À Carouge, la gestion du club est pointée du doigt

FootballLa Ville se dit «consternée» par un audit, l’ex-président contre-attaque, le nouveau continue à croire en son projet.

Grisaille au stade de la Fontenette, après un audit rendu par la Cour des comptes à propos de la gestion d’Étoile Carouge.

Grisaille au stade de la Fontenette, après un audit rendu par la Cour des comptes à propos de la gestion d’Étoile Carouge. Image: Laurent Guiraud

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Étoile Carouge, c’est le club bonnard par excellence, populo, familial, qui cultive avec passion l’amour des gamins qui courent derrière un ballon – et en plus, la première équipe est en tête du classement de première ligue. Bref, les gens de la Fontenette avaient tout pour passer un bel hiver, d’autant que les joueurs ont droit à une semaine au soleil (lire ci-contre). Mais voilà le ciel assombri par l’audit que vient de rendre la Cour des comptes à propos de la gestion du club. La Ville de Carouge s’est déclarée «consternée», mercredi, par le biais d’un communiqué.

L’enquête, sollicitée à la mi-octobre 2018 par le nouveau président, Michael Palma, concerne la période allant du 1er juillet 2014 au 30 juin 2018, soit les quatre dernières années de fonction de Pierre-Alain Brodard, son prédécesseur. En plus de dénoncer une gestion «insuffisamment rigoureuse», fondée sur «une documentation très sommaire, voire inexistante», le rapport épingle ce que Michael Palma appelle «des maladresses, en espérant que cela ne soit pas de la malveillance».

Outre le voyage d’une équipe en Chine au printemps 2018, financé à travers un compte non déclaré, la direction aurait jonglé avec quelques voitures et un ou deux appartements – un peu comme de nombreux clubs de foot. Tel sponsor n’apparaissait pas dans les bilans. Des justificatifs de frais se sont évaporés et le contrat de travail d’une employée, dont les horaires n’ont pu être vérifiés, n’a pas été fourni.

«Faire taire les bruits»

«Je ne veux pas être parano, mais ce rapport cible plus la famille Brodard que la gestion d’Étoile Carouge, tonne Pierre-Alain Brodard. On veut faire croire que ma femme a bénéficié d’un emploi fictif? C’est mon prédécesseur Luc Perret qui l’avait engagée voici vingt ans et, après tout ce qu’elle et moi avons donné à ce club où je suis né, que j’aime et dont mes parents sont membres d’honneur, c’est navrant d’entendre ça. Plein de gens émettent des bruits que je veux faire taire.»

Autre exemple de flou: entre les recettes estimées à la buvette lors de la saison 2016-2017 et le montant déclaré, il y a 40 000 francs d’écart. «À mes yeux, c’est l’élément le plus problématique», souligne Stéphanie Lammar, conseillère administrative, qui assure par ailleurs que les «relations entre la Ville et le club ont toujours été excellentes». «Dans un stade de foot, on n’arrête pas de payer des verres, il y a un coulage qu’il n’y a pas dans un bistro», se défend l’ex-dirigeant, patron du Café du Marché.

Pierre-Alain Brodard admet «quelques négligences, une gestion un peu à l’ancienne». «Mais je ne suis pas un voleur ni le gars qui est parti après avoir mis la merde sous le tapis! rage-t-il. J’ai toujours transmis une comptabilité validée par un organe agréé par la Confédération. En quatorze ans, j’ai eu trois contrôles AVS; les trois fois, on m’a rendu de l’argent.»

Pour plaider sa bonne foi, l’homme s’appuie sur un autre audit, commandé par une Ville de Carouge «un peu alertée par la situation financière du club» et rendu au printemps 2018, sans dénoncer le moindre souci. Michael Palma, jusqu’à preuve du contraire, n’en veut pas à son prédécesseur: «Rien ne m’est tombé sur la tête, j’étais au courant du surendettement au moment de la reprise», dit-il. Le trou, qui était alors de 210 000 francs, a depuis été réduit à environ 150 000, «dans l’espoir de régler ça au plus vite».

Michael Palma verra d’ici à l’assemblée générale du 15 février quelles éventuelles suites à donner à l’affaire. «La question est de savoir s’il faut entreprendre des démarches et contre qui. On n’a pas encore assez d’éléments, on doit prendre un avocat et j’ai envie de consulter les membres.» En attendant, il s’agit de faire de l’ordre dans la maison, de veiller plus que jamais à la juste utilisation des quelque 900 000 francs de subventions que perçoit Étoile Carouge – dont près de la moitié de la Ville.

«L’avenir n’est pas prétérité, nous avons envie de continuer à soutenir ce club ancré dans l’ADN de Carouge», lance Stéphanie Lammar, tout en promettant des analyses plus approfondies. «Tout cela ne m’ébranle pas, je ne baisse pas les bras», assure Michael Palma. Première mesure: une nouvelle dame s’occupera de la buvette de la Fontenette, qui sera dotée d’une caisse enregistreuse.


Pendant ce temps-là, à Ibiza

D’Ibiza, où il est depuis lundi en camp d’entraînement avec son équipe, Jean-Michel Aeby n’a pas trop envie de commenter les affaires qui touchent Étoile Carouge. Comme si la douceur espagnole et les «superconditions de travail» devaient éclipser frimas et tracas genevois. «Ici, entre nous, on ne parle pas de ces histoires, assure l’entraîneur stellien. On se concentre sur ce qu’on a à faire, on donne le maximum pour progresser et bien préparer ce 2e tour (ndlr: reprise le 2 mars à Lausanne contre Azzurri). On profite d’avoir cette semaine à vivre ensemble, comme des professionnels, pour travailler et solidifier un groupe.»

Un stage hivernal que les dirigeants avaient promis à l’équipe si celle-ci atteignait la pause parmi les deux premiers – Étoile Carouge est leader de première ligue. «Une parole tenue» et «une récompense méritée», comme le souligne le coach, dont le discours et les ambitions ne sont pas altérés par les problèmes administratifs du club.

«Je suis entraîneur et j’ai une mission qui consiste à atteindre les objectifs de l’équipe, à savoir les finales puis l’ascension en Promotion League.»

Jean-Michel Aeby, dont le mercato s’est limité à l’arrivée d’un Djamel Mesbah à cours de forme, n’a sans doute pas vu tous ses souhaits en termes de recrutement exaucés. Mais il n’en dira pas un mot. Esprit constructif, volonté intacte: «Je pense, au plus proche de ma conscience, que le club est en de bonnes mains et que nos dirigeants apporteront les réponses qu’il faut à la situation. Je le répète: pour nous, tout cela n’est pas un thème.» S.M.

(TDG)

Créé: 07.02.2019, 07h02

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