Un grand tournoi en vue, une habitude nécessaire

FootballLa Suisse a toutes les cartes en main pour se qualifier pour l’Euro. Elle doit maintenant valider son ticket dans la dernière ligne droite.

Le 12 novembre 2017, la Suisse fêtait sa qualification pour la Coupe du monde 2018. Elle espère une nouvelle issue favorable.

Le 12 novembre 2017, la Suisse fêtait sa qualification pour la Coupe du monde 2018. Elle espère une nouvelle issue favorable. Image: Keystone

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A banaliser la réussite, on en oublierait presque l’essentiel: la Suisse n’a raté qu’une seule phase finale d’un grand tournoi depuis 2004. C’était l’Euro 2012 (Hitzfeld à la barre) pour le seul écueil. On pourra toujours dire qu’elle organisait l’Euro 2008 et y était donc qualifiée d’office, qu’elle a souvent eu des tirages de groupes éliminatoires favorables, ou encore qu’il est désormais plus facile de disputer un Euro à 24 équipes, il n’empêche: la régularité des performances au XXIe siècle est unique. D’ailleurs, si tout le monde attend désormais comme une évidence un succès en huitième de finale, c’est que les mentalités ont évolué et que la déception aux portes des quarts de finale, en 2014, en 2016 et en 2018, se mesure justement à l’aune de ces nouvelles espérances.

Mais la Suisse n’en est pas encore là cette année. Pour l’heure, elle a corrigé le tir quand il le fallait, dans ces éliminatoires de l’Euro 2020, pour se replacer dans les meilleures conditions, avec son succès 2-0 d’il y a un mois à Genève, face à l’Irlande. Elle a toutes les cartes en main aujourd’hui, au moment de recevoir la Géorgie et avant un ultime déplacement à Gibraltar. Rien d’insurmontable, tout d’une formalité. Une vérité qui ne se dit pas, bien sûr.

L’appétit vient en mangeant

Il fut un temps où, à la veille d’un bonheur qualificatif à un grand raout, une forme d’effervescence s’emparait des joueurs, même à la veille de ces matches «faciles» qui n’en étaient pas. Aujourd’hui, rien de tout cela. Une concentration humble, une assurance solide. Les mentalités ont changé. Gelson Fernandes, ex-international jusqu’au Mondial 2018, en sait quelque chose.

«Ce n’est jamais normal de se qualifier pour un grand tournoi, rappelle-t-il. Mais c’est clairement devenu un objectif fixe à chaque fois depuis plusieurs années. Je crois que l’évolution la plus importante est la faculté qu’a la Suisse de battre des adversaires inférieurs à elle, désormais. Je ne dis pas que c’est toujours simple, mais ces matches-là, elle les gagne maintenant. Ce n’était pas toujours le cas avant.»

La Suisse n’est ni la France ni l’Allemagne ou l’Espagne, elle n’en a ni le réservoir de joueurs ni les moyens, mais elle s’est imposée comme incontournable. Et elle doit se montrer à la hauteur de son statut. «Je ne sais plus trop comment cela s’est manifesté au sein de l’équipe, cette évidence de devoir participer à tous les grands tournois, lance Gelson Fernandes. Mais cette mentalité qui s’est imposée, c’est aussi la démonstration que l’appétit vient en mangeant. Quand on vit une phase finale, on ne veut qu’en revivre une autre, la suivante.»

La force de l’habitude. Qui veut même qu’on tienne pour acquis une participation à un quart de finale. Plus encore quand, en huitième de finale, il y a la Pologne (Euro 2016) ou la Suède (Mondial 2018), ces adversaires étant à tort ou a raison considérés de facto comme prenables, voire inférieurs. Là aussi cela raconte un changement de mentalité et le nouvel appétit des supporters. Là encore, Gelson Fernandes nuance. «Je crois qu’il faut surtout se rendre compte du nombre de nations qui ne participent même pas à une phase finale, dit-il. Ce que la Suisse accomplit est très fort. On peut être déçu de ne pas aller en quart de finale, c’est vrai, on l’a tous été en 2018. Mais la vraie déception devrait être de ne pas figurer en huitième de finale. Or nous y sommes maintenant.» Les trois dernières fois, c’est vrai, en 2014, 2016 et 2018.

