McSorley: «Plutôt que vers le passé, je regarde vers l’avenir»

Hockey sur glaceC’était dans l’air, c’est officiel: Chris McSorley retrouve les pleins pouvoirs à Genève-Servette après une saison en enfer. Rencontre.

Image: Eric Lafargue

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Certains y verront un juste retour des choses. D’autres une fausse bonne idée. Mais lui? Après une année de purgatoire, retrouvant les ors d’une fonction dont il a été déchu abruptement le 22 mars 2017, qu’en pense Chris McSorley? Le voilà de retour avec les pleins pouvoirs, un capital d’actions en moins bien sûr, mais à nouveau dans la peau de l’entraîneur et manager de Genève-Servette, comme à la belle époque, comme si rien n’avait changé, si ce n’est cette année passée presque au placard. Faut-il croire que son destin est à jamais lié aux Aigles ou que d’autres considérations, contractuelles, ont dicté un choix économique? C’est à tout cela, et à bien plus, qu’il répond.

Lire l'éditorial: Ge/Servette et Le Retour du Jedi

Dans «Star Wars», l’épisode s’appellerait le «Retour du Jedi». Dans l’ombre, mis sous une espèce de tutelle dès l’arrivée des Canadiens invités par son ennemi intime – Hugh Quennec – carrément écarté ensuite sans pouvoir être viré (le fameux contrat et ses clauses financières), l’homme est bien là aujourd’hui. Il l’a toujours été en fait, même quand le ténébreux Woodcroft, relevé de ses fonctions désormais, s’enlisait. Chassez-le par la fenêtre, McSorley revient par la bande. Il attendait seulement l’heure de la revanche. Elle vient de sonner. Il est temps de voir avec lui comment il vit cette situation. Dans son antre des Vernets, l’Ontarien a le sourire des grands jours.

Chris McSorley, depuis combien de temps savez-vous que vous alliez redevenir l’entraîneur-manager de Genève-Servette?
Il y a eu des discussions avec la nouvelle direction du club. Il y a trois semaines, j’ai notamment rencontré Didier Fischer (ndlr: le président de la Fondation 1890, qui a repris Ge/Servette à la fin du mois de janvier, évitant le pire). Nous avons parlé et constaté que nous partagions la même philosophie pour le futur de ce club. Je parle là du développement, de l’académie, des attentes, des valeurs. Puis, il y a eu un débriefing il y a quelques jours et c’est là que j’ai été informé que je représentais la meilleure candidature.

La plus économique aussi, non? Comme vous êtes sous contrat, le club ne pouvait peut-être pas s’offrir le luxe de salarier un directeur sportif et un entraîneur.
Je ne pense pas que les finances ont motivé ce choix des dirigeants. Si je n’avais pas été le plus indiqué, je n’aurai pas été pris, tout simplement. Je connais ce club par cœur, cette enceinte des Vernets aussi, tous les gens qui sont là et avec lesquels nous avons travaillé longtemps, avant. Je n’ai pas à rougir de ce qu’on a construit ici. Et j’ai faim de retrouver le travail.

Franchement, après ces deux dernières saisons, surtout celle qui vient de s’achever, savourez-vous un sentiment de revanche?
Non. Ce ne serait pas productif. Il s’est passé beaucoup de choses depuis deux ans, et notamment lors de la dernière saison, c’est vrai. Je ne vais pas mentir, ce n’était pas une année facile à vivre pour moi. Mais pour personne en fait: je pense aux joueurs, aux supporters, même à Craig Woodcroft. Je suis de retour pour aider. La saison passée, elle est déjà à des années-lumière derrière moi.

C’était une année de perdue?
Même pas. Il n’y a jamais d’année perdue, il faut toujours tirer les leçons des situations vécues. Plusieurs circonstances ont contribué à ce qui s’est passé. Je suis là sans rancœur et plutôt que de me retourner sur le passé, je veux regarder devant.

Qu’avez-vous appris durant cette saison dans l’ombre? Avec ce nouveau départ, va-t-on voir un autre Chris McSorley?
Il faudra d’abord que je me remette au patinage, au quotidien… Non, sérieusement, il y a forcément des questionnements qui ont existé. J’ai utilisé ce temps pour réfléchir sur moi-même. Après ça, on revient plus intelligent, plus patient, avec des idées tactiques différentes, avec des idées pour diriger des joueurs, mais aussi des personnes.

