Granit Xhaka: «On m’a forcé à jouer au football»

Équipe de SuisseÀ 25 ans, il s’est déjà imposé à Arsenal. Il est aussi le patron de l’équipe de Suisse. Mais qui est Granit Xhaka, qui est vraiment le joueur suisse le plus cher de l’histoire suisse? Il répond.

Dimanche face au Brésil, Granit Xhaka sera à la baguette pour donner les impulsions à l’équipe de Suisse.

Dimanche face au Brésil, Granit Xhaka sera à la baguette pour donner les impulsions à l’équipe de Suisse. Image: Keystone

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C'est l’histoire d’un gamin qui ne voulait pas jouer au foot et qui se retrouve à 25 ans avec le maillot de l’équipe de Suisse sur le dos, de l’or dans les pieds et un match de Coupe du monde contre le Brésil qui l’attend, dimanche. Granit Xhaka n’a sans doute pas la folle rage d’un Behrami, le froid sérieux d’un Lichtsteiner ou la spectaculaire explosivité d’un Shaqiri, mais il est peut-être le plus doué de sa génération. Curieuse destinée que la sienne, lancée à Bâle, là où tout a commencé, là où rien ne doit être oublié. Et qui le propulse aujourd’hui vers Rostov-sur-le-Don, le théâtre grandiose du choc contre la Seleção.


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La Suisse a quitté son repaire de Togliatti sereine, sûre de ses acquis, concentrée surtout sur cette première rencontre dans ce groupe E. Pas de blessés, pas de problèmes internes: Vladimir Petkovic a déjà en tête l’équipe qui commencera la rencontre. Xhaka sera au milieu du terrain, à la baguette, pour donner les impulsions. De son rendement dans l’axe, de sa capacité à donner de l’air aux siens, dépendra notamment la performance de la sélection helvétique. Cela tombe bien: il aime les responsabilités. De ce Brésil qu’il va affronter dimanche, il n’a pas peur. Il lance même à qui veut l’entendre qu’il a déjà défié la Seleção de Neymar. C’était en 2009, en phase de poule du Mondial M17, la Suisse l’avait emporté 1-0 (but de Ben Khalifa): rien n’a changé pour Xhaka, il nourrit toujours la même détermination. Il faut juste espérer que Seferovic sera en confiance, que Dzemaili saura offrir des solutions entre les espaces, que Behrami pèsera physiquement sur les milieux brésiliens, que la défense se montrera irréprochable et que Sommer sera en état de grâce. Cela fait beaucoup pour un match. Mais cela n’effraie pas cette Suisse qui a décidé de croire en elle. À l’image de Granit Xhaka.

Granit, nous sommes maintenant au Mondial, mais comment le football a-t-il commencé pour vous?

À Concordia Bâle, je devais avoir 4 ou 5 ans. Mais si je veux être honnête, je dois dire que l’on m’a un peu poussé: je ne voulais pas jouer au football. Sauf que mon père et mon frère m’ont forcé la main. J’étais bien et bon à l’école, je n’avais besoin de rien d’autre. Je crois qu’au fond je n’ai fait du foot que parce que mes parents le voulaient, ils étaient soucieux que je ne prenne pas une mauvaise direction dans la vie, ils devaient penser à la drogue, à l’alcool. Et le sport allait me structurer pour éviter ça.

Quand avez-vous remarqué que cela vous plaisait et qu’en plus vous étiez très doué?

J’ai commencé à prendre petit à petit du plaisir, de plus en plus. Forcément, quand je regarde le parcours, je ne peux être que fier. Mais c’est peut-être quand je suis passé à Bâle, à 12 ans, que j’ai pu penser au foot comme quelque chose de sérieux. Tout était plus professionnel. Mais là encore, c’est à cause de mon père et de mon frère Taulent.

Comment ça?

Le FC Bâle voulait mon grand frère, qui était aussi à Concordia. Que mon frère, pas moi. Mon père a dit aux dirigeants d’alors que s’ils voulaient le grand, ils devaient aussi prendre le petit. C’était les deux ou aucun. Comme Bâle souhaitait vraiment recruter Taulent, il m’a pris aussi. C’est comme cela que je suis arrivé au FCB. Et que l’aventure a commencé. Évidemment, je ne regrette rien de ce qui s’est passé.

Votre enfance à Bâle a été heureuse. Et pour vos parents?