Trésor de guerre

L’enjeu d’une qualification à l’Euro 2020 se dessine ici, dans ce besoin de garder le cap pour avoir une chance d’aller plus loin. Et puis, en filigrane, il y a également la nécessité. Elle est plus triviale, plus financière. La Suisse qui participe à la phase finale d’un grand tournoi, cela représente un coût, mais aussi un bénéfice qui remplit les caisses du football suisse (au final, un bénéfice net à partager entre l’ASF et la SFL, plus de 1 million chacun).

Philippe Hertig, responsable des finances à l’ASF, ne le sait que trop bien. «D’un côté on trouve que cela est devenu normal, même pour un petit pays du foot comme la Suisse, de l’autre il y a tout un travail de fond pour en arriver là, lance-t-il. Cela suppose des investissements que nous pouvons financer grâce aux participations aux grands tournois.»

L’ASF a des réserves, une sorte de trésor de guerre. Mais sa géométrie reste limitée. «Nous pourrions manquer un grand tournoi sans redéfinir financièrement les contours des projets que l’on soutient, explique Hertig. La machine continuerait d’avancer sur le même standing. Mais on ne pourrait pas être absent deux fois de suite sans que cela n’ait de conséquences sur les projets développés, qui seraient alors redéfinis. Nous élaborons sans cesse différents scénarios, allant du meilleur au pire, pour être prêt le cas échéant.»

La Suisse a deux matches pour maintenir le cap et éviter à Philippe Hertig, à l’ASF, à la SFL et à ses supporters des sueurs froides.


Le sprint final sous la loupe

Il reste deux matches à la Suisse, soit six points en jeu. 6 points: qualification assurée. La Suisse termine à 17 points, soit à l’une des deux premières places directement qualificatives.
4 points: qualification assurée aussi. La victoire sur l’Irlande a donné le bonus suffisant dans le cas d’une égalité à trois équipes. Dans ce cas, la Suisse et le Danemark iraient à l’Euro.
3 points: la Suisse finit à 14 points. Si l’on considère que le Danemark va s’imposer contre Gibraltar, tout dépend du Irlande - Danemark de mardi. Si les Irlandais s’imposent, la Suisse finit troisième. S’il y a nul ou victoire du Danemark à Dublin, la Suisse est qualifiée.
2 points: cela suppose un improbable nul à Gibraltar. La Suisse finirait à 13 points. Et elle serait pourtant qualifiée directement si le Danemark ne perd pas à Dublin.
1 point: le scénario misérable, mais qui existe mathématiquement. Alors? Alors la Suisse reste qualifiée si le Danemark bat l’Irlande mardi à Dublin! Elle finirait alors à égalité avec les Irlandais, mais aurait l’avantage de la confrontation directe (nul à Dublin et victoire à Genève). Moche mais possible.
0 point: la Suisse serait honteusement éliminée, mais pourrait encore s’offrir chichement un billet via les barrages de la Ligue des nations.

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Créé: 14.11.2019, 21h36

La passe de quatre

La Suisse reçoit la Géorgie à Saint-Gall ce vendredi soir, avant de s’envoler pour Gibraltar (match lundi). Elle doit gagner, comme elle en a pris l’habitude face aux «petits». Dans sa dernière ligne droite, cette génération dorée peut devenir la première à se qualifier pour quatre tournois majeurs de suite. Il y a déjà eu le Mondial 2014, l’Euro 2016 et le Mondial 2018: Vladimir Petkovic peut être ce sélectionneur qui incarnera le nouvel appétit suisse, résultats à l’appui. Stephan Lichtsteiner, en capitaine prudent, n’a pas voulu en parler, bottant en touche. «On en discutera une fois que cela sera fait», a-t-il dit. Rendez-vous est pris pour lundi soir.

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