Justement: vous allez retrouver certains joueurs qui, convoqués par les anciens dirigeants dans les salons d’un grand hôtel il y a un an, n’avaient pas hésité à vous casser du sucre sur le dos, juste avant votre mise à l’écart. Comment allez-vous gérer ces «retrouvailles»?
Cela ne sera pas un problème. Ce qui s’est dit durant ces réunions n’a aucune importance à mes yeux. Je ne compte pas faire de mon retour un événement spécial, en convoquant les joueurs. Mais je vais sûrement appeler ceux qui ne sont pas à Genève. Et sans doute voir les autres. Je veux que tout se fasse en douceur. Il n’y a pas de révolution. Il faut maintenant préparer l’avenir.

Cela passe par la constitution d’un contingent: quels sont vos axes de travail?
Genève-Servette doit avoir suffisamment de profondeur dans son contingent pour aligner ses lignes match après match. On a vu que cela a parfois été compliqué cette saison… Je dirais qu’il faut au moins trente joueurs pour pouvoir en inscrire vingt-deux à chaque journée sur la feuille. J’y travaille déjà. Également dans le développement de nouveaux partenariats, avec une équipe de LNB et une autre de première ligue.

Et quelles assurances avez-vous quant au budget pour la prochaine saison? Sera-t-il identique à celui de cette saison, soit près de 18 millions, ou revu à la baisse?
J’ai reçu des garanties financières qui permettront de bâtir une bonne équipe.

Avec un budget moins substantiel mais utilisé plus intelligemment?
Genève-Servette aura un budget pour être compétitif. Je ne peux pas en dire plus.


McSorley-Stucki: la reconstitution de la «dream team» des Vernets

Il y a infiniment de raisons qui peuvent expliquer le retour de Chris McSorley à son poste de toujours, le seul qu’il peut vraiment occuper en réalité: entraîneur et manager. Il a été l’âme du club de 2001 à 2017 et ces 16 ans-là ne pouvaient pas s’effacer d’un trait, surtout pas s’il restait présent dans l’organigramme du GSHC.

Après avoir avalé les couleuvres de ses compatriotes canadiens durant deux ans, à l’instigation de Hugh Quennec, McSorley est de retour et il y a aussi une logique. Depuis le sauvetage opéré à la fin de janvier par la Fondation 1890, déjà la bienfaitrice en 2015 du Servette FC après la gestion désastreuse d’un certain… Hugh Quennec, Didier Fischer n’a pas chômé. Il a peut-être jeté un œil sur un passé qu’il a bien connu.

C’est justement quand Quennec était occupé à faire le vide autour de lui et dans les comptes du Servette FC, de 2012 à 2015, que Genève-Servette allait bien. Voire très bien.

À la tête du club, une direction bicéphale faisait le bonheur sportif et économique des Aigles: trois demi-finales de suite sur la glace, et trois exercices comptables bénéficiaires (entre 1 million et 1,5 million par saison): de quoi asseoir une crédibilité.

À la tête de l’équipe, il y avait l’inévitable Chris McSorley. À la direction générale et administrative opérait Christophe Stucki. Surprise? Jeudi passé, Christophe Stucki était nommé nouveau directeur général du club. Et ce mardi, c’était au tour de Chris McSorley de retrouver sa place à la tête de l’équipe.

Le duo, qui a constitué en quelque sorte une «dream team» durant trois ans, est donc à nouveau réuni. La logique est là.

Inutile de préciser que cela ne fait peut-être pas le bonheur de tout le monde. On pense à certains joueurs qui ne portaient plus McSorley dans leur cœur et qui ne sont peut-être pas privés de le souligner il y a un an, lors de ces consultations organisées comme prélude à la mise à l’écart de l’Ontarien. Mais dans la plupart des cas, il y a comme une forme de soulagement aux Vernets. Craig Woodcroft a sans doute des circonstances atténuantes pour expliquer son fiasco: quand une armée mexicaine préside aux destinées d’un club, voire le prend en otage pour le conduire au bord de la faillite, il n’est pas simple de diriger un groupe. Mais si la gestion humaine de l’ombrageux Woodcroft laisse aujourd’hui un si mauvais souvenir à ceux qui l’ont côtoyé, c’est que le malaise était immense et la rupture inévitable. Il est temps que le hockey reprenne sa place aux Vernets, loin des affaires et autres erreurs de casting, à la direction comme à la bande. D.V.

(TDG)

Créé: 03.04.2018, 22h15

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