Le Lion qui pourrait être indomptable avec la Nati

FootballDimitri Oberlin Calme dans la vie, explosif sur le terrain, le Vaudois de Bâle est à un moment charnière de sa carrière.

Dimitri Oberlin est arrivé au FC Bâle, en prêt, à l'été 2017. Le club rhénan l'a depuis mis sous contrat jusqu'au terme de la saison 2020-2021.

Dimitri Oberlin est arrivé au FC Bâle, en prêt, à l'été 2017. Le club rhénan l'a depuis mis sous contrat jusqu'au terme de la saison 2020-2021. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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C’était il y a tout juste un an, le 27 septembre au Parc Saint-Jacques de Bâle. Les Rhénans recevaient Benfica Lisbonne en Ligue des champions. Un jeune homme alors quasi inconnu, si ce n’est des spécialistes du ballon rond, fêtait ses 20 ans de la plus belle des manières ce soir-là. Dans tous les bons coups, Dimitri Oberlin signait un doublé, un assist et obtenait un penalty. Le Vaudois de Moudon, né à Yaoundé, au Cameroun, se faisait un nom aussi vite qu’il traversait tout le terrain à la 20e minute de jeu pour son premier but. De fait, le Vaudois volait la vedette aux stars bâloises, pourtant habituées à ce genre de rendez-vous européen.

Quand on repense à cette prestation majuscule – elle restera quoi qu’il en soit un moment fort de sa carrière –, à sa fougue sur le pré, difficile de croire que le «gamin» qui s’est avancé timidement vers nous mercredi dernier est bien le même que celui qui avait littéralement défoncé la défense d’un grand d’Europe. À l’évocation des 49 minutes qui séparent ses deux buts et lui ouvrent tout grand les portes de la notoriété, le Camerounais d’origine ne se la raconte pas. «C’est vrai, c’était bien», murmure-t-il de sa voix douce, comme gêné qu’on lui en reparle. La suite de l’entretien ne contredira pas cette première impression. Responsable du mouvement junior du FC Étoile-Broye quand Dimitri y évoluait, Steeve Monnin confirme que ce n’est pas vraiment le genre de la maison: «C’est une personne toute simple, calme et posée. Dans nos équipes, il ne disait d’ailleurs jamais un mot plus haut que l’autre.»

Assis sur une chaise du Rotblau, le bar qui borde la tribune principale du «Joggeli» (le surnom donné par les fans au stade bâlois), Dimitri est tout en retenue et se livre peu. Mais quand il parle, ce n’est pas pour ne rien dire.

«À Yaoundé, j’étais encore petit. Mais je me souviens que la vie n’était pas facile. On ne mangeait pas tout le temps trois fois par jour»

Il débarque en Suisse en août 2008, juste avant ses 11 ans, avec son frère cadet Michel, pour rejoindre sa maman. Il se souvient de ce premier contact avec l’Europe, avec la Suisse, avec un autre monde: «Tout était mieux par rapport à ma vie à Yaoundé.» Radical, le changement n’est ainsi pas du tout vécu comme un traumatisme. «J’étais petit là-bas, mais je me souviens que la vie n’était pas facile. On ne mangeait pas tout le temps trois fois par jour… En partant, je n’abandonnais pas grand-chose.» Longtemps il vit dans la capitale africaine sans père ni mère. Alors que cette dernière a suivi sa tante à Moudon, les deux frangins qui s’appellent encore Mfomo restent au pays. «Quand mon père est parti, j’ai vécu chez son frère. C’était dur de n’avoir sa maman qu’au téléphone, même si elle nous appelait presque tous les jours et qu’elle revenait parfois pour les vacances.»

La Suisse, un «monde coloré»

De cette première enfance africaine, Dimitri garde néanmoins de bons souvenirs, comme ses parties de foot avec les copains. «Dans la rue ou à l’école seulement. Ma première vraie équipe, c’est Étoile-Broye. Avoir des coéquipiers, un cadre un peu strict, des matches le week-end, pour moi c’était déjà presque du professionnalisme.» Un univers auquel il n’imagine évidemment pas qu’il appartiendra un jour. «Même quand on regardait le foot européen à la télé au Cameroun avec les copains, je ne me suis jamais dit que je pourrais un jour faire ça.»

