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Le retrait de Mesut Özil secoue l’identité allemande

S’estimant victime d’un racisme permanent, le milieu de terrain a claqué la porte de la Mannschaft.

L’origine de la polémique: la rencontre, le 13 mai dernier, entre Mesut Özil et Recep Tayyip Erdogan, le président turc.
L’origine de la polémique: la rencontre, le 13 mai dernier, entre Mesut Özil et Recep Tayyip Erdogan, le président turc.
AP

«Quand on gagne, je suis Allemand. Quand on perd, je suis immigrant.» Ce constat sans appel est celui de Mesut Özil, annonçant son retrait de l’équipe allemande. Il ne se sent plus le bienvenu au sein de la Mannschaft, cette équipe qu’il avait rejointe en 2009, et avec laquelle il a remporté la Coupe du monde en 2014. Lors de son arrivée déjà, Özil le footballeur avait dû affronter la polémique qui poursuivait «Özil le citoyen». Pour certains, ce dernier n’était pas assez Allemand pour les représenter au sein de l’équipe nationale; pour d’autres, il reniait ses racines turques en jouant pour l’Allemagne.

Par sa déclaration fracassante de dimanche, l’attaquant d’Arsenal pointe du doigt le racisme permanent dont il a été victime au fil des années, ainsi que la gestion qui en a été faite au sein même de la Fédération allemande de football (DFB). «Je paie mes impôts en Allemagne, je donne à des associations en Allemagne, je gagne la Coupe du monde en 2014, et je ne suis toujours pas accepté au sein de la société allemande?» s’insurge-t-il.

La décision de Mesut Özil intervient après une controverse récente: celle suscitée par une photo le montrant avec son coéquipier Ilkay Gündogan aux côtés du président turc, Recep Tayyip Erdogan. Pressé de s’expliquer sur cette image, Özil refuse de désavouer son geste et la polémique enfle. Au cours des semaines qui le précèdent et tout au long du Mondial, les deux joueurs seront sifflés par les supporters dans les stades, accusés de trahir l’Allemagne et de soutenir la politique d’Erdogan. Le président de la DFB, Reinhard Grindel, exprimera publiquement son désaveu et rendra même Özil responsable de la défaite de toute l’équipe allemande en Russie.

On peut débattre du choix – assumé – d’Özil de poser aux côtés de celui qu’on présente de plus en plus comme l’autocrate de Turquie, mais la décision de ne plus porter le maillot allemand va bien au-delà de l’actualité sportive. En premier lieu parce que le joueur renonce à la Mannschaft en raison, dit-il, du déferlement de propos racistes et de la remise en question permanente de sa loyauté envers l’Allemagne, pays où il est né et a grandi. Le cas Özil n’est pas isolé: en 2011, l’attaquant français Karim Benzema déclarait au magazine «So Foot»: «Si je marque, je suis Français, mais si je ne marque pas, je suis Arabe.»

Même s’il n’est pas nouveau, le phénomène est révélateur d’une société allemande profondément divisée. Tayyib Demiroglu, président du think tank des Jeunes diplomates turco-allemands, explique: «Le signal envoyé aux jeunes issus de la migration est très inquiétant. Par le passé, notamment après la victoire de l’Allemagne au Mondial 2014, Mesut Özil était cité en exemple d’intégration. Sa réussite montrait qu’il était possible d’avoir du succès quand on s’en donne les moyens, même en étant issu de la migration. Aujourd’hui, le message est que même en étant champion du monde, on n’aura pas forcément le sentiment d’être intégré. On assiste depuis plusieurs années à la montée du racisme en Allemagne, notamment avec l’arrivée de l’AfD au parlement. Et même si la majorité de la population ne suit pas cette ligne-là, les propos sont de plus en plus racistes et les discussions de plus en plus violentes.»

«Un signal d’alarme»

Dans un pays où le nationalisme a désormais pignon sur rue et où la population issue de la migration peine à trouver sa place, le retrait de Mesut Özil est symptomatique d’un malaise sociétal. «Lorsqu’un grand footballeur allemand comme Mesut Özil se sent rejeté dans son pays à cause du racisme et ne se sent plus représenté par la fédération nationale, c’est un signal d’alarme», estime la ministre de la Justice, Katharina Barley.

Du côté de la Mannschaft, pour l’heure, seul Jerôme Boateng s’est exprimé au sujet de Mesut Özil: «Ce fut un plaisir, mon frère», a-t-il déclaré sur son compte Twitter. On attend désormais la réaction de la DFB et, surtout, celle de son président, Rheinard Grindel, qui, en 2004, déclarait que «le multiculturalisme est un mensonge et un mythe» et avait voté, en tant que membre du parlement allemand, contre une loi permettant la binationalité. Plus que jamais, le football a rejoint la politique.

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