Entre promesses déçues et plaisir intact, la trajectoire de Matt Moussilou

FootballMatt Moussilou est aujourd’hui à Meyrin en première ligue, heureux à 36 ans après avoir été un grand espoir du foot français.

Une fois sa carrière de joueur terminée, Matt Moussilou se verrait bien transmettre son expérience à de jeunes footballeurs suisses.

Une fois sa carrière de joueur terminée, Matt Moussilou se verrait bien transmettre son expérience à de jeunes footballeurs suisses. Image: Marius Affolter

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On refait le match? Avec Matt Moussilou, tout n’a toujours été que football, alors au moment de parler de sa trajectoire, pas de problème. Le match, il le refait tous les jours, sans amertume, au contraire. Aux portes de l’équipe de France à 22 ans, aux portes de Genève à 36 ans, attaquant en première ligue à Meyrin. De lui, la Suisse peut se souvenir de son caractère entier, de ses emportements parfois, pour une image fausse de tête brûlée. C’est tout le contraire: s’il joue encore, c’est qu’il est sérieux. Et depuis longtemps.

Son parcours, c’est l’itinéraire d’un enfant gâté, d’abord. Puis c’est un itinéraire gâté tout court, avec des choix de carrière parfois dictés par l’impatience. Le Matt d’aujourd’hui, qui fait le bonheur de Meyrin (13 buts déjà en 14 matches), conseillerait bien le Moussilou d’hier, qui cartonnait à Lille. Mais ce n’est pas possible, bien sûr. Alors il en sourit au moment de raconter son histoire.

Le foot ou la zone

Gamin de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis, le petit Moussilou a grandi dans la Cité des 4000. «Une banlieue de Paris, un quartier comme on dit, un endroit dangereux, lance-t-il. Il n’y avait pas beaucoup de perspectives: c’était la zone, le côté sombre, la vente de drogue, les descentes de police. Et puis il y avait le foot. La seule chose qui pouvait me sortir de cette cité, en fait. Le foot, j’en ai fait une priorité, une discipline, depuis tout petit. Je n’avais pas le choix, c’était ça ou je basculais du côté obscur. Alors je ne me suis concentré que sur le ballon. Le processus s’est enclenché. Oui, le foot m’a sorti du quartier. J’ai eu la chance d’avoir une bonne éducation et un peu de talent.»

Les années bonheur

Courtisé par bien des centres de formation quand il n’est encore que junior au Bourget, Moussilou opte pour l’académie du LOSC. Lille, une référence. Il va apprendre le métier, signer son premier contrat pro, gravir les échelons jusqu’à la première équipe. Et là, il va briller de mille feux durant la saison 2004-2005. Toutes compétitions confondues, il marquera plus de buts qu’Alex Frei (à Rennes) ou Pedro Miguel Pauleta (PSG): 23 pour «Mousse», 20 pour le Suisse, 19 pour le Portugais. «C’était un moment de grâce dans ma vie, souffle-t-il. Toutes les planètes étaient alignées, dans ma vie comme sur le terrain. Quand j’entrais sur la pelouse, il n’y avait pas de doute: j’allais marquer ou être décisif. Je le savais, c’était comme ça. Sûr de moi, sûr de mes coéquipiers. C’est un beau sentiment.»

Échec et Matt

Il ne le savait pas encore, mais le jeune Matt avait déjà mangé son pain blanc. À partir de la saison suivante, il peine à retrouver toute son efficacité. Après un championnat compliqué avec Lille, il décide de quitter le Nord. «J’ai peut-être eu les yeux plus grand que le ventre, admet-il aujourd’hui humblement. Je l’ai appris à mes dépens, mais j’aurais sans doute dû rester à Lille. Le choix de carrière, c’est compliqué. C’est dur de garder la tête sur les épaules quand on te propose des contrats très intéressants. Forcément, tu veux y aller.» Ce sera Nice pour commencer. Où cela ne marche pas. Puis, quelques mois plus tard, Saint-Étienne, avant l’OM. Mais la fusée lilloise semble avoir brûlé son carburant.

«C’est un cercle vicieux, en fait, explique Moussilou. Je me suis renfermé durant cette période. Sur le terrain, j’étais amorphe. Je ne me reconnaissais plus, pas besoin de parler des autres. Je faisais pitié, en fait. J’avais perdu toute confiance et je me sentais livré à moi-même, sans soutien. Le foot a beau être un sport collectif, au niveau pro, j’en découvrais l’aspect très égoïste. Pour moi, quelque chose s’était cassé, j’avais besoin de faire un break. Avec le système. Avec les médias qui s’en donnaient à cœur joie sur moi. On a souvent parlé du Ballon de plomb qui m’avait été décerné en 2007 par «Les Cahiers du football». Ce n’était même pas le pire, puisque c’était surtout pour souligner une forme de gâchis en comparaison du potentiel.»

Un nouveau départ

Quand la parabole s’inverse, il y a ceux qui disparaissent. Et ceux qui l’acceptent. Matt Moussilou a su rebondir. Au Qatar d’abord (avec Al Arabi, à Doha): «On m’a proposé un contrat qui ne se refuse pas. Après ce que j’avais vécu en France, cela m’a en plus fait un bien fou de jouer là-bas, lance-t-il. Sur le plan psychologique aussi, c’était nécessaire.» Il va ensuite retrouver le Nord à Boulogne, avant le début de ses aventures helvétiques. À Lausanne d’abord (de 2011 à 2013), puis après la Tunisie (Club africain) et Amiens, Le Mont, Yverdon dès 2016 et Meyrin dès 2017.

De la Suisse dans les idées

Matt Moussilou aime la Suisse. Il est installé désormais à Divonne-les-Bains, mais il a trouvé son équilibre de ce côté-ci de la frontière. «Ben oui, je suis toujours là, à 36 ans, s’amuse-t-il. Je suis très bien à Meyrin, où je prends tellement de plaisir. Il y a des dirigeants compréhensifs, un entraîneur très intelligent. Moi, je peux continuer comme ça jusqu’à 40 ans, sans problème. Je suis sérieux. Et puis j’aime la droiture et le sens du règlement qui existent ici. Il y a une stabilité qui est saine. Je pense pour le futur aussi, à ma famille et à mes enfants. Je me vois bien m’établir ici pour continuer. J’ai eu la chance d’avoir pu amasser un petit pécule. J’ai pu acquérir des biens immobiliers en France. Mais je me vois bien continuer dans le foot, plus avec les jeunes qu’avec des adultes pros. À Meyrin ou pourquoi pas à Servette. Je vais passer mes diplômes. Ce serait bête, avec mes diverses expériences, de ne pas transmettre tout ce que j’ai vécu, non?»

Oui, ce serait dommage. En attendant, c’est Meyrin qui se frotte les mains. (TDG)

Créé: 03.12.2018, 22h59

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