Le planning surchargé des Vernets ne laisse la place qu’aux exaspérations

Hockey sur glaceLes deux patinoires sont surutilisées toute la semaine, de 5 h 30 à 23 h 30, par des locataires pour la plupart agacés ou résignés.

Que ce soit les joueurs du GSHC, les juniors ou les amateurs de patinage, il y a toujours du monde aux Vernets.

Que ce soit les joueurs du GSHC, les juniors ou les amateurs de patinage, il y a toujours du monde aux Vernets. Image: PIERRE ABENSUR

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Il y a toujours de la lumière aux Vernets, et ce n’est pas pour décourager les cambrioleurs. Les deux surfaces de jeu (intérieure et semi-extérieure) sont occupées chaque jour de la semaine de 5 h 30 à 23 h 30. «Pour le GSHC, pour le patinage artistique, pour les populaires, etc.», liste Sami Kanaan, conseiller administratif chargé des Sports.

Genève rêve depuis dix ans que le projet d’une nouvelle patinoire se concrétise sur le site du Trèfle-Blanc, mais l’appel d’offres n’a toujours pas été lancé. «Qu’est-ce qu’on aura en premier: la traversée de la rade ou une nouvelle patinoire?» plaisante à moitié Sylviane Maulini, présidente des patineurs de Genève, un club de lève-tôt qui a obtenu du temps de glace aux aurores (voir planning ci-contre), ce qui n’est pas du goût de son entraîneur Peter Grütter. «On a toujours dû prendre les heures que les autres ne voulaient pas», peste le druide de 77 ans, porte-parole des susceptibilités exacerbées. La question des horaires est sensible aux Vernets, où certains locataires ont la désagréable impression d’être moins bien traités que les autres.

Le réveil sonne à 4 h 45

L’équipe de hockey U17 occupe des créneaux peu enviables, très tôt le mardi ou le vendredi, mais son entraîneur François Bernheim s’est fait une raison. «Le réveil sonne à 4 h 45 mais ça va, on s’habitue. On fait de toute façon avec ce qu’on a.» Son inquiétude va plutôt pour ses joueurs, «des adolescents qui ont besoin de sommeil pour bien vivre leur phase de développement» et auxquels le coach est obligé de donner rendez-vous chaque matin à 5 h 45. Pile. «L’heure, c’est l’heure. On utilise chaque minute de glace. On n’a aucune marge de manœuvre.»

Pas même dans les exercices proposés, car comment faire progresser des jeunes talents à 19 h 15 lorsqu’ils se sont réveillés aux aurores pour s’entraîner avant de partir aux études? «En fin de journée le mardi, on aborde tous les thèmes à travailler sous forme de jeux, avec des règles simples, cela afin que les joueurs n’aient pas besoin de réfléchir, explique Bernheim. On peut ainsi bosser même si le cerveau est fatigué. Une chose est sûre: ce n’est pas à ce moment-là qu’on apprend de nouvelles choses aux jeunes.»

Avec tous ces hockeyeurs…

En finissant à 20 h 15 le mercredi, les juniors élites ne sont pas mieux lotis. «Je ne trouve pas normal que des élites s’entraînent aussi tard, râle Igor Fedulov, assistant de l’entraîneur principal Patrick Bosch. Ils doivent ensuite se changer, rentrer chez eux et manger, si bien qu’ils se couchent tard. On demande beaucoup aux juniors mais il faut leur donner de meilleures conditions.»

Le directeur du centre de formation de Genève-Servette craint pour la relève. Laurent Pechkranz sait que la glace est plus blanche chez beaucoup de ses rivaux de National League. «Certains jeunes talents que nous souhaiterions recruter sont réticents en raison de nos infrastructures dépassées», observe-t-il, amer. Il souhaiterait que ses équipes aient «des horaires plus convenables et davantage de temps de glace pour faire des exercices spécifiques ou organiser des journées de rassemblement», mais c’est une revendication partagée par tous les usagers de la patinoire.

