Les pontes du foot romand soutiennent Petkovic

FootballLa mise à l’écart de Valon Behrami de l’équipe nationale suscite une virulente campagne anti-Petkovic outre-Sarine. En Suisse romande, l’analyse de la polémique est bien différente.

Vladimir Petkovic paie aussi l’échec de la Suisse en 8e de finale de la Coupe du monde face à la Suède.

Vladimir Petkovic paie aussi l’échec de la Suisse en 8e de finale de la Coupe du monde face à la Suède. Image: EPA

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L’essentiel

Pour ou contre?
Vladimir Petkovic doit-il rester à la tête de l’équipe de Suisse?
Débat
Six personnalités romandes du football exposent leur point de vue.
Genèse
Les moments-clés qui ont mené à la situation actuelle.


Plus d’un mois a passé depuis cette traumatisante défaite en huitième de finale de la Coupe du monde face à la Suède. Un échec qui n’a visiblement pas encore été digéré et qui est certainement à l’origine des polémiques que suscite la mise à l’écart de Valon Behrami et Cie de l’équipe nationale.

De l’autre côté de la Sarine, le «Blick» a profité de «l’aubaine» pour se lancer dans une virulente campagne anti-Petkovic. Dans le but avoué de voir le technicien bosnien tourner les talons. Mais que pense-t-on chez nous du sélectionneur national? Pour en avoir une idée, nous avons interrogé six personnalités romandes du football. Christian Constantin, Didier Fischer, Christian Binggeli, Alain Joseph, Pablo Iglesias et Xavier Hochstrasser nous exposent leur point de vue.

Un choix sportif

«Sur le fond, je comprends, et partage, le choix de Vladimir Petkovic de procéder à un changement générationnel au sein de l’équipe de Suisse», lance d’emblée Christian Constantin, le président du FC Sion. Une vision partagée par Didier Fischer, son homologue servettien: «À mon sens, les cadres écartés par le sélectionneur n’ont pas répondu présent lors du 8e de finale face à la Suède, il fallait faire le ménage à l’interne.» «Il est logique de faire confiance à de nouveaux joueurs, plus jeunes, qui utiliseront cette nouvelle Ligue des nations, prévue à la rentrée, pour préparer les qualifications pour l’Euro 2020», abonde Pablo Iglesias, directeur sportif du FC Lausanne-Sport.

Un choix sportif plutôt logique donc: c’est la forme plus que le fond qui fait débat. Didier Fischer: «C’est sûr qu’il y a des manières de faire, pour que le linge sale se lave en famille. De ce point de vue-là, Petkovic a échoué, car il n’a pas su communiquer clairement ses intentions.» Car ne serait-ce qu’ouvrir la porte aux quiproquos, c’est déjà un premier échec.

«Valon Behrami a visiblement mal pris les choses», explique Xavier Hochstrasser, ancien international, qui tient tout de même à relativiser: «Tous les jours en Suisse, des personnes se font licencier sans beaucoup d’égards, par une simple lettre. Oui, le milieu du football est cruel, et au moment de gérer les ego et les susceptibilités, il n’y a pas de règles. Les choses ne sont jamais simples, il suffit d’un mot de travers pour que quelqu’un se vexe.»

Des paroles difficiles à entendre, certes. Des maladresses quant à la forme, peut-être. Mais en tout cas pas de quoi remettre la légitimité du sélectionneur en question. «Cela ne fait pas de Petkovic un mauvais coach», estime «CC». «Si, pour les hautes instances de notre football, Vladimir Petkovic était l’homme de la situation avant ces polémiques, je ne vois pas pourquoi il ne le serait plus aujourd’hui, souligne Alain Joseph. À mon avis, nos dirigeants devraient plutôt commencer par se poser les bonnes questions sur la qualité de leur communication. Sur des sujets aussi sensibles que les propos de M. Miescher ou sur la mise à l’écart d’un joueur comme Valon Behrami en trente secondes, la façon de faire a été catastrophique.»

Sur ce point, l’ancien président du LS est vite rejoint par Christian Binggeli. «Quand on regarde les énormités que se permet de dire Alex Miescher, qui lui est toujours en place, il y a d’autres problèmes à régler à l’ASF que le cas du sélectionneur», souligne de président de Neuchâtel Xamax. Vrai. À commencer par une communication défaillante et absolument pas remise en question. À l’ASF, on est trop sûr d’avoir toujours raison et de faire tout juste.

«Droit dans ses bottes»

Si ce constat est particulièrement agaçant, il ne doit pas ternir la réputation du sélectionneur. Xavier Hochstrasser est un témoin privilégié du «cas» Petkovic. L’ancien milieu de terrain international a évolué, à YB, durant deux ans et demi sous les ordres de l’actuel sélectionneur. «Personnellement, je dois dire que c’est le meilleur entraîneur que j’ai eu durant toute ma carrière, assure le Genevois. Tactiquement, il sait parfaitement adapter un groupe à ses exigences. Et humainement, il est droit dans ses bottes, toujours attentif à être juste et clair avec chaque individualité. Après, ce n’est pas le plus fort en communication, c’est certain, d’autant plus que, d’apparence, il donne l’impression d’être froid.»

