La fronde des supporters anglais contre des billets chers

FootballOutre-Manche, plusieurs fans de foot se sont partiellement mis en grève. En cause, la hausse des prix des billets.

Des milliers de supporters de Liverpool ont quitté leur place à la 77e lors du match contre Sunderland pour protester contre la hausse du prix des places.

Des milliers de supporters de Liverpool ont quitté leur place à la 77e lors du match contre Sunderland pour protester contre la hausse du prix des places. Image: EPA

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Les supporters britanniques sont mécontents et ils n’hésitent pas à le faire savoir. Preuve en est que les clubs d’outre-Manche commencent à être touchés les uns après les autres par des grèves partielles ou par les grognements de leurs fans. En cause: le prix exorbitant des billets pour les rencontres de Premier League et de Coupes d’Europe qui a bondi en flèche.

Gradins vides de colère

Tout a vraiment explosé le samedi 6 février à Anfield Road, le mythique stade du Liverpool FC. Après avoir exprimé leur colère envers la direction de leur club, entre 10'000 et 15'000 spectateurs ont déserté les gradins à la 77e minute de la rencontre face à Sunderland.

Tous enragent après la hausse annoncée pour la saison prochaine des billets les plus chers de £59 à £77 (de 90 à 154 francs). L’opération est d’autant plus remarquée qu’elle a peut-être influencé le résultat du match. Forte de deux buts d’avance à la 77e minute, l’équipe dirigée par Jürgen Klopp s’est fait rejoindre dans les dix dernières minutes, perdant deux précieux points dans la course à une place européenne.

«Ce n’est que le début»

«Ce n’est que le début», avait immédiatement clamé Jay McKenna, le président de l’association de supporters à l’origine de la sortie du stade – soutenue par de nombreux anciens joueurs du club, dont l’ancien milieu de terrain international Jamie Carragher. «Nous continuerons à agir ainsi parce que nous devons le faire. Nous voulons que le club, ses propriétaires et ses dirigeants se demandent s’ils sont dans la bonne approche.»

Face à cette mauvaise publicité, la direction ne tergiverse pas. Trois jours après la rencontre, les principaux actionnaires du club admettent que «la large opposition à notre plan a mis en évidence notre erreur. Lors des deux prochaines saisons, le club ne gagnera pas une livre sterling de plus grâce à l’accroissement du prix des billets». Les supporters des Reds se félicitent de ce recul. A l’image de Gareth Roberts, le responsable du principal site Internet de supporters, ils aimeraient pourtant que leur action en motive d’autres: «Nous sommes l’un des premiers clubs du pays à faire cela et j’espère que les fans de tout le pays réaliseront (..) qu’ils sont vraiment importants.»

Manque de considération

Les tarifs d’abonnements annuels aux clubs de Premier League permettent de comprendre la raison de leur colère. Les moins coûteux sont proposés autour de £300-£400 (450-600 francs), tandis que Liverpool, Chelsea et Tottenham ne proposent rien en dessous de £710 (1065 francs). Le record est détenu par Arsenal, dont l’abonnement le moins cher (£1014 soit 1521 francs), équivaut à la moitié du salaire mensuel moyen britannique (£2150, 3225 francs)! En quinze ans, tous ces tarifs ont quasi doublé: lors de la saison 2001-2002, l’abonnement le moins cher à Liverpool coûtait £360.

Aux yeux des fans, le manque de considération à leur égard a été confirmé par l’incapacité des vingt clubs de l’élite à s’entendre pour limiter à £30 (45 francs) le prix des places pour les supporters en déplacement. Il y a quinze jours, les fidèles du leader Leicester ont ainsi décidé d’entrer cinq minutes après le début de leur match dans le stade d’Arsenal, club accusé de mener l’opposition au plafonnement à £30. D’autres groupes de supporters ont promis de suivre le mouvement.

«Les clubs savent depuis l’an dernier qu’ils recevront une énorme augmentation de leurs revenus liés aux droits de diffusion à la télévision, s’était insurgé Kevin Miles, le directeur d’un groupe de supporters national. Ils ne peuvent donc pas justifier le maintien du prix des billets à un niveau aussi élevé, particulièrement pour les fans qui se déplacent à l’extérieur. Nous continuerons à nous battre pour des tarifs justes.»