En Suisse, il «découvre un monde coloré, où il y a même une voiture pour aller à l’école». Et sa nouvelle famille, en particulier Stephan Oberlin, le nouveau mari de sa mère qui va les adopter, lui et son frère. «On ne l’avait vu qu’en photo. Il a toujours été très gentil avec nous. On porte son nom mais, même si ce n’était pas le cas, comme il est le mari de ma mère, je le considérerais comme mon père.» Un père qui aimerait bien influencer Dimitri dans le choix cornélien qui se pose à lui aujourd’hui. Comme d’autres Bâlois avant lui – Petric, Rakitic ou encore Embolo – le numéro 19 rhénan doit trancher: veut-il porter sur son cœur le Lion du Cameroun ou la croix blanche suisse? Une décision, définitive, qui pourrait tomber cette semaine. «Je lui ai dit qu’il devait opter pour notre équipe nationale. Il dit lui-même qu’il est Suisse. Et, pour sa carrière, ce serait mieux», lance Stephan Oberlin. Dimitri est moins catégorique. «Ça lui a plutôt bien réussi d’opter pour sa patrie d’origine à Rakitic…»

Quand on lui fait remarquer qu’il semble davantage pencher du côté de la Suisse de Petko que du Cameroun de Seedorf, il sourit: «Je crois que c’est normal, c’est la première équipe à m’avoir sélectionné.» Certes, mais le match de mars dernier contre la Grèce était une rencontre amicale qui n’a donc pas scellé le sort national du Moudonnois… «J’ai l’impression que je ne suis pas encore prêt à faire le pas. D’autant plus que je suis à un moment de ma carrière où tout ne marche pas comme je veux», confesse-t-il sans en rajouter. Ce n’est une révélation pour personne. Devenu président d’Étoile-Broye, Steeve Monnin craint de connaître la raison des performances en demi-teinte d’Oberlin. «J’espère me tromper, que ce n’est pas lié à l’argent. Quand tu es jeune comme Dimitri, la vie peut devenir très vite plus compliquée avec le fric, notamment quand des personnes extérieures s’en mêlent…»

Reste que pour l’heure, le footballeur affûté est à mille lieues du profil du sportif bling-bling. Vêtu d’un hoodie gris, d’un jeans troué et de savates de vacancier, Dimitri tient à sa tranquillité. Il a choisi de vivre dans un petit village de Bâle-Campagne plutôt qu’au cœur de la cité rhénane. Là-bas, avec son amie qui l’a suivi depuis l’Autriche où il a joué deux ans, il dit ne pas sortir beaucoup. «On fait un peu de shopping, de temps en temps on va voir des films français. Sinon, on se balade ou on regarde la télé.» Et Moudon? «J’aime bien, vraiment. C’est calme. J’y reviens les week-ends où on n’a pas de match.» Et tout le monde le reconnaît? «Les gens me connaissaient déjà avant. Et puis, on est en Suisse, les gens ne sont pas envahissants, ça ne me dérange pas quand ils m’abordent.» (TDG)

Créé: 09.10.2018, 09h59

Bio Express

1997 Naissance le 27 septembre de Dimitri Joseph Mfomo à Yaoundé, au Cameroun.

1999 Son frère Michel rejoint la famille le 23 décembre.

2005 Partie vivre en Suisse, sa maman Georgette se remarie avec Stephan Oberlin.

2008 Les deux frères débarquent à Moudon. Ils sont adoptés par Stephan Oberlin dont ils portent le nom.

2014 Premier match pro avec le FC Zurich au Letzigrund contre Aarau, le 18 mai.

2015 Transféré au Red Bull Salzbourg (1re division autrichienne), il marque son premier but en pro le 1er août contre le Rapid de Vienne.

2017 De retour en Suisse, il explose sur la scène internationale avec Bâle contre Benfica Lisbonne le jour de ses 20 ans.

2018 Il est appelé par Vladimir Petkovic pour défendre les couleurs de la Suisse contre la Grèce, le 23 mars.

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