Reste qu’un sélectionneur est d’abord jugé sur ses résultats. Et Petkovic, avec ses deux 8es de finale consécutifs, à l’Euro 2016 et au Mondial 2018, n’a pas à rougir. «Sur le travail de fond, Petkovic est inattaquable, assure Iglesias. On a un peu trop vite tendance à oublier que la Suisse est un petit pays. Ce que l’équipe nationale a réussi ces dernières années est remarquable.» «Petkovic est encore l’homme de la situation, reprend Didier Fischer. À condition qu’il ait le courage de relancer fondamentalement la dynamique de cette équipe, et pas uniquement faire du rafistolage.» Une ambition qui passe par un certain nombre de décisions pas forcément populaires.


(TDG)

Créé: 09.08.2018, 07h22

Face à face: Vladimir Petkovic doit-il rester à la tête de l’équipe de Suisse?


André Boschetti, Journaliste


«Oui. Son bilan reste très positif»



Envisager la possibilité de limoger Vladimir Petkovic me semble tout à fait inopportun. Le 2 juillet, à la veille de ce huitième de finale tant attendu contre la Suède, la grande majorité de l’opinion publique louait encore la qualité du travail accompli depuis près de quatre ans. Des compliments qui émanaient tant de notre pays que de l’étranger. Non seulement par la constance des résultats obtenus sur une telle durée – qualification pour les huitièmes de finale de l’Euro puis de la Coupe du monde – mais aussi grâce à la qualité de jeu proposée, l’équipe de Suisse jouissait d’un crédit en hausse. Même s’il est honnête de reconnaître qu’à ce second niveau, les performances des Suisses en Russie ont été globalement en deçà des (peut-être) trop hautes attentes.

Si important soit-il, un simple match raté contre la Suède ne peut pas réduire à néant les quatre exercices positifs précédents.

Cela dit, l’attitude et la communication de Vladimir Petkovic durant et après cette Coupe du monde n’ont certainement pas été à la hauteur de son travail sur le terrain. On aurait, d’une part, apprécié – et les joueurs surtout – qu’il ait le courage de contester avec fermeté les propos ridicules d’Alex Mies cher sur les binationaux. Mais il en faut beaucoup pour s’opposer à son supérieur hiérarchique. On aurait, d’autre part, attendu de Petkovic qu’il règle de façon différente le cas Valon Behrami. Ce téléphone de 30 secondes n’aurait dû être que le préambule à un rendez-vous. Deux erreurs de communication qui ne noircissent pas assez le bilan du sélectionneur pour s’en séparer. Mais qui soulignent une fois de plus les manquements, beaucoup plus graves et inquiétants, qui touchent les hautes sphères de notre football.





Florian Müller, Journaliste


«Non. Cet été, un truc s’est brisé»



On s’est vite pris d’affection pour Vladimir Petkovic, un homme droit dans ses bottes, humble face à l’ouvrage. Tout le contraire de son prédécesseur, le père Hitzfeld: Vlado ne traînait pas un ego démesuré dans ses valises, juste un goût prononcé pour le travail bien fait. À vrai dire, le sélectionneur national n’avait jusque-là jamais fait de chichis, encore moins de vagues. Il s’agirait donc de lui pardonner chrétiennement ce premier écart, de classer l’affaire sans suite.

Eh bien non, car l’unité d’un vestiaire tient dans un équilibre ultrafragile. Et là, un truc s’est définitivement brisé. En adoptant la politique de l’autruche au lendemain de l’élimination helvétique en Russie alors que son groupe avait clairement failli, en refusant de monter au créneau pour défendre ses hommes face aux propos infamants du secrétaire général de l’ASF, puis plus récemment en déboulonnant l’icône Valon Behrami sans égard, Vladimir Petkovic a de lui-même rendu les clés du camion. Car ce sont là les signes d’un désengagement manifeste.

Pas étonnant d’apprendre alors, entre deux portes, que si un club italien s’était intéressé à lui cet été, le sélectionneur aurait signé les yeux fermés. Après un premier cycle prometteur – entre 2014 et 2016 – le second s’est soldé par le même et sempiternel constat d’échec: la Nati n’arrive pas à franchir ce fameux palier décisif lors des grandes compétitions. Oh que oui, cette Suède était largement prenable, mais Vladimir Petkovic n’est pas parvenu à convaincre ses hommes de cette vérité. À ce niveau-là, la performance se joue aussi sur la capacité d’une équipe à croire en sa force. Avec à sa tête un sélectionneur qui refuse de s’impliquer pleinement, cette Nati n’a aucun avenir. À moins d’ambitionner une piteuse défaite en huitièmes de finale du prochain Euro? Non, merci.

Timeline

17 juin
La Suisse entame sa Coupe du monde en Russie par un match nul prometteur face au Brésil (1-1).

22 juin
La belle victoire face à la Serbie (2-1) est émaillée par l’affaire des aigles albanais. Considéré comme des symboles politiques, le geste des mains de Xherdan Shaqiri, Granit Xhaka et Stephan Lichtsteiner sera sanctionné par la FIFA.

3 juillet
Une Nati sans idée et sans envie est éliminée face à une Suède largement à sa portée (1-0) en huitième de finale.

4 juillet
Vladimir Petkovic refuse de se présenter face à la presse pour dresser un bilan de la Coupe du monde en Russie au lendemain de l’élimination.

6 juillet
Alex Miescher, secrétaire général de l’ASF, s’interroge au sortir du Mondial: «Voulons-nous des binationaux?» Tollé général.

6 août
Vladimir Petkovic décide de se séparer de cinq de ses cadres pour la rentrée des classes. Valon Behrami, encore capitaine face à la Suède, prend très mal la manière dont il est mis sur la touche – «Un téléphone de trente secondes» – et dénonce une décision «politique». La position du sélectionneur est fragilisée.

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