Pour mes parents, cela a été plus compliqué que pour moi. Ma mère avait 19 ans et mon père avait 24 ans quand ils sont arrivés à Bâle. Pas de famille, pas d’argent: ils ont travaillé dur pour s’en sortir. Moi, je n’ai jamais eu ces soucis, ou ces regards parfois des autres parce que j’étais originaire du Kosovo.

C’est compliqué de se sentir Kosovar et Suisse en même temps?

Mes parents sont nés là-bas. C’est mon sang et je ne vais jamais l’oublier. Moi, je suis né en Suisse, j’ai grandi à Bâle, j’y ai fait mes écoles: je ne peux être que très reconnaissant à la Suisse. Mais les racines sont kosovares et je ne l’oublierai jamais.

Vous avez pourtant choisi la Suisse…

J’ai vite pris la décision, même si ce n’était pas simple. La Suisse m’avait donné un avenir, à mes parents d’abord, à moi ensuite: j’ai choisi la Suisse, c’était logique. Pas parce que j’avais plus de chances d’aller loin avec dans un Euro ou dans une Coupe du monde. Mais j’ai grandi en Suisse, j’y ai suivi l’école, je parle suisse allemand. C’est pour cela que j’ai choisi la Suisse.

Qu’est-ce qui fait la force de cette sélection qui va affronter le Brésil dimanche?

Les liens qui nous unissent. Peu de gens imaginent la solidité de ces liens, sur le terrain et en dehors aussi. Certaines personnes se demandent où sont les vrais Suisses, etc. C’est un point qui me blesse. Ils regrettent le fait de voir trop de segundos. Je suis désolé, mais on a choisi de jouer pour la Suisse. Et je pense que depuis quatre ans, la Suisse a progressé. J’aimerais plus de respect de la part de certains. Je pense à ce qu’une partie du public a fait subir à Haris lors du match de barrage retour contre l’Irlande du Nord, à Bâle. En le sifflant.

Cela vous a fait du mal?

Énormément de mal, oui. Tu te qualifies, cela devrait être la joie, mais dans le bus, tu vois Haris dévasté. On ne peut même plus se réjouir. Encore une fois, les gens ne se rendent pas compte que nous formons une famille et que quand l’un des nôtres est visé, c’est toute la famille qui est touchée.

Êtes-vous déjà prêt à être le futur capitaine de cette sélection?

Bien sûr que je pense à l’avenir. J’ai encore, je l’espère, quelques Mondiaux et Euro qui m’attendent avec la Suisse. Je suis quelqu’un qui prend volontiers des responsabilités, je le fais déjà maintenant. Je suis franc: quand j’ai le sentiment que quelqu’un pourrait faire du mal à l’équipe, je le dis tout de suite. Parce que je veux garder pour plusieurs années l’ambiance qui règne actuellement dans le groupe. C’est notre force. Behrami est comme cela, Lichtsteiner aussi et beaucoup d’autres. Ils sont des exemples pour moi, des leaders, avec une forte mentalité, une personnalité. Ils ont leurs opinions, qu’ils expriment, parce qu’il faut dire ce que l’on pense.

D’où vous vient cette maturité à 25 ans?

J’ai toujours eu une grande confiance en moi. Quand j’étais plus jeune, j’étais petit et maigrelet, mais malgré ça, même gosse, je voulais toujours avoir des responsabilités. Et puis j’ai grandi avec des gens plus âgés que moi. Mon frère Taulent et ses amis, par exemple. C’est peut-être cela qui m’a permis d’aller loin.

La frontière est parfois mince entre l’assurance et l’arrogance…

Je ne suis pas arrogant. Les gens qui me connaissent savent qui je suis. Après, c’est comme dans la vie: il y a des gens qui t’aiment bien et d’autres pas. Moi je suis quelqu’un de droit et franc. Quand quelque chose me déplaît, je le dis en face de la personne, devant toi, devant un micro, ou devant une camera. C’est comme cela que je fonctionne et que je continuerai de fonctionner.


Attention, danger, ça va vite!

Ce qui attend les Suisses face au Brésil

Le 3 juin, la Suisse s’en est allée à Vila-real pour se frotter à l’Espagne. Un test grandeur nature avant le Mondial, qui répondait à une logique simple: la Roja prive son adversaire du ballon, le Brésil devrait faire de même dimanche face à la sélection helvétique lors de son premier match dans ce groupe E, donc autant s’entraîner à former un bloc contre un cador qui oblige à subir.

