Glissade du Conseil d’État autour de la nouvelle patinoire

Hockey sur glaceCinq ou sept ans? L’enceinte espérée par Ge/Servette se fera-t-elle encore attendre? Une erreur de communication sème le trouble.

Au rythme où avance le dossier de la nouvelle patinoire au Trèfle-Blanc, les Vernets seront encore la maison de Ge/Servette pour un petit moment.

Au rythme où avance le dossier de la nouvelle patinoire au Trèfle-Blanc, les Vernets seront encore la maison de Ge/Servette pour un petit moment. Image: Laurent Guiraud

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Simon Brandt n’est pas un homme pressé, il a seulement de la suite dans les idées. En 2009, ce député PLR, par ailleurs candidat au Conseil administratif de la Ville, avait déjà déposé une motion au Conseil municipal genevois pour demander la construction d’une nouvelle patinoire. Dix ans plus tard, il n’a rien perdu de cette volonté de faire avancer un projet compliqué, à considérer la situation qui prévaut aujourd’hui encore: le Genève-Servette HC et toute une ville attendent toujours une nouvelle enceinte. Si le site du Trèfle-Blanc a été retenu en 2012 déjà pour un complexe qui devait voir le jour en 2016, aucun coup de pioche n’a encore été donné. Et à en juger par la réponse fournie par le Conseil d’État à une nouvelle interpellation de Simon Brandt, ce n’était pas pour demain, dans un premier temps.

C’est le 22 mars que le Grand Conseil a transmis au gouvernement les questions urgentes du député PLR. Ont été pointées du doigt plusieurs interrogations: le calendrier politique prévu; l’option choisie entre un projet public, privé ou public et privé; la position du Conseil d’État sur le projet 100% privé avancé par Olivier Plan; une précision pour le début du chantier.

La réponse lui est officiellement parvenue mercredi. La première… Le Conseil d’État y rappelle qu’un comité de pilotage pour la réalisation d’un projet de patinoire sur le site du Trèfle-Blanc a été réactivé (il y en avait déjà un lors de la précédente législature). Ce sont les dernières lignes qui ont fait bondir Simon Brandt.

Il y est question du début du chantier. Le Conseil d’État «relève enfin que, quelle que soit la variante retenue, le chemin critique des étapes nécessaires avant l’ouverture du chantier durera entre quatre ans et demi et cinq ans». À cela, il faudrait donc encore ajouter le délai de construction, deux ans au moins. Mais plus sûrement trois pour un projet privé d’envergure, à près de 400 millions par exemple puisqu’il existe. C’est celui d’Olivier Plan, que nous avons révélé dans ces colonnes il y a un mois, un entrepreneur genevois qui aurait déjà autour de lui une quarantaine de partenaires prêts à avancer.

Bref, à en croire cette réponse, fournie au nom du Conseil d’État, signée par la chancelière et le président Antonio Hodgers (voir le document ci-contre) – mais vraisemblablement préparée par le département de Thierry Apothéloz – il faudrait attendre sept à huit ans avant de voir une nouvelle patinoire au Trèfle-Blanc, l’endroit retenu en priorité.

Le DCS corrige le tir

C’est là que l’histoire bascule et laisse Simon Brandt pantois une deuxième fois: la première, c’était pour cet horizon fixé à près de huit ans. Nous avons contacté jeudi matin la présidence du Conseil d’État, Antonio Hodgers, où l’on nous a renvoyés vers le département de la cohésion sociale (DCS), celui de Thierry Apothéloz donc, notamment en charge des Sports et de la nouvelle patinoire. Il s’agissait de comprendre le pourquoi de délai si lointain de sept à huit ans pour une nouvelle enceinte, étant donné l’urgence, les Vernets n’étant plus aux normes imposées par la ligue.

Pas de commentaire dans un premier temps, si ce n’est qu’il fallait s’en tenir à la réponse officielle du Conseil d’État. Mais à 17 h 03 précisément, autre son de cloche. C’est le secrétaire général adjoint chargé de la communication du département de Thierry Apothéloz, Henri Della Casa, qui rappelle. Pour préciser oralement d’abord, puis par un mail quelques minutes plus tard, que le passage qui fait état d’une «ouverture du chantier» qui n’aurait pas lieu avant quatre ans et demi ou cinq ans est «malheureusement imprécis», selon la formulation choisie.

