«Quand j’étais jeune, il est arrivé qu’on se batte, mon père et moi»

Hockey sur glaceAlors que le maillot No 12 de Philippe Bozon va être retiré définitivement ce soir aux Vernets, son fils, Tim, sera sur la glace avec Kloten.

Tim et Philippe Bozon, un fils et un père exigeants: deux battants aux relations passionnées et parfois explosives.

Tim et Philippe Bozon, un fils et un père exigeants: deux battants aux relations passionnées et parfois explosives. Image: ÉRIC LAFARGUE

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La dernière fois qu’il était revenu aux Vernets, c’était le 14 novembre avec Kloten. Ce soir-là, son cœur s’était mis à battre plus fort que d’habitude. À Genève, il y a bien sûr un pan de son passé qui ressurgit, sa période junior (de 8 à 14 ans) avec les Aiglons qui défile. Mais surtout la présence très forte de son père, devenu avec le temps une icône pour Genève-Servette.

«Les Vernets, pour moi, c’est comme quand tu rentres dans une maison d’amis que tu n’as plus revus depuis des lustres et que tu vas te servir dans le frigo!» Tim Bozon (23 ans) sera encore plus ému ce jeudi soir puisque c’est lui qui va amener au centre de la glace un maillot grenat avec le No 12 de son papa, que le club va retirer pour l’éternité. Après Daniel Clerc (0), Éric Conne (4), Fritz Naef (6), Jean-François Regali (24) et Igor Fedulov (28), il s’agit du sixième chandail qui va être exposé dans la patinoire.

La cérémonie sera forcément émouvante pour l’ancien attaquant, aujourd’hui entraîneur des Boxers de Bordeaux. Mais tout aussi poignante pour ses fils, Tim et Kevin, sa fille Allison, sa femme Hélène, sa famille et ses amis. Surtout après le film retraçant sa carrière et les témoignages qui seront diffusés sur l’écran géant. En attendant, voici l’hommage de Tim, son fils aîné, qui vient du cœur. Morceaux choisis.

«J’en ai déjà des frissons»

«Mon père a déjà une loge à son nom, maintenant le maillot, c’est une fierté et tellement mérité. Cela va être son moment à lui, comme un dernier tour d’honneur dans les Vernets. Je l’ai vu jouer, mais j’étais trop jeune pour comprendre qu’il était un sacré joueur. Il a aussi connu des moments difficiles dans sa carrière. J’espère que la patinoire sera pleine pour lui rendre hommage. J’en ai déjà des frissons rien que d’y penser», s’exclame Tim, qui va devoir ensuite jouer contre les Aigles avec les Aviateurs. «Le No 12, je ne l’ai jamais eu dans le dos parce qu’il aurait été trop lourd à porter. J’ai compris que je devais me faire un prénom et, de Genève à Kloten en passant par l’Amérique du Nord, mon propre chemin. J’ai eu un cadre de vie exceptionnel, des parents à la maison. J’ai été élevé comme un petit prince, mais quand j’étais très jeune, mon père a été un papa très exigeant. Il y avait peu de mots gentils de sa part après mes matches. Il ne m’a jamais dit que j’avais bien joué mais toujours que je pouvais faire mieux. Dans ses yeux, il me voyait comme lui joueur. Ce n’est qu’une fois que je suis parti au Canada, après sa carrière, qu’il s’est comporté comme un vrai papa avec moi. Quand j’étais môme, il était plus mon entraîneur. À la maison, il est même arrivé qu’on se crie dessus et qu’on se batte. Mais on a tous les deux évolué. Aujourd’hui il est cool, on s’appelle ou on s’envoie régulièrement des messages, il me félicite pour un but.

»Après avoir frôlé la mort, j’essaie aujourd’hui de profiter de la vie. Mais des paroles aux actes, ce n’est pas évident, car j’ai toujours été élevé dans cet esprit de compétition. Quand je mets les patins, le casque et que je joue un match, je n’ai plus d’amis sur la glace. Cela peut être mon frère, Tanner Richard, mon pote avec qui je pars en vacances, ou Goran Bezina. Je suis un compétiteur, je suis là pour gagner. Cela peut déranger mais c’est mon état d’esprit. Après, c’est fini, on se serre la main. J’ai aussi joué blessé comme mon père, mais être plus dur au mal que lui, c’est difficile.

