Le Mondial féminin touche les Français au cœur, pas aux tripes

FootballDes audiences TV record et pourtant partout des rues calmes… La Coupe du monde féminine passionne, mais ne surexcite pas.

Les Françaises ont bénéficié d’un fort soutien dans les stades et devant la télévision, avec 12 millions de téléspectateurs pour chacun de leurs matches.

Les Françaises ont bénéficié d’un fort soutien dans les stades et devant la télévision, avec 12 millions de téléspectateurs pour chacun de leurs matches. Image: GETTY IMAGES

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En France, depuis 1998, il y a une équation footballistique de base: quand le pays organise la Coupe du monde, il la gagne! C’est simple, clair, et cela devait tenir en deux dates: 1998, première étoile masculine; 2019, première étoile féminine. L’ambition était affichée et, à ceux qui prétendent que les Français n’ont pas un esprit de gagneurs, il suffit de les renvoyer à l’ambiance qui régnait dans le pays au début du mois de juin: cette Coupe du monde 2019, elle était «à nous», elle était «française», les Bleues réussiraient, elles ne pouvaient que finir en finale…

D’ailleurs, quand Emmanuel Macron rend visite aux joueuses le 4 juin, quelques jours avant le début du tournoi, il leur assigne un but sans équivoque: «Une compétition est réussie quand on gagne», lâche-t-il péremptoirement, et aux journalistes il ajoute: «Le 7 juillet, je serai à la finale pour les encourager.»

Couvées d’un œil nouveau

Un mois a passé depuis lors, les Bleues ont échoué, elles ont calé pour la septième fois au stade des quarts de finale, bref elles ont perdu… Et pourtant le pays tout entier les couve d’un œil nouveau, un œil fier, attendri et solidaire. Pas d’acrimonie, peu de reproches, pas d’articles vengeurs ou si peu; depuis vendredi soir, un véritable mot d’ordre court le pays à leur adresse: «Vous avez gagné le cœur des Français.» C’est ce que leur a dit, toutes frémissantes encore du désespoir de la défaite, la sélectionneuse Corinne Diacre à l’issue du quart de finale perdu face aux États-Unis. C’est ce qu’a twitté le président Macron depuis le G20 à Osaka. C’est ce qu’a lancé, sur Twitter également, le nouveau et tout jeune empereur du football hexagonal Kylian Mbappé: «Vous avez peut-être perdu la Coupe mais vous avez à coup sûr gagné le cœur des Français.»

Le premier indice de cette popularité qu’elles n’avaient jusqu’à présent jamais connue, ce sont bien sûr les audiences TV. Entre 9 et 12 millions de téléspectateurs pour chacun de leurs matches, un chiffre sans précédent, trois fois plus élevé que leur record lors de la dernière Coupe, et pas si éloigné des garçons: l’an passé en quart de finale du Mondial, les Bleus avaient touché 13 millions de téléspectateurs, et 19,3 millions en finale.

Curieusement, l’audience des Bleues est légèrement moins féminine que chez les Bleus: en dehors des amateurs de foot, public plutôt masculin, les téléspectatrices qui viennent participer au sentiment d’une épopée nationale sont un peu moins nombreuses.

L’autre indice, c’est une maturité de compétitrices qui, malgré des tensions dans l’équipe, notamment entre la sélectionneuse et l’ancienne capitaine de l’équipe, Wendie Renard, ne dégénère jamais en conflits mesquins. Ces filles sont dignes, elles incarnent des valeurs dans lesquelles la nation aime à se reconnaître et qui ne suintent pas l’argent par dizaines de millions. Elles ont des simplicités que les pachas de l’équipe masculine ont depuis longtemps oubliées: lors de la préparation de la Coupe du monde, début juin, elles ont dû céder leurs chambres du Centre national d’entraînement de Clairefontaine aux garçons, qui préparaient un simple match amical. Un machisme crasse sur lequel elles sont passées sans s’arrêter.

Public très familial

Au-delà des Bleues, l’ensemble de la compétition se déroule dans une ambiance particulière, où la modicité du prix des billets – lors de la phase de qualification, l’entrée la moins chère était à 9 euros – permet un public très familial. On n’a pas crainte d’amener des enfants, ni pour le porte-monnaie ni pour leur sécurité. Et comme on a évité les stades trop vastes, par crainte de ne pas les remplir, des villes moyennes comme Valenciennes, Reims ou Le Havre participent à la fête et les matches les plus prestigieux de la phase finale, chose sans précédent en France, auront lieu à Lyon et non à Paris…

Succès d’audience à la télévision, succès populaire dans les stades, cette Coupe du monde féminine n’a pourtant pas surexcité la rue comme le Mondial russe, l’an dernier, l’avait fait. Pas d’écrans géants dans les établissements publics, pas de foules aux terrasses pour vivre dans la communion les matches des Bleues. «On est à fond devant son écran mais, dans le réel, il n’y a aucune liesse populaire dans les rues», note le sociologue Ronan Chastellier dans «Le Parisien». Question de temps, question de culture. Les joueuses ont gagné l’attention et le respect des Français, elles ont gagné leur cœur. Pas encore leurs tripes.

Créé: 02.07.2019, 07h55

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