La rentrée de l’équipe de Suisse a bien sonné la fin d’une époque

FootballLa sélection de Petkovic avait besoin d’un renouveau après le Mondial et son été pourri. Elle l’a opéré en douceur, ou presque.

L’équipe de Suisse alignée mardi soir contre l’Angleterre présentait de nouveaux visages. Que l’on devrait souvent revoir.

L’équipe de Suisse alignée mardi soir contre l’Angleterre présentait de nouveaux visages. Que l’on devrait souvent revoir. Image: Keystone

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Sous le feu de la critique depuis le Mondial, avec cette histoire d’aigle bicéphale, une élimination miteuse en huitième de finale, des déclarations consternantes suivies d’un mutisme assourdissant de ses propres dirigeants, ou encore une gestion interne qui aurait été désastreuse, l’équipe de Suisse était attendue au tournant. Ce mois de septembre a été dédié à la Ligue des nations pour commencer et ensuite à un match amical, le tout sur fond de renouvellement des cadres et de rajeunissement général, avec son lot de polémiques, là aussi.

Une éclatante victoire contre l’Islande samedi (6-0), une courte défaite contre l’Angleterre mardi soir (1-0): c’est le temps d’un premier bilan de rentrée des classes. Les carnets de notes sont ouverts. Il y a des gagnants et des perdants, il y a un signal envoyé sous la forme d’une nouvelle impulsion. Et les équilibres d’hier, au sein du groupe, ne sont plus ceux d’aujourd’hui. Le point sur cette Suisse en mouvement.


Les gagnants

Vladimir Petkovic
Certains ont réclamé son départ. Il est resté droit dans ses bottes. Et s’il avait reconduit tous ses vieux grognards de l’Euro 2016 au Mondial 2018, Vladimir Petkovic a, cette fois, sonné la fin d’une époque. La nécessité d’une ouverture, d’un rajeunissement, a parlé. Cela s’est fait dans la douleur avec Valon Behrami, qui s’est auto-exclu de la sélection. Ou plus simplement avec la retraite internationale de Gelson Fernandes. Dans tous les cas, l’entraîneur a pu s’appuyer sur le groupe, lequel a déclassé l’Islande, avant de tenir la dragée haute à l’Angleterre en première période, dans un nouveau système. S’il y avait une crise entre les joueurs et Petkovic, cela n’aurait pas été possible.

Xherdan Shaqiri
Il est désormais le nouveau No 10 de la sélection suisse. Enfin placé à un poste où il peut et doit donner la pleine mesure de son talent et de sa créativité. Mieux vaut tard que jamais. En soutien de l’attaquant, libre de dézoner et sans contrainte de replacement défensif ou si peu, le joueur de Liverpool s’est régalé contre l’Islande. Rien à voir avec son association peu productive avec Lichtsteiner, ces dernières années, sur le flanc droit. Avec un pied droit un peu moins gauche, il aurait même pu ouvrir le score contre les Anglais. Il s’est immédiatement adapté à son nouveau rôle et ses élans offensifs retrouvés racontent son bonheur de pouvoir être le catalyseur des attaques suisses.

Denis Zakaria
Après le départ fracassant de Valon Behrami, c’est Denis Zakaria qui peut sourire. Son incroyable progression en trois ans l’a déjà propulsé au Borussia Mönchengladbach. Il est logiquement celui qui s’est installé au côté de Granit Xhaka en équipe de Suisse. Parce qu’il ouvre des perspectives qui n’existaient pas avec Behrami, sans remettre en question l’apport du Tessinois. Mais pour une équipe de Suisse qui veut la possession et qui doit jouer, l’intronisation de l’ex-Servettien est une bénédiction. Denis Zakaria apporte de la fluidité (même s’il doit encore progresser) et une capacité à se projeter devant. Il permet au bloc helvétique de jouer plus haut.

