À Genève, un master en football a trouvé son public

FootballLancée en 2017, la Football Business Academy propose aux étudiants du monde entier de se former à l’industrie du ballon rond

Les fondateurs de la Football Business Academy. Debout de g. à dr.: Yves Hervieu-Causse, Patrick Casteau et Tanguy de La Fontaine. Assis de g. à dr.: Kristian Dobrev et Dorian Esterer.

Les fondateurs de la Football Business Academy. Debout de g. à dr.: Yves Hervieu-Causse, Patrick Casteau et Tanguy de La Fontaine. Assis de g. à dr.: Kristian Dobrev et Dorian Esterer. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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«Le concept est validé». Le lexique rappelle celui des nouveaux entrepreneurs. Le discours de Dorian Esterer s’y prête tout à fait. Ce diplômé de l’École hôtelière de Lausanne n’a de toute manière aucun mal à reconnaître que l’entreprise qu’il a cofondé est une start-up. Ce Genevois n’a pas développé d’application révolutionnaire. Par contre, depuis un peu plus de deux ans, il propose un master en football dédié aux étudiants du monde entier et dont le siège est à Genève.

En mars, la FBA, pour Football Business Academy, accueillera déjà sa sixième volée (deux rentrées par année, une en mars, une en septembre, sont agendées). Preuve que le projet fonctionne et a trouvé son public? «Je suis très honnête, convient celui qui est le CEO. On a démarré très vite, puis il y a eu un petit creux. Cela fait partie de la vie d’une start-up. Mais cela a repris et nous avons déjà enregistré vingt-sept étudiants pour la prochaine rentrée. Et puis 90% des étudiants ont trouvé un emploi dans le monde du football dans les trois mois qui ont suivi l’obtention du diplôme.» Voilà pour la situation.

«Du business appliqué»

Plus concrètement, l’idée d’un master en football a germé dans l’esprit de Dorian Esterer face au constat que «le foot était malade.» En clair: face à la fatigue de voir les scandales se multiplier au plus haut niveau des instances internationales (à l’instar de la FIFA, notamment), il devenait important d’avoir des personnes spécifiquement formées aux enjeux de l’industrie du football. Et quelles sont les différences avec d’autres programmes privés, tels les nombreux MBA qui pullulent sur l’arc lémanique? «Nous faisons du business appliqué, explique le cofondateur, âgé de 30 ans. Les mêmes matières vont être trouvées ailleurs. Mais le football est une industrie à part entière. En comptabilité par exemple, le joueur est un actif, et non une charge.»

Autre argument de vente, constamment rappelé par le patron: le côté pratique et «pragmatique» de cette formation d’une année, qui prend vite le pas sur le côté académique. Peu de chances donc de voir un jour ce master proposé dans une université publique. Ce n’est pas le but. Il y a des sessions de cours, bien sûr. Deux modules en ligne, de trois mois chacun, où les leçons sont données en direct, et deux mois à Genève, où tous les étudiants sont réunis. Le reste? Une semaine à Miami, pour participer à Soccerex, une espèce de gigantesque salon où sont réunis tous les acteurs de l’industrie du football, ainsi qu’un stage de quatre mois attribué d’office au sein de l’un de la vingtaine de partenaires (clubs, institutions, agences marketing, etc.) que compte le master. Bref, une volonté de mettre en contact direct les étudiants et leurs futurs employeurs.

Réseau au cœur du milieu

L’employabilité à la sortie, c’est ce que revendique Dorian Esterer. «Le label FBA, c’est que chaque étudiant a une relation privilégiée avec au minimum 80 personnes et a une facilité d’accès à plus de 2500 autres, grâce aux différents professeurs et intervenants.» Tous les enseignants sont en effet directement issus du monde du football, parmi lesquels Jérôme Champagne (ex-candidat à la présidence de la FIFA), Dennis Thom (chef du marketing au Borussia Dortmund) ou encore l’ancien joueur français et aujourd’hui entrepreneur Louis Saha.

Qu’en pensent les étudiants? Issu de la troisième volée, Mikael Coelho, un des quelques Genevois à avoir suivi la formation, voit dans «la qualité des cours et des professeurs certainement la plus grande force de ce master. Et puis il est très professionnalisant. En fin de cursus, nous devons travailler pendant dix semaines sur un projet dédié à un club ou une entreprise. J’ai par exemple dû me pencher sur le partenariat entre le FC Barcelone et son sponsor Beko.» Le master propose du concret, donc. Mais il ne s’agit pas de se reposer sur ses lauriers, face à un monde du football en perpétuel mouvement. «Nous allons adapter le programme des cours aux besoins des étudiants et de l’industrie, souligne Dorian Esterer. Par exemple, nous allons proposer des leçons ayant trait à l’e-sport, au management d’un club ou à la question des agents. Il faut travailler avec l’industrie et comprendre sa réalité.» Histoire de garantir un avenir au concept.


«Conserver nos valeurs suisses»

Le programme de la Football Business Academy a un côté aguicheur, pour toute personne ambitionnant de vivre le foot au quotidien. Son prix a de quoi refroidir les ardeurs: 30'000 francs. Une somme non négligeable, bien qu’elle comprenne tous les déplacements sur le terrain que propose la formation.

Suffisant pour être attractive? Il faut le croire: «En deux ans, des étudiants de 31 nationalités différentes ont suivi le cursus, détaille Dorian Esterer. Notre marché, c’est le monde entier.» Et puis la concurrence ne propose pas forcément un meilleur rapport qualité-prix. Les taxes d’études du FIFA Master du CIES de Neuchâtel s’élèvent par exemple à 25'000 francs, mais en ne comprenant que ce qui a trait directement aux cours. À l’international, l’Université de Bruxelles propose un programme similaire pour 40'000 euros, celle de Liverpool pour plus de 30'000 francs, le Cruyff Institute a différentes options à choix, variant entre 8'000 et 18'000 euros, dont l’un en partenariat avec le FC Barcelone et son Barça Innovation Hub.

«Nous avons de la concurrence, mais nous sommes uniques, affirme le cofondateur. Là où nous faisons la différence, c’est que nous avons 90% de nos étudiants qui trouvent un job.» La proportion ne peut être complètement définitive, d’autant plus que les ambitions ne manquent pas: «Nous allons nous développer, nous internationaliser encore plus. Mais je veux que l’on conserve nos valeurs suisses. Nous nous donnons une limite pour garder de la qualité. Cela serait acceptable de descendre à 80% de taux d’emploi. Mais pas plus bas.» V.S.

Créé: 03.12.2019, 21h27

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