Avec Petkovic, la Suisse choisit qualité et continuité

FootballLa prolongation de contrat jusqu’au Mondial 2022 était attendue. Elle est un choix logique, pour poursuivre le travail entrepris.

Dominique Blanc, président de l'ASF, avec Vladimir Petkovic, qui vient de prolonger son contrat à la tête de l'équipe de Suisse. Un choix logique.

Dominique Blanc, président de l'ASF, avec Vladimir Petkovic, qui vient de prolonger son contrat à la tête de l'équipe de Suisse. Un choix logique. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Peut-être que dans quelques mois, dans la tourmente d’un Euro 2020, l’équipe de Suisse connaîtra des jours sombres. Elle pourrait bien ne pas sortir de la phase de groupe, ou alors échouer encore une fois à briser son plafond de verre en calant au stade des huitièmes de finale. Tout est possible, le meilleur également, une place en quart de finale, voire mieux si l’on veut vraiment rêver. Mais dans tous les cas, cela ne devrait rien remettre en question du travail accompli par Vladimir Petkovic jusque-là. Ni de son boulot jusqu’au Mondial 2022 à la tête de l’équipe de Suisse.

Dans l’absolu, la prolongation de contrat qui est intervenue ce mardi n’a rien d’une garantie de résultats. Non, ce nouveau contrat dit deux choses. D’abord que Vladimir Petkovic voulait continuer le travail entrepris. Ensuite que dans cette pesée d’intérêts, ceux de l’équipe de Suisse, l’ASF et son nouvel homme fort, Pierluigi Tami, sont arrivés à la conclusion que le sélectionneur actuel était le meilleur atout pour l’équipe nationale.

Et puis tout est limpide. Si la Suisse se qualifie pour le Qatar, Petkovic sera sélectionneur jusqu’au 31 décembre 2022 (la Coupe du monde aura lieu en novembre et décembre). S’il faut passer par les barrages ou si la Suisse devait rater le coche, ledit contrat pourrait prendre fin avant. Simple. Efficace.

Résultats inattaquables

Il y en aura toujours pour chercher des poux dans la tête du «Mister», malgré cette ligne que se tracent en commun le sélectionneur et l’ASF. Petkovic ne serait pas assez glamour, trop taiseux, pas assez suisse pour certains… Tous évitent soigneusement de parler des résultats obtenus depuis plus de cinq ans. Parce que sur ce plan, à moins de tordre la réalité, le Monsieur est inattaquable. Tout juste les plus amers s’accrocheront-ils à ce huitième de finale du Mondial russe, perdu contre une Suède qui n’avait rien d’effrayant.

C’est vrai, mais au moins Petkovic a-t-il atteint cette étape-là de la compétition, soit l’objectif minimum fixé par l’ASF. C’est toujours mieux que Hitzfeld en 2010 (après avoir commencé par une victoire contre l’Espagne), sans oublier le fiasco des éliminatoires de l’Euro 2012 que la Suisse ne verra jamais. On rappelle au passage que les mêmes qui s’étonnent d’un contrat prolongé aujourd’hui, sont ceux qui applaudissaient des deux mains quand l’ASF de l’époque avait reconduit contre toute logique, financière ou sportive, en mars 2011 dans l’urgence et sous la pression de l’Allemand le bail d’Hitzfeld, après un misérable 0-0 à Malte (amical) et avant un autre nul 0-0 médiocre en Bulgarie. Passons.

Le rappel de Tami

Pierluigi Tami, le directeur des équipes nationales, l’a rappelé lui-même: «Sur le plan des résultats, Vladimir Petkovic est le meilleur sélectionneur de l’histoire et pour nous, il était clair dès le début que nous voulions continuer avec lui.» Voilà qui a le mérite de la clarté.

Dans la balance, tout penchait en faveur de l’actuel sélectionneur. Tout ce qui est essentiel en tout cas. Les résultats? Ils sont là: trois qualifications pour les grands tournois de suite (et sans participation d’office comme en 2008), sans oublier le Final Four de la Ligue des Nations en prime en 2019. Personne n’a fait mieux. Sur le plan du jeu? Les progrès sont immenses, la Suisse a décidé avec Petkovic de prendre son destin en mains, de moins spéculer, de plus jouer.

Mais c’est surtout dans la vision de l’avenir que l’ASF et «Petko» se rejoignent totalement. Au lendemain du Mondial 2018, il a été décidé d’anticiper le devenir de la sélection et de rajeunir les cadres. Ce travail a été fait avec une logique claire et nette, parfois avec des grincements de dents de vieux grognard égaré (Behrami), mais toujours pour le bien de la sélection. Le tout avec l’adhésion de tous les joueurs cadres, n’étaient les états d’âme momentanés d’un Shaqiri en mal-être à Liverpool. Avec Petkovic, la Suisse sait où elle va.


