Un consultant peut-il vraiment tout dire à la télévision?

FootballEn France, les propos graveleux de deux consultants sont devenus une affaire d’État. Qui ne devrait jamais se produire en Suisse.

Léonard Thurre, ici sur le plateau de la RTS avec Pierre Poullier, n’est pas là pour faire un scandale ou un numéro de cirque. Image: CAPTURE D’ÉCRAN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Parce qu’il n’est pas du genre à jouer «carpe sur table», Gabet Chapuisat, consultant sur Teleclub, ne peut pas s’empêcher de pouffer. «Sur le plateau, je suis le seul qui pourrait déraper. Les autres sont tous de bons élèves.» L’ancien enfant terrible du foot suisse n’est jamais loin du carton jaune lorsqu’il s’attaque à un arbitre supposément fautif. Mais l’homme est trop malin pour tomber dans le piège de la facilité, contrairement à jeudi dernier sur le plateau de RMC (lire encadré). À l’instar de ses collègues de Teleclub, il suit scrupuleusement la ligne de conduite «pleine de sobriété» définie par sa direction.

«Maintenant, sans les excuser, on connaît Daniel Riolo et Jérôme Rothen, poursuit Gabet Chapuisat. Ce sont des déconneurs. Alors oui, là ils ont fait fort, mais leurs propos ne m’ont pas vraiment choqué. La «deuxième division» m’a même fait un peu rigoler. Mais je comprends qu’aujourd’hui, on s’indigne. On doit vraiment faire attention à tout ce qu’on dit car tout est mal interprété. C’est même devenu une affaire d’État où la ministre s’en est mêlée. Je pensais qu’en France, les politiciens avaient pourtant d’autres chats à fouetter.»

Ancien joueur du Servette FC, de Sion et de Lausanne-Sport, Léonard Thurre est également engagé sur la RTS lors des entourages des matches de football. «On ne peut pas comparer un rôle de consultant avec une émission de talk-show, précise d’emblée le Lausannois. Nous, on parle d’un match, de technique, d’un ressenti d’ancien joueur devenu consultant. Je sais qu’il y a une telle surenchère sur l’audimat en France que le buzz y prime avant tout. Cela donne une mauvaise image et c’est nul. Mais sur la RTS, on ne va pas commencer à tenir ce genre de débat. La seule chose qu’on nous demande, c’est de bien tenir son micro et ne pas se couper la parole…»

Le buzz pour le buzz

Yves Débonnaire, invité de temps en temps à amener sa vision sur notre télévision, estime qu’à l’antenne, il y a une question de respect. «La direction de la chaîne ne nous donne pas vraiment de consignes, mais elle sait qu’avec nous, elle ne prend pas trop de risques, sourit l’instituteur vaudois, coach des M18 à l’ASF. Tu peux amener une critique par rapport à un entraîneur ou un joueur, mais il y a des limites que tu ne dois pas dépasser. Le problème est qu’en France, on veut faire de l’audience. Alors les gars, s’ils veulent être écoutés, ils doivent aller dans l’extrême.»

Souvent branché sur L’Équipe 21, qu’il apprécie, Gabet Chapuisat estime toutefois qu’en Suisse, «cela manque de vie», qu’on pourrait oser un peu plus. «Chez nous, on prend trop de pincettes, sourit le père de Stéphane. Moi, j’aimerais bien une télévision un peu plus agressive. C’est ce qui fait le succès de L’Équipe 21. Ce ne sont pas des fonctionnaires, ils ne déconnent pas, ils disent ce qu’ils pensent.»

Une télévision suisse trop lisse? Cela fait réagir Léonard Thurre, qui ne partage pas du tout cet avis. «Cela veut dire quoi oser plus? Cela signifie-t-il qu’on ne critique pas assez? On donne notre sentiment par rapport à notre vécu. Comme j’ai été joueur, si une action ne me plaît pas, je vais le dire, pourquoi il fallait passer à gauche plutôt qu’à droite. En même temps, j’essaie de garder le recul nécessaire, je ne vais pas forcer ma personnalité. Certains comme Stéphane Henchoz sont plus acerbes. Chacun a le droit de penser ce qu’il veut. Mais faut-il être agressif ou méchant pour être pertinent?»

«Intolérable»

Comme l’ex-attaquant, Yves Débonnaire est content de parler de foot à la télévision. «Je préfère être un peu trop lisse et porter mes idées sur le jeu plutôt que de déraper sur la femme de l’entraîneur dans cette époque un peu folle où chacun crache sa haine.» Dernier arrivé sur la RTS, Carlos Varela estime avoir une liberté totale dans ses propos.

«En Suisse, on a souvent de la peine à dire ce qu’on pense. Comme consultant, je songe toujours à ce que veut entendre le téléspectateur. J’étais déjà comme ça en tant que joueur. On m’a souvent reproché de trop parler, mais je me suis toujours battu pour rendre des interviews intéressantes. Cela dit, on n’a pas le droit de juger les femmes ainsi, c’est un scandale. C’est tellement machiste de mettre des notes sur le niveau de beauté. Comme si M. Neymar devait avoir la plus belle. On est en train de se battre pour l’égalité, pour le foot féminin, alors c’est intolérable.»

Créé: 12.06.2019, 21h11

«Une nana de 2e division»

«Quand tu t’appelles Neymar et que tu peux avoir tout ce que tu veux, t’évolues en Champions League et tu fais venir un avion de chasse, pas une nana de 2e division qui joue les barrages.»

Le mauvais tacle a été glissé un jeudi soir, le 6 juin à 22 h 50, dans l’émission «After foot», sur la chaîne RMC. Il faisait suite aux révélations d’une jeune Brésilienne qui accuse la star du PSG de l’avoir violée, le 15 mai, dans un hôtel parisien. Le journaliste Daniel Riolo et l’ancien international français Jérôme Rothen
ont lâché «un truc un peu c…» qui allait forcément faire du buzz.

Ce duo connu pour alimenter la polémique a cru bon de cracher son venin sur cette fille qu’il jugeait plastiquement indigne
du No 10 de la Seleçao. Les deux spécialistes, qui s’étaient lâchés sur le physique de Najila Trindade, ont été écartés de l’antenne après leurs propos dénigrants et injurieux. Ils ont suscité l’indignation générale, sur les réseaux sociaux, dans le grand public, mais aussi au sein du milieu politique, notamment de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

C.MA.

«Une nana de 2e division»

«Quand tu t’appelles Neymar et que tu peux avoir tout ce que tu veux, t’évolues en Champions League et tu fais venir un avion de chasse, pas une nana de 2e division qui joue les barrages.»

Le mauvais tacle a été glissé un jeudi soir, le 6 juin à 22 h 50, dans l’émission «After foot», sur la chaîne RMC. Il faisait suite aux révélations d’une jeune Brésilienne qui accuse la star du PSG de l’avoir violée, le 15 mai, dans un hôtel parisien. Le journaliste Daniel Riolo et l’ancien international français Jérôme Rothen
ont lâché «un truc un peu c…» qui allait forcément faire du buzz.

Ce duo connu pour alimenter la polémique a cru bon de cracher son venin sur cette fille qu’il jugeait plastiquement indigne
du No 10 de la Seleçao. Les deux spécialistes, qui s’étaient lâchés sur le physique de Najila Trindade, ont été écartés de l’antenne après leurs propos dénigrants et injurieux. Ils ont suscité l’indignation générale, sur les réseaux sociaux, dans le grand public, mais aussi au sein du milieu politique, notamment de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu.

C.MA.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...