Kevin Mbabu
Un autre Romand, lui aussi formé au Servette FC, a su saisir sa chance: Kevin Mbabu. Le message de Petkovic a sauté aux yeux à Saint-Gall, lors de Suisse - Islande. Le capitaine Lichtsteiner était… dans les tribunes, tandis que Mbabu crapahutait avec bonheur sur la pelouse du Kybunpark. Le Genevois a immédiatement apporté sa puissance, sa percussion, ses intentions. Il a séduit tout le monde, il a répondu présent. Et il complique la situation: Petkovic devra choisir entre un ancien dont les jours semblent comptés, un fidèle remplaçant qui n’a jamais démérité (Lang, suspendu samedi) et un jeune très talentueux qui représente l’avenir.


Les perdants

Valon Behrami
De tous les combats avec la Suisse, dans l’adversité, prêt à se sacrifier pour stopper Neymar (Mondial 2018) ou pour offrir la victoire à la Suisse contre l’Equateur (Mondial 2014), Valon Behrami mérite le respect. Il a été le trait d’union entre les joueurs quand c’était nécessaire, une sorte de grand frère. Petkovic n’a pas voulu l’écarter: seulement ne pas le convoquer en septembre. Behrami l’a pris comme une éviction et a signifié sa retraite internationale.

Il aurait sans doute mérité mieux qu’un coup de fil, mais le problème de fond n’est pas là: à 33 ans, les genoux usés, il n’a pas compris le nouvel élan pris par la Suisse et n’a pas voulu l’accompagner. Dommage, il méritait une autre sortie.

L’ASF
Alex Miescher (photo), l’ex-secrétaire général qui avançait ses idées douteuses sur les binationaux, a été «démissionné». C’est bien, mais cela raconte une autre histoire. Comment un dirigeant influent, chef de mission en Russie, a-t-il pu lancer un tel pavé dans la mare? S’il l’a fait de son propre chef (exaspéré pas l’affaire de l’aigle bicéphale?), c’est que l’ASF est mal organisée. Sinon, c’est que tout le monde cautionnait. Dans les deux cas, il y a un grave dysfonctionnement. Qui s’est vérifié par la suite: les dirigeants ont mis des semaines à se désolidariser des élucubrations de Miescher. Les regards se tournent vers le président Gilliéron, qui partira au printemps, ou vers Claudio Sulser.

Stephan Lichtsteiner
Le capitaine a été forcé de faire le poing dans sa poche. Par bravade, il s’est dit étonné de se retrouver dans les tribunes du stade de Saint-Gall. Il faut se souvenir qu’en 2015, il avait jeté en pâture le thème de l’identification, déplorant un manque de figures bien suisses en sélection, quand Vladimir Petkovic n’avait plus convoqué Tranquillo Barnetta et Pirmin Schwegler. Retour de flamme? Même pas. Lichtsteiner s’est toujours dépensé avec la Suisse, mais a toujours peiné à être aussi en vue sous le maillot national qu’avec la Juventus. Il a maintenant 34 ans, Petkovic lui fait simplement comprendre qu’il faut préparer l’avenir.

Blerim Dzemaili, Remo Freuler
La nouvelle disposition du milieu de terrain de l’équipe de Suisse, avec un Xherdan Shaqiri en No 10 et le duo Zakaria-Xhaka, a des conséquences. Blerim Dzemaili a perdu sa place en soutien de l’attaquant. Il était là un peu par défaut: on parle d’un joueur pas toujours décisif, qui est déjà âgé de 32 ans, et Vladimir Petkovic prépare l’avenir. En revanche, Remo Freuler, lui, a 26 ans. Mais tant les tentatives du printemps passé que celles de mardi soir contre l’Angleterre sont sans appel: il ne tient pas la route au niveau international avec l’équipe de Suisse, alors qu’il est dans le coup en Italie avec son club, l’Atalanta Bergame. (TDG)

Créé: 12.09.2018, 19h24

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