«Je suis fier de poursuivre le travail»

C’est Dominique Blanc, le président de l’ASF, qui a ramassé l’instant dans une formule lapidaire. «Pourquoi prolonger Vladimir Petkovic?, s’est-il interrogé. Parce que Petkovic c’est la qualité et la continuité.»

Le Mister a souri, presque gêné, assurément reconnaissant. Avant de mettre ses mots sur le sujet. «Je suis fier de poursuivre le travail, a-t-il souri. Je suis fier de mon équipe et de tout ce qui a été accompli jusque-là. En 2014, quand j’ai repris la Suisse, je ne m’imaginais pas être encore là aujourd’hui et même jusqu’en 2022. Mais nous avons progressé tous ensemble et les perspectives d’avenir sont très positives pour devenir encore plus fort dans le futur. Il n’y avait aucune raison pour que je ne continue pas mon travail à la tête de la sélection.»

En réalité, la Suisse aurait eu beaucoup plus à perdre qu’à gagner en laissant en suspend la question de son sélectionneur. Partir à l’Euro 2020 et voir après, en fonction des résultats? Cela peut impliquer des effets pervers chez certains internationaux et c’est un possible vide, en cas de séparation, qu’il aurait fallu combler dans l’urgence. Au moins les choses sont-elles claires désormais. Et puis ce n’est pas comme si le Bayern, la Juve ou le Real s’intéressaient de près à Petkovic. Pour lui aussi, un tien vau mieux que deux tu l’auras.

Il se dit qu’il a obtenu une légère augmentation de son contrat. Et que les primes aux résultats (qualification au Mondial, Final Four de la Ligue des Nations, résultats en compétition) seraient revues à la hausse. D.V.

Créé: 25.02.2020, 19h17

Un mal aimé irréprochable

À force, on croirait presque l’homme sans défaut. À écouter Pierluigi Tami ou Dominique Blanc, les patrons de l’ASF, Vladimir Petkovic était le seul candidat, porté par ses résultats, ses qualités humaines et sa vision du futur pour l’équipe de Suisse. Dans ce ciel helvétique là, il n’y avait qu’un horizon et un seul ange pour le peupler.

C’est faux, bien sûr. Petkovic n’est pas un ange, même auréolé de sa prolongation de contrat jusqu’au Mondial 2022. Il est peut-être intéressant d’écouter les griefs recevables que lui assènent ses détracteurs les plus fidèles. Où le manque de charisme le dispute à un déficit maladif de communication, comme si l’un et l’autre n’habitaient pas ensemble. C’est vrai. Petkovic véhicule cette image écornée de grand maladroit au moment de dire sa passion, ses idées ou ses projets.

À Muri, pour assurer de toute sa fierté d’avoir été reconduit pour plus de deux à la tête de l’équipe de Suisse, il s’est débattu dans des formules complexes, comme s’il ne pouvait pas raconter son bonheur simplement. Ses sourires semblent forcés, ses promesses de communion avec le peuple suisse autour de la «Nati» confinent à l’acte de contrition. On sent l’écorché vif derrière cet homme sincère, derrière un homme en mal de reconnaissance malgré ses résultats inattaquables.

C’est malheureux pour lui. Ça l’est apparemment aussi pour ceux qui ne lui pardonnent rien, de sa naissance à Sarajevo à son accent marqué. Pas assez Suisse, ni dans le nom, ni dans le verbe. Misère de la condition, quand elle est ramenée à hauteur de caniveau.

En regardant la réalité en face, on voit pourtant un professionnel de 56 ans, qui fait l’unanimité auprès de ses joueurs, qui a gagné ce crédit non pas par son nom ou sa carrière – il n’était qu’un modeste joueur de seconde zone, pas même dans l’élite – et qui remplit tous les objectifs que l’ASF lui assigne depuis 2014.

En fait, on n’a jamais vu un entraîneur si peu considéré en regard de ses accomplissements, la qualité du jeu proposé par «sa» Suisse n’étant pas le moindre. Il est le meilleur sélectionneur de l’histoire suisse et c’est tout à l’honneur de l’ASF d’être resté sourde à ces mauvais procès pour ne retenir que l’essentiel: la capacité de Petkovic à faire progresser encore la Suisse. D.V.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Coronavirus: les courbes s'aplanissent
Plus...