Quand Boubacar Barry plonge dans ses souvenirs

FootballL’ancien portier de la Côte d’Ivoire, vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations en 2015, est venu parler de ce sacre à Genève.

Barry a eu la chance de jouer, notamment, la Coupe du monde en 2014, ici contre la Grèce.

Barry a eu la chance de jouer, notamment, la Coupe du monde en 2014, ici contre la Grèce. Image: Keystone

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Quand il se met à parler de sa carrière, son visage s’illumine et ses mains s’agitent. Surtout quand le portier replonge dans ce qui restera le plus beau souvenir de sa carrière. Boubacar Barry Copa, vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations en 2015 avec la Côte d’Ivoire, était de passage à Balexert mercredi, pour parler notamment aux portiers de l’Académie du Servette FC de cette finale de Bata, en Guinée équatoriale.

«Ce 8 février va toujours rester gravé dans ma mémoire, car cette date inoubliable est aussi celle de la naissance de mon fils», sourit cet Ivoirien de 37 ans, père de trois enfants, conscient que ce jour-là, il n’aurait jamais dû jouer cette rencontre face au Ghana. Mais voilà que Sylvain Gbohouo, qui avait eu la confiance d’Hervé Renard durant le tournoi, s’est blessé. «Il n’y a jamais de coïncidence dans la vie, estime cet homme très croyant. Dieu avait bien planifié les choses. C’est lui qui m’a donné la possibilité de jouer.»

Et Barry est devenu le roi des «Éléphants», le héros de tout un peuple, non seulement en se montrant intraitable dans sa cage, mais également en inscrivant ce onzième et dernier penalty lors de la séance de tirs au but décisive. «Mon passé de joueur m’a rattrapé, rigole-t-il. J’ai demandé à Dieu de me donner la force de réussir ce dernier tir. Après, c’est difficile à expliquer quelles étaient les émotions quand les filets ont tremblé!»

Le bruit des mitraillettes

Issu d’une grande famille très modeste, il n’oubliera jamais ce moment de liesse. «Mais le plus important est d’avoir pu ajouter une deuxième étoile sur notre maillot, renchérit celui qui avait perdu trois ans plus tôt en finale de la CAN, face à la Zambie. C’était très bénéfique pour notre pays. On a eu la chance d’être là au bon moment. Joueurs, dirigeants, on s’est battu tous ensemble pour que la Côte d’Ivoire retrouve la paix dans une nation où il y a plusieurs dialectes et ethnies. C’est une fierté d’avoir contribué à tout ça. Il y a eu des morts dans les rues pendant nos matches éliminatoires, ce n’était pas évident de vivre toutes ces souffrances.»

Avant ce sacre tombé du ciel, Boubacar a connu la peur à Abidjan, le bruit des rafales de mitraillette, des entraînements où il n’y avait même pas de ballon. «Aujourd’hui, la Fédération a effectué un travail de grande qualité dans notre pays, que ce soit au niveau des installations, des transports ou des hôtels. La nouvelle génération va pouvoir bénéficier de l’héritage des anciens.»

Boubacar Barry Copa, qui a passé dix saisons à Lokeren (BEL), n’a jamais défendu les buts d’un grand club européen, mais il a disputé trois Coupes du monde (2006, 2010 et 2014) et sept Coupes d’Afrique des nations. Respect. «Pour un petit gardien comme moi, c’est un honneur, grâce à Dieu, d’avoir pu disputer de telles grandes compétitions que tout joueur rêve de jouer. Je suis très reconnaissant envers toutes les personnes qui m’ont permis de franchir ces paliers.» Parmi elles, il y a Jean-Marc Guillou, Michel Decastel et Alex Frei, tous passés au Servette FC avant de croiser sa route. «Je dois beaucoup au football, qui m’a permis de voyager et de rencontrer de belles personnes. Elles m’ont aidé à prendre la bonne direction, poursuit-il. C’est fou, le destin. M. Guillou, en qualité de sélectionneur des «Éléphants», et Decastel, coach de l’ASEC Mimosas, ont beaucoup apporté à la Côte d’Ivoire. Quant à Frei, que j’ai côtoyé à Rennes, c’était un joueur de grande qualité.» En Bretagne, Barry était barré par Bernard Lama et Petr Cech!

À 37 ans, Boubacar Barry Copa prend désormais du plaisir dans les cages d’Oud-Heverlee Louvain (OHL), en 2e division belge, où il partage son expérience avec les jeunes du club, qui aiment tant plonger avec lui dans ses souvenirs…


«Thierry Barnerat, je lui dois tout!»

Barry et Barnerat sont très proches et complices. Photo: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

«Lui, c’est mon coach, mon père, mon frère! Je lui dois tout!» Boubacar Barry Copa ne tarit pas d’éloges quand il parle de Thierry Barnerat (53 ans). Surnommé le sorcier blanc, c’est lui, le Genevois, qui l’avait pris sous son aile en 2007, quand il est allé prodiguer ses conseils à Abidjan alors que le pays était en guerre. «Sa vie est un vrai scénario hollywoodien», souligne cet ange des gardiens, instructeur FIFA, à propos de son protégé, devenu un proche. «C’est un homme avec un charisme incroyable, qui a une honnêteté, une authenticité, qu’on trouve rarement dans ce sport, s’emballe celui qui s’est longtemps occupé, entre autres, de Marco Pascolo et de David Gonzalez. C’est quelqu’un qui est fidèle dans tout ce qu’il fait.»

L’Ivoirien reconnaît qu’il n’est pas le plus grand par la taille (180 cm), «pas le plus costaud du monde» non plus, mais que c’est son mental, renforcé par son coach, qui lui a permis d’effectuer cette belle carrière. «Avec lui, j’ai travaillé différemment, comme crier sur la plage «Sortez!» pour améliorer ma voix dans mes sorties», rigole celui qui avait reçu un SMS qu’il n’a pas oublié dix jours avant cette fameuse finale de la Coupe d’Afrique des nations contre le Ghana. «Je lui avais prédit que non seulement il jouerait, mais en plus, qu’il gagnerait ce match, confirme Thierry Barnerat, preuve à l’appui sur son smartphone. Ce soir-là, j’ai tellement crié devant mon poste de télé que la voisine a appelé la police. Elle croyait que je frappais quelqu’un», se marre l’entraîneur avant d’avouer: «Quand il a pris le ballon pour frapper, Barry avait ce regard qui ne trompait pas. Je savais qu’il allait marquer…»

Avec un tel professeur, le portier de Louvain envisage aujourd’hui de devenir, comme lui, entraîneur des gardiens. «Tout ce que Thierry m’a appris dans la vie va m’aider pour ma reconversion.» C.MA.

(TDG)

Créé: 08.11.2017, 20h05

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