Même sans public, Ge/Servette est meilleur que Lausanne

Hockey sur glaceLes Aigles gagnent 4 à 1 face au LHC à huis-clos. Mais les Vaudois sont malgré tout qualifiés pour les play-off.

«C’était un match bizarre, s’est exclamé Noah Rod. Jouer sans spectateurs c’est comme s’il y avait un bout d’équipe en moins.»

«C’était un match bizarre, s’est exclamé Noah Rod. Jouer sans spectateurs c’est comme s’il y avait un bout d’équipe en moins.» Image: Eric Lafargue

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A Malley, on avait tellement bien fait le ménage la veille, en se séparant de Jan Alston et de Ville Peltonen, qu’il n’y avait même plus de supporters ce vendredi dans les gradins des Vernets! Que c’est triste un match de hockey à huis-clos, sans cette émotion indispensable pour une soirée réussie...

Il est probable que lorsqu’il a accepté cette redoutable mission de sauver le Lausanne HC, en signant, jeudi, un contrat jusqu’au terme de la saison avec les Vaudois, Craig Mac Tavish s’attendait à autre chose que ça en débarquant au bord du Léman. Lui, l’homme qui a joué en NHL avec Wayne Gretzky, qui remporté quatre fois la Coupe Stanley quand il était joueur et la Spengler fin décembre à Davos, s’est retrouvé à Genève en face de tribunes vides. Et une formation qu’il découvrait qui se cherche encore alors que les play-off pointent à l’horizon. Alors, il s'est souvent frotté les yeux, incrédules. «Sans les fans, tout est plus compliqué pour tout le monde, a-t-il lâché au terme de la rencontre. Je trouve que les joueurs des deux équipes ont tout de même livré une bataille assez intense si l’on tient compte des circonstances...»

A moins d’une baguette magique, il lui sera difficile de lui redonner une âme en deux coups de cuiller à pot, le mal est fait. « Il ne faut pas vouloir tout changer en si peu de temps. Ce sont des touches ça et là», a-t-il ajouté, conscient qu’il a encore bien du pain sur la planche.

Au-delà de la boutade et de la psychose du cornavirus, qui a contraint la Confédération et la Ligue suisse a vidé les patinoires, c’est à un drôle de match que certains privilégiés, dont l’ex-joueur et coach d’Edmonton ont pu assister. Il ne fallait qu’un tout tout petit point aux Vaudois de pour s’offrir un ticket pour aller le paradis. Mais finalement, les Lions n’en n’auront pas besoin. Battus 4 à 1 par des Grenat plus sereins et meilleurs, ils peuvent remercier les Dragons qui sont allés cherchés une prolongation capitale dans la fosse aux ours où on a entendu une mouche voler. Avec 73 unités à chacun, tant Fribourg Gottéron que Lausanne ne peuvent plus être rejoints. Le dernier ticket se jouera entre Lugano et un champion bernois qui a désormais un patin au purgatoire...

Une première pour Cajka

Comme le répétait les Aigles la veille, il était hors de question qu’ils ne jouent que sur un pied et ils n’ont fait aucun cadeau. Alors que le nouveau coach des Lausannois avaient brassé toutes ses lignes, Patrick Emond n’a rien changé à ses principes pour remporter ce sixième derby du Lac de la saison, le cinquième. Si la dernière fois que les Vaudois étaient venus réussir leur hold-up aux Vernets, Tobias Stephan avait tout arrêté, cette fois-ci il a dû capituler à deux reprises lors du premier tiers, avant de bien réagir lorsque le visiteur est revenu avec le couteau entre les dents à la 24e.

Mais comme à leur habitude, les Genevois ne se sont pas affolés, en interprétant leur partition. Petr Cajka, la pépite tchèque de 20 ans qui sera considérée comme Suisse la saison prochaine, en a même profité pour inscrire son premier but en National League, le quatrième dans la cage vide, après que Roger Karrer ne réussisse le but de la sécurité un peu plus tôt.

«Un match bizarre»

«C’était un match bizarre, s’est exclamé Noah Rod au terme de cette vingt-neuvième victoires des Aigles. Jouer sans spectateurs c’est comme s’il y avait un bout d’équipe en moins. Le rêve d’un gamin c’est c’est d'évoluer devant des fans, des tambours, des drapeaux et là, il n’y avait rien de tout ça. Mais c’est notre travail et tant qu’on nous demande de jouer dans ces conditions on va continuer à le faire. Je pense qu’on a livré un bon match. »

Le capitaine était malgré tout ravi de cette soirée vraiment particulière. «Même s’il y a encore deux à trois choses à régler, on essaie de bien jouer pour entamer les play-off en pleine confiance.»