C’est bien. Sauf que le Brésil, ce n’est pas l’Espagne. Dans leur «tiki-taka» qui multiplie les passes, les Espagnols soustraient effectivement la balle à l’adversaire, mais en cherchant patiemment l’ouverture, en bougeant le bloc défensif qui lui fait face. D’abord la possession, ensuite la recherche d’une solution, enfin la verticalité quand l’occasion se dessine. Les Brésiliens sont bien sûr capables d’adopter le même schéma. Mais le plus clair du temps, la Seleção se développe beaucoup plus vite que la Roja. C’est dans la transition défense-attaque que le Brésil est impressionnant: une faculté à chercher immédiatement la passe qui fait mal, le jeu vertical très vite. La technique au service de l’efficacité, avec une projection vers l’avant non seulement des milieux, mais aussi des latéraux qui montent d’un cran. La percussion et la précision des passes dans les demi-zones font souvent mouche, et il faudra une discipline de tous les instants aux Suisses pour ne pas perdre le nord.

Les Brésiliens cultivent aussi l’art de «dézoner». C’est Coutinho qui vient soutenir Gabriel Jesus (attention aux deuxièmes ballons qui seront ressortis par les Suisses), c’est Neymar qui pique vers le centre, laissant Marcelo plonger sur le flanc gauche, c’est Willian qui en fait pareil pour Danilo de l’autre côté. De quoi donner le tournis. Faut-il pour autant croire que la Suisse n’a pas assez d’arguments pour enrayer la machine auriverde? Non. Mais les hommes de Petkovic n’auront pas le droit à l’erreur. Ils sont condamnés à la perfection, notamment quand il s’agira de remonter le ballon. L’erreur technique se paie souvent cash face à ce Brésil qui n’a plus rien à voir avec celui de 2014. Le flanc gauche du Brésil va peut-être donner des sueurs froides à la Suisse. Il y a Marcelo, Coutinho, Neymar, qui sont prêts à profiter des moindres espaces. Si Petkovic reste fidèle à son 4-2-3-1 avec Shaqiri à droite, devant Lichtsteiner, nul doute qu’il devra apporter des sécurités supplémentaires pour épauler ces deux-là. Sinon, il aura préparé dans le secret du huis clos un système plus prudent. Et puis on ne sait pas si la Suisse aura beaucoup d’occasions, mais une chose est sûre: si elle veut rêver d’exploit, elle devra saisir la moindre chance. Tout un programme. D.V.

Créé: 15.06.2018, 22h12

Ils voient bien les Suisses créer d’emblée un exploit dimanche face au Brésil de Neymar

Éric Pédat (ancien gardien)



«Un gros match de Sommer: 1-1»

«Si les Suisses tiennent bon durant les trente premières minutes, je pense que c’est jouable. Avec un grand Sommer dans les buts et un peu plus de baraka qu’il y a quatre ans face à l’Argentine, il est possible de répéter une grosse perf comme face à l’Espagne en 2010.» C.MA.

Caroline Abbé (joueuse du FC Zurich Frauen)



«Jamais au top au début: 1-1»

«Je vais forcément tenir pour la Suisse, en me disant que les grandes équipes ne sont jamais au top au début. Je pense que si on est bien compact défensivement, en évoluant en contre, on a des chances d’en marquer un. Je mise sur un bon 1-1.» C.MA.

John Dragani (entraîneur du Stade Nyonnais)



«Je vois bien le même coup que la Suisse avait joué à l’Espagne en 2010 et un succès de 0-1: une domination stérile du Brésil et une grosse abnégation en défense des Suisses. Cela n’empêchera pas ensuite les Sud-Américains d’être champions du monde!» C.MA.

Léonard Thurre (ex-international)



«Le Brésil est sur sa planète: 2-0»

«Avec des joueurs qui évoluent sur une autre planète, le Brésil risque bien d’être un adversaire trop fort pour les Suisses. Même s’ils sont toujours capables de nous surprendre. Allez, 2-0 pour le Brésil et les Helvètes qualifiés ensuite en huitièmes». C.MA.

Michel Pont (ancien adjoint de l’équipe de Suisse)



«Je vois un 0-1, Gelson à la 88e»

«Même si le Brésil c’est le Brésil et qu’il peut très bien y avoir un 6 à 1, j’ai l’intime conviction que les Suisses vont réaliser un gros match. Je vois bien un but de Gelson Fernandes à la 88e. Mais tout ne se jouera pas sur ce match.» C.MA.

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