Comment Gianni Infantino a plié face au PSG

Football LeaksAlors secrétaire général de l’UEFA, le Suisse a validé un contrat entre le PSG et le Qatar qui ne respectait pas les propres règles de son organisation.

Le Suisse Gianni Infantino, 48 ans, est aujourd’hui président de la FIFA. Il a succédé à Sepp Blatter.

Le Suisse Gianni Infantino, 48 ans, est aujourd’hui président de la FIFA. Il a succédé à Sepp Blatter. Image: DR

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Nous sommes le 19 avril 2014, au Stade de France, à quelques minutes de la finale de la Coupe de la Ligue qui oppose le Paris Saint-Germain (PSG) à l’Olympique Lyonnais. Dans les gradins, les fans piétinent d’impatience à l’idée de voir Zlatan Ibrahimovic et Edinson Cavani dans leurs œuvres. Dans les entrailles du stade se joue un acte qui façonnera le paysage des clubs de foot pour les années à venir. Au poste de meneur de jeu: Gianni Infantino. Le Suisse, alors secrétaire général de l’UEFA, parvient en secret à un accord avec le PSG. Il court-circuite ses propres experts de l’UEFA et donne son accord à l’injection de centaines de millions de dollars venus du Qatar. Le rôle joué par celui qui est aujourd’hui président de la FIFA est mis en lumière par Football Leaks.

Promesse rompue

Avec l’accord PSG-Qatar, Gianni Infantino rompt une promesse. Celle d’être intraitable avec ce mal qui ronge le football: le «dopage financier». Soit l’injection par des milliardaires de montants colossaux dans des clubs. Conséquence directe? Les prix des joueurs explosent à tel point que les clubs sans investisseurs richissimes ne peuvent plus régater. Ils doivent accepter de disparaître de l’élite ou de s’endetter dangereusement.

«Nous appliquerons les peines les plus sévères en cas de violation des règles»

Depuis 2010, l’UEFA impose aux clubs des règles de «fair play financier» qui ont deux objectifs. D’une part, elles doivent assurer que les clubs ne s’endettent pas trop fortement. Un objectif qui serait désormais atteint, comme l’UEFA et la FIFA le soulignent dans une prise de position. D’autre part, ces règles interdisent aux riches propriétaires de clubs d’injecter des milliards dans leur équipe par le biais de contrats de sponsoring ou de publicité gonflés. En mai 2011, Gianni Infantino affirmait dans une interview au site Goal.com: «Nous appliquerons les peines les plus sévères en cas de violation des règles.»

Pourtant, en août 2012, l’Office du tourisme qatarien signe un surprenant contrat avec le PSG. Il prévoit que ce dernier recevra jusqu’à 215 millions d’euros par an en moyenne sur cinq ans, soit plus de 1 milliard au total. Les Qatariens vont même payer rétroactivement pour la saison 2011-2012, alors que le contrat n’existait pas. En échange de quoi? Même pas un logo sur les maillots. Le club s’engage seulement à être disponible pour des «activités promotionnelles», qui ne sont pas définies plus précisément, et à autoriser le Qatar à utiliser son nom.

Difficile d’imaginer une violation plus claire du fair-play financier. Plusieurs rapports commandés par l’UEFA aux plus grands experts et figurant dans les Football Leaks sont explosifs: Octagon, la société de conseil la plus réputée du monde en matière de droit du sport, rend par exemple une analyse de 116 pages de l’accord. En comparaison avec les contrats de huit autres clubs de premier plan comme le Real Madrid ou le Bayern de Munich, le paiement des Qatariens dépasse de 7186% la valeur maximale attendue pour ce type de prestation. La contrepartie reçue par le Qatar de la part du PSG ne vaudrait pas 215 millions d’euros par an en moyenne comme indiqué dans le contrat, mais seulement 2,78 millions. L’investissement serait «massivement surévalué».

Rencontre à Nyon

Aujourd’hui, le PSG conteste cette analyse. Le club écrit qu’il s’agit d’un contrat de nation branding dont le but est de donner une image positive du Qatar. Ce serait la contrepartie des investissements massifs. Octagon a comparé le contrat qatarien avec des partenariats stratégiques sur le long terme, comme ceux signés par le Comité international olympique. Conclusion: sous cet angle aussi, le contrat avec le Qatar apparaît «massivement gonflé».

Le 27 février 2014, une réunion s’organise entre Gianni Infantino, le président de l’UEFA, Michel Platini, et le président qatarien du PSG, Nasser Al-Khelaïfi. Elle a lieu à Nyon. Nasser Al-Khelaïfi se serait montré offensif, selon des insiders: ce n’est pas dans l’intérêt de l’UEFA de s’en prendre à l’État du Qatar, aurait-il déclaré. Le camp du PSG demande à négocier un accord directement avec Gianni Infantino et Michel Platini, court-circuitant ainsi les instances de l’UEFA chargées de faire respecter le fair-play financier. Gianni Infantino accède à cette requête. Les documents de Football Leaks révèlent qu’à partir du 10 mars 2014, il négocie en secret avec le PSG et son président. Jusqu’à donner son feu vert le jour de la finale de la Coupe de la Ligue.

Contactée, l’UEFA explique que ce type d’accord avec les clubs est possible lorsqu’il existe un business plan «suffisamment fiable» qui prévoit que le club va se mettre en conformité. Dès le début des négociations, l’UEFA implorait d’ailleurs les Qatariens de les aider à rendre ce contrat plus crédible.

La FIFA, qui nous a répondu au nom de Gianni Infantino, ne prend pas position sur les détails des négociations avec la PSG et le rôle qu’a joué le Suisse à l’époque. Mais elle indique que le secrétaire général de l’UEFA a le droit, dans ces circonstances, d’«aider à trouver une solution».

Les mesures de l’UEFA contre le dopage financier des riches mécènes ont perdu une grande partie de leur effet dissuasif. Les années suivantes, les salaires des joueurs et les sommes de transfert ont atteint de nouveaux records. Le PSG a acheté les deux buteurs Neymar et Mbappé pour plus de 400 millions d’euros. Les transferts les plus chers de l’histoire.

Et Gianni Infantino? Cela ne l’a pas empêché de devenir, deux ans plus tard, président de la FIFA et donc l’homme le plus puissant du football (TDG)

Créé: 02.11.2018, 17h59

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