Les Aigles seront ce samedi à Fribourg où ils vont tenter de ravir la 3e place à Davos voire la 2e à Zurich pour retrouver, qui sait, Lausanne HC dans le quart. Ce sera encore une fois à huis-clos avant qu'on ne passe aux choses sérieuses. Selon toute vraisemblance, la suite, ces séries finales si attendues, pourrait être décalées d'une semaine devant des tribunes pleines, à guichets fermés. C'est ce que tout le monde espère...


Il y avait comme un vide dans les Vernets

«Fils de chien!» Les matches à huis clos ont peu d’avantages. Mais ils permettent au moins d’entendre ce qui se passe sur la glace. Pour le meilleur et pour le pire. Lorsque ce joueur* a été pénalisé, il n’a pas hésité à invectiver son adversaire en allant au cachot. Au cœur d’une triste soirée, cette scène a eu le mérite de donner le sourire aux rares privilégiés présents (une cinquantaine à la louche).

Cette curieuse rencontre de championnat n’a eu de derby que le nom. Sur la glace, c’est comme s’il manquait continuellement quelque chose. Point de supporters pour mettre la pression sur les arbitres. Point d’encouragements. Bref, les ingrédients d’un match entre les deux clubs lémaniques n’étaient tout simplement pas présents.

Le premier tir du match, celui de Jonathan Mercier, a d’ailleurs fait un bruit strident. À l’instar du «fils de chien» de notre poète, l’envoi du défenseur a ricoché sur le poteau d’un «ping» perçant avant de terminer au fond du filet. Même au moment de célébrer ce premier but de la soirée, le cœur n’y était pas tout à fait.

Cette situation exceptionnelle est-elle amenée à se prolonger? Selon nos informations, les clubs souhaitent à tout prix éviter de disputer les play-off à huis clos. Comment? Lundi, une réunion se tiendra à Ittigen entre les douze équipes de National League. La tendance qui se dessinait vendredi était claire: la volonté est de repousser le début des séries éliminatoires au 17mars, soit deux jours après la fin de l’interdiction de manifester. Ce report de dix jours permettrait aux formations de l’élite de minimiser la perte financière. Une rencontre comme celle de ce vendredi représente un trou à six chiffres dans les caisses du GSHC.

Les gérants du pub adjacent ont par contre eu de quoi avoir le sourire. Les tables et les écrans ont été pris d’assaut par plusieurs centaines de fans. Il y avait 700places à disposition et un dispositif de sécurité était présent pour faire respecter la norme légale. Au moins là-bas, il y a eu de l’ambiance… Pas sûr que les partisans auraient envie de troquer les gradins des Vernets pour les sièges du restaurant, si confortables soient-ils. Et pourtant, ils pourraient bien y être contraints. Grégory Beaud

* Nom connu de la rédaction

Créé: 29.02.2020, 00h03

Ge/Servette - Lausanne 4-1 (2-0 0-1 2-0)

Les Vernets, huis clos.

Arbitres: MM. Urban, Mollard; Progin, Ambrosetti.

Buts: 2e Mercier (Maurer) 1-0, 15e Rod (Mercier/4c5) 2-0, 24e Pereskokov 2-1, 51e Karrer (Tömmernes, Kast/5c4) 3-1, 58e Cajka (cage vide) 4-1.

Ge/Servette: Descloux; Jacquemet, Tömmernes; Karrer, Le Coultre; Völlmin, Mercier; Smons; Caron, Richard, Rod; Miranda, Winnik, Patry; Fritsche, Kast, Cajka; Wick, Berthon, Douay.

Entraîneur: Emond.

Lausanne: Stephan; Nodari, Lindbohm; Grossmann, Genazzi; Heldner, Frick; Oejdemark; Pereskokov, Jeffrey, Kenins; Herren, Jooris, Vermin; Grenier, Bertschy, Moy; Antonietti, Froidevaux, Traber; Leone.

Entraîneur: MacTavish.

Pénalités: 4x2’ contre Ge/Servette; 6x2’ contre Lausanne.

Notes: Ge/Servette sans Wingels, Maillard, Fehr, Smirnovs, Riat, Maurer ni Bozon (blessés). Lausanne sans Holm, Emmerton ni Almond (blessés).

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