Un euphémisme. La réponse officielle du Conseil d’État est tout simplement fausse. «La durée indiquée (ndlr: entre quatre ans et demi et cinq ans) comprend la période de construction», corrige le DCS. Cette construction est estimée à deux ans par le département, quelle que soit l’option choisie: privée, publique, ou partenariat public-privé. Contrairement à la prévision du projet 100% privé porté par Olivier Plan, qui imagine plutôt trois ans de travaux.

«Les derniers de la classe»

«C’est incroyable, tonne Simon Brandt. Cela veut dire que si vous n’aviez pas appelé le département pour évoquer le sujet, la réponse officielle, fausse, serait toujours valable. C’est du rétropédalage, ni plus ni moins. Comme par hasard, il a fallu qu’on interpelle le DCS sur ce premier échéancier surréaliste pour que soudain il se rende compte d’une erreur. J’ai de la peine à y croire, ces réponses officielles passent par plusieurs sas de vérification. Je n’ai jamais vécu ça. J’y vois une manière de corriger le tir, faute de pouvoir assumer ce qui était envisagé au départ. Au fond, cela renforce mes doutes quant à la capacité de ce département à piloter un tel projet.»

Récapitulatif. Dans un premier temps, donc, la nouvelle patinoire n’aurait pas dû voir le jour avant sept ou huit ans. C’est ce que dit le seul document officiel qui existe, signé par le Conseil d’État. Désormais, le DCS a ramassé le tout à cinq ans, travaux inclus, en reconnaissant une erreur. «J’ai toutes les réserves sur la tenue de cet échéancier, poursuit Simon Brandt. J’aimerais que tout aille plus vite. Dans tous les cas, nous allons à nouveau devoir faire des travaux aux Vernets. Cette situation est ahurissante: depuis douze ans, on a déjà dépensé près de 35 millions dans cette vieille enceinte. Nous étions les premiers de la ligue à vouloir, à juste titre, une nouvelle patinoire. Nous sommes aujourd’hui les derniers de la classe. Lausanne inaugurera la sienne cette année, même Ambri en aura une en 2021. Ambri. Un village! En fait, à Genève, concernant la patinoire, j’ai l’impression de vivre dans le film «Un jour sans fin», où le héros revit chaque matin la même journée.»

Le but de Simon Brandt n’est pas de favoriser un projet plus qu’un autre. «Qui construira la nouvelle patinoire m’est bien égal, lance-t-il. Mais de deux choses l’une: soit les autorités décident de conduire un projet public et ils se lancent, peu importe où, mais rapidement; soit on se tourne vers le secteur privé, il y a justement un projet existant, et on facilite les choses pour aller de l’avant plus rapidement. Or, j’ai surtout l’impression qu’on multiplie les comités de pilotage pour repartir à chaque fois de zéro.»

(TDG)

Créé: 12.04.2019, 06h50

La réponse officielle du Conseil d’État, avec en exergue le passage qui a posé problème. DR

Ge/Servette au milieu

Qu’une erreur se soit glissée dans la réponse officielle ou qu’il s’agisse d’un rétropédalage comme le suggère Simon Brandt, le dossier de la nouvelle patinoire reste complexe.

Il y a donc Olivier Plan, avec son projet 100% privé qui avoisine les 400 millions de francs. C’est un Genevois amoureux de Genève-Servette, qui affirme qu’il dégagera des rentrées substantielles en faveur du club via l’immobilier prévu au Trèfle-Blanc. Mais ce projet serait suspendu au résultat de la votation du 19 mai que cela ne serait pas étonnant. Il sera question de voter sur une diminution du taux d’imposition pour les entreprises genevoises, hors les grosses multinationales. Si cela ne passe pas, peu de chance de voir le projet exister encore.

Il y a aussi la ligue, qui met la pression sur un club dont la patinoire n’est plus aux normes. Et il y a Genève-Servette au milieu. Qui a besoin d’infrastructures neuves. Et qui mérite le plus grand sérieux dans le traitement du dossier. D.V.

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