Le Mondial offre une douce amnésie à la Russie

FootballLa Coupe du monde 2018 démarre aujourd’hui, mais Vladimir Poutine a déjà gagné. Malgré les embûches, son pays est parvenu à réunir le monde chez lui.

Gianni Infantino, président de la FIFA, et Vladimir Poutine, qui a le regard fixé sur un trophée fort convoité.

Gianni Infantino, président de la FIFA, et Vladimir Poutine, qui a le regard fixé sur un trophée fort convoité. Image: Reuters

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Sept ans que la Russie attendait ce moment! De voir arriver ces supporters les habits défraîchis par les heures de vol, des valises à la main et sous les yeux. Parfois avec un smartphone à la main, traducteur vocal en action. Harassés, mais heureux à l’idée de s’enivrer de football et de profiter de la Coupe du monde qui débute aujourd’hui.


Lire l'éditorial: Mondial: la valse de l’oubli


Heureux, Vladimir Poutine l’est aussi. Le président de la Fédération de Russie est parvenu à ses fins, accueillir le monde dans son jardin. Des vraies gens, pas seulement des chefs d’État. Des passionnés de ballon, très éloignés des considérations géostratégiques. «Le football a un grand potentiel humaniste. Cette Coupe du monde va permettre à des millions d’individus ici en Russie d’apprendre à connaître d’autres cultures, de se faire de nouveaux amis. Et nos visiteurs vont aussi se rendre compte qu’il existe dans ce pays un grand nombre de personnes à l’esprit ouvert.» Mercredi, devant la «crème de la crème du football» à savoir le Congrès de la FIFA, Vladimir Poutine a promis d’être un maître de cérémonie méticuleux: «Qu’ils soient stars ou fans, nous voulons montrer à tous les sens de l’hospitalité de la Russie, pour que chacun ait envie de revenir.»

Ce jeudi soir, dans le magnifique stade Loujniki, 81'000 personnes dans les gradins gardés par la statue de Lénine, Vladimir Poutine va savourer son bain de foule, comme une consécration. La Russie affrontera l’Arabie saoudite dans un match d’ouverture pas forcément clinquant. Qu’importe. La planète entière s’agglutinera derrière des écrans de toutes dimensions. L’ambiance sera, certes, un peu cadrée, mais c’est devenu une habitude dans le football moderne où l’aspect sécuritaire modèle la convivialité. Les fans auront le visage peinturluré, la réalisation télévisuelle capturera la moindre des émotions, l’assistance vidéo rendra l’arbitrage plus juste. Bref le monde sera plus beau, grâce à la Russie!

Chemin de croix

Quel aboutissement pour une compétition dont la naissance fut compliquée et l’enfance difficile. Depuis ce mois de décembre 2010 où, à Zurich, le Comité exécutif de la FIFA, alors présidé par Sepp Blatter, a désigné la Russie et le Qatar comme hôtes des Mondiaux 2018 et 2022. Se sont ensuivies des années de polémiques et de révélations sur des dessous corrompus. Des années noires pour le football, au point qu’un seul des 22 votants de l’époque est encore aujourd’hui indemne. La Russie n’a pas été épargnée par les accusations.

Mais elle a résisté, tout en continuant à préparer le banquet. Elle a fait le dos rond, dégageant en touche les accusations de non-respect des droits de l’homme dans la construction des stades et des infrastructures. Elle n’a rien remis en question non plus quand, après les Jeux olympiques de Sotchi, elle a été prise la main dans le sac en matière de dopage.

Durant ces sept ans, la Russie a aussi subi la chute du prix du pétrole qui a anéanti son économie, qui devait financer un Mondial dont la facture n’a cessé de prendre l’ascenseur. Douze budgets différents ont été élaborés. Même pour Vladimir Poutine et son gouvernement, l’engagement était devenu un boulet. Au point que le président est allé jusqu’à mobiliser son bataillon d’oligarques pour financer la construction des stades. Côté politique, les conflits en Ukraine et en Syrie ont même amené certaines nations à envisager un boycott.

Mais où la raison aurait incité à renoncer, la Russie – par fierté? – a croché. «La FIFA a démontré que le football dépassait la politique», a juste lancé mercredi Vladimir Poutine, songeant peut-être au pied de nez adressé aux sanctions économiques internationales qui isolent ses concitoyens.