Explosion des revenus

Pendant chacune des trois prochaines saisons, chaque club de Premier League recevra en effet £139 millions (209 millions de francs) grâce aux revenus des droits de diffusion télévisée. La plus grosse portion de ce joli pactole provient des droits nationaux de diffusion: £5,14 milliards (7,7 milliards de francs) pour l’ensemble de l’élite britannique. La Ligue a obtenu lors des précédentes négociations une hausse de 71% de ces revenus suite à l’entrée de BT dans la course en 2012, que la chaîne Sky maîtrisait depuis 1992. A ces chiffres s’ajoutent environ £3,2 milliards (4,8 milliards de francs) de droits étrangers. La France est le pays d’Europe qui verse le plus (£72,4 millions), une somme qui comprend aussi les droits non exclusifs pour la diffusion des matches en Suisse.

Si les fans de Liverpool ont prouvé qu’ils pouvaient se faire entendre, leurs dirigeants n’ont visiblement pas compris la leçon. Juste après le tirage au sort des 8es de finale d’Europa League, ils ont annoncé que les places contre Manchester United coûteraient entre £46 et £59 alors qu’elles n’avaient coûté qu’entre £27 et £35 lors du tour précédent. Seul un nouveau coup de gueule des supporters leur a fait revoir ces tarifs à la baisse…

Créé: 03.03.2016, 21h19

Arsenal privé de «douzième homme»

La première mi-temps de la rencontre de mercredi soir entre Arsenal, 3e de Premier League et sérieux candidat au titre, et Swansea City, alors 16e du classement, est presque achevée. Les deux équipes sont alors à égalité (1-1) et l’Emirates Stadium est totalement éteint. Seuls quelques supporters de l’équipe galloise se font entendre: «On est chez nous! on est chez nous!» crient-ils avec un plaisir non dissimulé.

Ce n’est guère une surprise et loin d’être la première fois que de tels chants émanant du secteur visiteurs retentissent dans ce stade. Quasi tous les supporters adverses parviennent à être plus bruyants que ceux de leurs hôtes, et ce bien qu’ils ne soient souvent qu’une poignée face à près de 60'000 Londoniens…

«L’explosion du prix des billets d’Arsenal a bouleversé la sociologie des spectateurs», explique Carl Davies, 33 ans, bien calé dans le fauteuil d’un pub voisin avec une pinte entre les mains. Supporter des «Gunners» depuis sa naissance, il a fini par ne plus pouvoir payer l’abonnement annuel réclamé par la direction, dont le moins coûteux s’élève aujourd’hui à £1014 (1521 francs). «Les supporters purs et durs, souvent des ouvriers du quartier, ont été remplacés par des familles bourgeoises et des touristes. Ce sont des spectateurs, pas des supporters!»

Dans la foule qui se rendait au match mercredi soir se trouvaient en effet de nombreux touristes étrangers,
en particulier des Asiatiques. Pour beaucoup d’entre eux, aller voir un match à Arsenal – aussi coûteux le billet soit-il au marché noir – fait figure de passage obligé, au même rang qu’une visite du palais de Buckingham. Impressionnés, ils passent souvent plus de temps à prendre des photos et à s’ébahir des gestes techniques des joueurs qu’à les pousser et à les encourager de la voix. L’ambiance parfois rude des matches d’Arsenal, avec son agressivité légendaire, a été remplacée par une atmosphère mièvre, bien souvent sans passion.

Cette évolution n’est pas sans influence sur l’aspect sportif. La rencontre contre Swansea City en a été l’exemple parfait. Comme souvent, la formation dirigée par Arsène Wenger aurait eu bien besoin de ce fameux «douzième homme» qu’était à l’époque son public pour faire la différence. Or, sans le soutien d’antan, elle s’est finalement inclinée 1-2 sur sa propre pelouse, voyant ainsi s’éloigner un peu plus le titre de champion qui, à un moment de la saison, semblait pourtant lui tendre les bras.

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