le fait d’avoir dû nous déplacer à Lausanne a probablement changé bien des choses. Nous avons touché des gens de toute la Suisse romande. Les témoignages de sympathie sont si nombreux. Ce sacre a créé une union fantastique.

Propos recueillis par Grégory Beaud

Créé: 03.02.2020, 19h27

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