Bykov: «La plus belle chose que j’aie gagnée, c’est le respect des gens»

Hockey sur glaceSlava Bykov inaugure notre série de portraits de «légendes du hockey mondial» en marge des CM 2020 en Suisse

Cinq fois champion du monde, deux fois champion olympique en tant que joueur, Slava Bykov incarne la beauté du jeu.

Cinq fois champion du monde, deux fois champion olympique en tant que joueur, Slava Bykov incarne la beauté du jeu. Image: Jean-Paul Guinnard

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Viatcheslav «Slava» Bykov, légende du hockey mondial, est assis en face de nous au Café St-Léonard de Fribourg, à quelques dizaines de mètres d’une patinoire qui a résonné au rythme de ses exploits durant huit saisons inoubliables passées sous le maillot de FR Gottéron. Slava Bykov, 59 ans, n’a pas vraiment changé. Il est resté svelte et en bonne forme physique. C’est qu’il patine encore régulièrement: avec une équipe de vétérans, et surtout avec son petit-fils de 5 ans. «Notre famille est condamnée à fournir des joueurs à Gottéron», rigole-t-il. Slava dans les années 90, son fils Andreï depuis les années 2000, et peut-être bientôt Evan, le petit garçon de sa fille, Masha. L’avenir des Dragons est entre de bonnes mains.

Il commence par évoquer son enfance à Tcheliabinsk. «Nous ramassions dans la rue les vieux sapins de Noël et nous en faisions des cannes de hockey, se souvient-il. On n’avait pas le choix, il fallait être créatif et se débrouiller. Cela m’a appris la valeur du travail et des choses. Les jeunes aujourd’hui ont tout à portée de main. Ce n’est pas leur faute, c’est la société qui change et évolue. Mais ce sens des valeurs, il faut continuer à l’injecter, même si c’est de manière artificielle. Je garde de merveilleux souvenirs de mon enfance à Tcheliabinsk.»

Les émotions de 1990

On pourrait parler des heures avec Slava Bykov. De ses débuts en équipe nationale en 1982, de sa vie derrière le «rideau de fer», en Union soviétique, sous les ordres de l’entraîneur Viktor Tikhonov. De sa «deuxième vie» à Fribourg, qu’il n’a jamais quitté depuis son arrivée en 1990. «C’était un 4 juillet, sourit-il. Independence Day aux États-Unis. Et je suis arrivé où? À «Free-Bourg», la ville libre! C’est marrant, non?»

Sa gorge se noue lorsqu’il évoque son premier match à Fribourg, avec l’Union soviétique. C’était en 1990, quelques semaines après qu’il a signé avec Andreï Khomoutov un contrat avec les Dragons. 1990, dernier titre mondial pour l’URSS avant qu’elle ne devienne la Russie. «Nous y avions joué un match des championnats du monde contre les États-Unis. Nous avions gagné 7-2, je crois (ndlr: 10-2). C’était la première fois que notre équipe était accueillie autrement qu’avec des sifflets. C’était la première fois que Viktor Tikhonov était reçu chaleureusement, avec des applaudissements. Auparavant, partout où nous allions, nous étions les «ennemis». Je n’oublierai jamais ce moment. Personne ne s’attendait à vivre quelque chose d’aussi fort.»

La «grande machine rouge» recevait enfin une marque d’amour hors de ses terres grâce à Slava Bykov et Andreï Khomutov, les deux futurs fribourgeois. Et bien sûr grâce à Jean Martinet, qui quelques semaines plus tôt s’était déplacé à Moscou pour réaliser le plus grand coup de l’histoire du hockey suisse. «Les Nordiques de Québec ont essayé de nous avoir, Lugano était aussi sur les rangs, mais sans vraiment croire que nous viendrions un jour en Suisse, se souvient-il. Jean Martinet est venu à Moscou et il m’a attendu après un entraînement. Je me suis présenté et je lui ai dit: Slava Bykov, capitaine de l’armée rouge. Il m’a regardé et m’a répondu: Jean Martinet, capitaine de l’armée suisse!» La suite fait partie de l’histoire.

Le secret de la Russie

Cinq fois champion du monde, deux fois champion olympique en tant que joueur, ambassadeur d’un hockey exécuté à la perfection. Slava Bykov incarne la beauté du jeu. «On nous appris à haïr la défaite. Chaque revers était terrible pour nous. Nous étions des perfectionnistes. Mes plus grands matches de hockey, ce n’est pas dans les grandes compétitions que je les ai disputés, mais à l’entraînement! Tikhonov faisait toujours s’affronter les deux meilleures lignes. Les anciens contre les plus jeunes, ceux qui un jour seraient appelés à reprendre le flambeau. Des matches d’un niveau de jeu et d’une intensité incroyables. Personne ne voulait perdre, par fierté. Et puis il y avait un enjeu particulier entre nous: il s’agissait de déterminer qui paierait les bières», sourit Bykov, avant d’ajouter: «J’ai souvent entendu dire que l’URSS appliquait tel ou tel schéma de jeu, telle ou telle tactique. Mais c’est faux! Nous n’avions pas de schémas, juste de la créativité. Notre jeu de passes, notre sens du collectif, savez-vous d’où il venait? De la politique, du communisme. Le partage, le travail pour la communauté. Cela se reflétait aussi sur la glace, où tout ce que nous faisions l’était dans un intérêt commun. C’était ça, notre secret.»

À Berne en 2009, en tant que sélectionneur de l’équipe de Russie cette fois-ci, Slava Bykov a remporté un dernier titre de champion du monde en carrière, son deuxième de rang après celui de 2008 à Québec qui avait mis fin à une disette de quinzeans pour la Russie sur la scène internationale. Un dernier triomphe, à Berne, sur une patinoire qu’il a toujours affectionnée lorsqu’il jouait encore. «Il y avait une pancarte qui disait: «Slava, tu es un des nôtres.» J’ai gagné beaucoup de titres dans ma carrière, mais la chose la plus importante est d’avoir gagné le respect des gens…» Le temps file. Il est déjà 15h30. Slava Bykov se lève et dit en souriant: «Désolé, il faut que je vous laisse, mon petit-fils m’attend. Il faut qu’on aille jouer au hockey!»

Créé: 25.02.2020, 12h42

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