«Sans elle, on ne serait rien»

»Avec mon frère, c’était vraiment différent. Kevin, qui a un an de moins que moi, était plus dans mon ombre. Moi, j’étais exigeant, je voulais toujours gagner, j’avais des rêves de carrière, je rêve encore de NHL. Pas mon frère. Il était plus calme, comme sa maman. Mon père ne l’a jamais coaché, mais il l’a conseillé. Moi, j’étais toujours à la patinoire des Vernets avec Jimmy (ndlr: le chef matériel) et mon père. Lui s’en était éloigné. Il n’a donc pas vécu la même situation.

»Ma maman est très très forte et sans elle on ne serait rien, mon père, mon frère et moi. C’est elle qui tenait la maison, qui effectuait les allers-retours à l’entraînement. C’est elle qui se collait tous les problèmes avec mon père quand il était blessé. Puis cela a recommencé avec mon frère, qui a eu des soucis de santé, ou avec moi et ma méningite bactérienne en 2014, avec des voyages au Canada. Elle a vraiment été forte, c’est une montagnarde, une ancienne sportive de haut niveau, qui a su gérer ça. On lui doit énormément et on ne lui dit pas assez qu’on l’aime. Si on en est là aujourd’hui, que mon père effectue une carrière d’entraîneur qui se passe plutôt bien, c’est grâce à elle, qui a sacrifié sa propre carrière pour nous.»


Philippe Bozon va revoir sa «deuxième famille»

Philippe Bozon, vous revoilà aux Vernets pour un match spécial. On va retirer votre No 12 dans une patinoire où vous avez marqué tout un club. Avez-vous de l’appréhension? Cela va être un plaisir de revoir d’anciens joueurs et de passer un moment avec eux. Étant à Bordeaux, je perds contact avec ces gens alors qu’on a partagé des moments forts ensemble. De 2001 à 2006, cela a toujours été un plaisir de jouer aux Vernets. Ce sera une soirée particulière avec beaucoup d’émotions. Je suis dans tous les cas très reconnaissant de cet honneur.

– Quels souvenirs gardez-vous de votre passage à Genève?

– Je ne suis pas quelqu’un qui a l’habitude de se vanter, mais c’est tout de même une fierté d’être arrivé au début du projet en LNB avec le groupe Anschutz et d’avoir porté une petite pierre à l’édifice de la construction du hockey à Genève. Quand je reviens et que je vois cet engouement à la patinoire, c’est beau de voir ça. J’ai vécu la promotion en LNA et ensuite une belle aventure!

– Pour ajouter de l’émotion, il y aura un certain Tim Bozon avec le maillot de Kloten sur la glace…

– Le club a très bien fait les choses! Ce sera l’occasion de voir un match de Tim, mais il y aura aussi mon autre fils, ma femme, ma fille et toute ma famille dans la patinoire. C’était important d’avoir mes proches autour de moi pour cet événement.

– Il y aura également Jimmy Omer, le fidèle chef matériel et tous vos joueurs de Bordeaux…

– Ce sont mes joueurs qui ont pris la décision de venir avec moi. Il y aura Jimmy mais aussi Louis Matte, tous ces gens que j’ai connus quand j’étais là, notamment aussi ceux qui font la glace. J’ai passé dix ans à Genève, c’était comme une deuxième famille où j’ai gardé de bons souvenirs. Mais cela va me faire bizarre de ne plus voir Chris McSorley derrière le banc…

– Et comment cela se passe-t-il avec Bordeaux?

– On a figuré parmi les 3 à 4 premiers en début de saison puis on a connu un creux. Comme les Aigles, on a perdu des joueurs clés, notre meilleur pointeur de la ligue et le gardien, qu’il a fallu remplacer. Mais on va finir par se relancer… (TDG)

Créé: 20.12.2017, 23h02

Power-play

L’affiche
Ge/Servette a la visite de Kloten. Coup d’envoi ce jeudi à 19 h 45 après un hommage rendu à Philippe Bozon.

L’effectif
Blessé aux ischio-jambiers à la 57e après avoir arrêté un penalty contre Ambri, Descloux sera absent entre six et huit semaines. Le portier a rejoint à l’infirmerie Bays, Mayer, Hasani, Mercier, Massimino, Antonietti, Gerbe, Bezina et Almond. Maillard est avec l’équipe de Suisse M20. Plus de peur que de mal pour Tanner Richard, qui pourra tenir sa place. La cage sera défendue par Remo Giovannini.

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