La victoire est déjà acquise

Le pays a dépensé beaucoup d’argent pour avoir le droit, un mois durant, de profiter de la douce amnésie qu’offre le football, de s’enivrer avec les vertiges procurés par les stars universelles comme Neymar ou Ronaldo. Son équipe nationale n’est pas en mesure de gagner le tournoi? Peut-être, même si, sur un terrain, un miracle reste toujours possible. Ce serait la cerise sur le gâteau.

Toutefois, l’essentiel est ailleurs, sur les grands boulevards de Moscou, de Saint-Pétersbourg ou de Samara. La victoire y est déjà acquise. «Nous avons une mauvaise image en Europe et le Russe n’a pas l’habitude de sourire. J’espère que le contact avec les gens amènera de la joie», lance Rita, 20 ans, qui a grandi au rythme de la reconstruction d’un géant terrassé après la chute du communisme. Aujourd’hui, le monde vient à elle et Rita veut en profiter.

C’est certain. Durant 31 jours, la place Rouge ne sera pas vide.


Les trois adversaires de la Suisse

Brésil (17 juin à 20h)
Si le Brésil ne s’attachait qu’à jouer au foot, il serait toujours irrésistible. Mais il aime épouser des causes divines. La dernière fois, c’était une communion mystique autour d’un Neymar blessé, avec le résultat que l’on sait: l’humiliation 7-1 contre l’Allemagne en demi-finale à Belo Horizonte. Cette fois, c’est le rachat du péché. Et si ce Brésil qui semble tellement plus fort était toujours le funambule de ses émotions? Et si la Suisse tirait sur cette corde-là?

Serbie (22 juin à 20 h)
Le talent ne manque sans doute pas. Mais comment faire pour que tout le monde tire à la même corde quand, en octobre 2017, après la qualification au Mondial, le sélectionneur Slavo Muslin est limogé par la fédération pour avoir refusé de faire jouer certains joueurs? La Serbie est capable de tout: perdre contre le Maroc et, quatre jours plus tard, battre le Nigeria. Une Suisse solide et sérieuse saura faire le nécessaire en surveillant Mitrovic.

Costa Rica (27 juin à 20 h)
Tiens: la Suisse termine son premier tour par un match contre un Costa Rica qui a écrasé l’Irlande du Nord 3-0, là où les hommes de Petkovic avaient eu besoin d’un penalty cadeau en barrage. Danger contre ces Costaricains, la surprise d’il y a quatre ans? Prudence, oui. Mais les deux derniers résultats préparatoires (défaites 2-0 contre l’Angleterre et 4-1 contre la Belgique) racontent surtout des lacunes défensives. Que la Suisse devra exploiter.

(TDG)

Créé: 13.06.2018, 22h27

Kylian Mbappé

L’attraction

C’est un phénomène. Il n’a pas
20 ans, mais il fascine les foules sur le terrain et en dehors. Avec l’équipe de France, Mbappé a tout à gagner. Il y est débarrassé de l’ombre de Neymar, qui monopolise l’attention et le ballon au PSG, tout en pouvant profiter de la qualité incroyable d’un groupe que les tensions n’ont pas encore fissuré. En Russie, Kylian Mbappé deviendra-t-il le fer de lance de l’après-Messi et Ronaldo?

Manuel Neuer

Le mystère

Une saison blanche en raison d’une blessure, revenir au jeu quelques jours avant un Mondial et être désigné titulaire. Il faut s’appeler Manuel Neuer et avoir un entraîneur fidèle comme Joachim Löw, qui décide «avec le ventre et le cœur», pour avoir droit à ce privilège. Le doute? Le gardien du Bayern Munich le laisse au public. À 32 ans, le champion du monde 2014 a la victoire dans les gènes. Animal à sang froid, il n’a besoin de rien pour être à la hauteur. Vraiment?

Lionel Messi

La der

Lionel Messi est exceptionnel, fabuleux, mais… ce n’est pas Maradona! Le No 10 argentin le sait et il en souffre. Son aîné avait conduit sa sélection au titre mondial en 1986 et ce seul fait change tout. Pour Messi, 31 ans, le Mondial est probablement la dernière chance de combler une lacune qui lui colle aux crampons. Saura-t-il jouer les timoniers pour mener enfin l’Argentine et devenir l’égal du «Pibe de Oro»?

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