«Nous n’avons pas assez d’heures pour nos élèves», estime par exemple Peter Grütter. Le formateur sait que des espoirs prêts à terminer leur nuit dans la voiture avant l’entraînement, comme le faisait Stéphane Lambiel à l’époque, lorsqu’il se rendait aux Vernets depuis Saxon, ne sont pas légion. Alors il se démène pour que ses élèves ne soient pas découragés, même si «avec tous ces hockeyeurs, c’est compliqué». Chacun défend son morceau de glace chèrement alloué. Igor Fedulov trouve par exemple «qu’avec le patinage artistique en plus, il faudrait ajuster les horaires de glace».

Les discussions pour le planning de la prochaine saison débuteront à l’été 2020. «Les heures inscrites sur l’emploi du temps sont négociées en août. Ensuite on s’adapte», révèle Louis Matte, entraîneur assistant du GSHC.

D’ici là, le club de hockey aura peut-être avancé sur son projet qui patine. Il le faudra. Car la Ligue suisse est en train de perdre patience. Elle a donné jusqu’au 15 décembre à Genève pour présenter un projet concret de nouvelle patinoire. Une enceinte que Fedulov appelle «de toute urgence» et qu’il imagine équipée «de salles de force et de tout ce dont des pros ont besoin pour les soins ou la récupération».

Obligés d’aller à Annecy

Cette nouvelle patinoire ne résoudrait pas tous les problèmes auxquels sont confrontés les habitués des Vernets, tant la demande y est forte, mais elle permettrait au moins aux joueurs professionnels de National League de pouvoir bénéficier de conditions d’entraînement décentes. «En juin dernier, nous avons été nous préparer à Annecy, car il n’y a pas de glace aux Vernets de Pâques jusqu’au 1er août. Cela a toujours été comme ça, même quand j’étais à la tête des juniors», dit calmement Pat Emond, le coach du Genève Servette Hockey Club.

Or «dans le hockey moderne, les équipes patinent dix mois par année», précise Louis Matte. C’est tout l’enjeu du projet du Trèfle-Blanc: faire entrer le club grenat dans la modernité, et braquer sur lui des projecteurs qui, vus de l’extérieur, décourageront les voleurs de points.

Créé: 06.11.2019, 19h26

Dans le canton, une patinoire pour 100 000 habitants

On dénombre cinq patinoires aux dimensions officielles (30 x 60) dans le canton de Genève: deux sont aux Vernets, deux autres à Meyrin et une dernière à Thônex. C’est beaucoup trop peu pour satisfaire la demande. «Au Canada, il y a une patinoire pour 10 000 habitants. À Genève, une pour 100 000 habitants», éclaire David Genecand, responsable du Service des sports à Meyrin.

Les deux surfaces de sa commune sont occupées toute la semaine, de 7 h 30 à 22 h 30. «On est plein, au quart d’heure près», observe-t-il. La situation est la même à Thônex, où l’on voit rarement la glace. «C’est saturé, de 6 h 30 à 23 h 30, confirme un responsable de Sous-Moulin, joint sur place. Il n’y a jamais de glace libre, parce que lorsqu’un groupe se désiste, un autre récupère tout de suite sa plage horaire. C’est encore arrivé la semaine dernière.» Une jungle permanente dans laquelle cohabitent plusieurs espèces (des hockeyeurs, des patineurs artistiques, des écoliers, des amateurs) et que certains n’observent que de loin, faute de place. «On doit refuser des clubs corporatifs», regrette David Genecand, qui ne voit pas très bien comment la situation pourrait changer à court terme.

«Si la nouvelle patinoire de Genève-Servette devait voir le jour, elle profiterait d’abord au club grenat. Dans tous les cas, la demande resterait supérieure
à l’offre.» Il faudrait beaucoup d’argent, d’énergie, de volonté politique et peut-être aussi de philanthropie pour inverser la tendance. Meyrin paie chaque année un million et demi de francs pour faire fonctionner
ses deux surfaces.

JCZ

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