Jorge Mendes, agent sulfureux qui garde un œil sur la FIFA

FootballCe tout-puissant businessman serait à l’origine de la candidature de Luis Figo pour prendre la place de Sepp Blatter. Portrait.

Jorge Mendes a le portable qui vibre. Cristiano Ronaldo et Diego Costa sont parmi ses clients les plus sollicités.

Jorge Mendes a le portable qui vibre. Cristiano Ronaldo et Diego Costa sont parmi ses clients les plus sollicités. Image: CORBIS

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C’est une candidature qui en dit peut-être bien plus qu’on ne veut le croire. Petite surprise dans la course à la présidence de la FIFA, la volonté manifestée par l’ancien joueur Luis Figo de détrôner Sepp Blatter cacherait – selon plusieurs sources – le véritable désir d’un autre homme d’exercer sa mainmise la plus totale sur le football mondial. Jorge Mendes, l’agent le plus puissant de la planète, serait en effet à l’origine des velléités de gouvernance affichées par l’ex-Ballon d’or. Ce dernier, qui fut longtemps l’un de ses poulains, lui servirait à présent «d’homme de main»…

Si l’idée de renouveler le bail du Haut-Valaisan à la tête de la Fédération internationale fait jaser depuis les affaires de corruption et l’attribution du Mondial 2022 au Qatar, celle de propulser ledit Figo au siège de Zurich n’est guère plus enthousiasmante. «Car à travers lui, c’est Mendes qui prendrait les commandes de la FIFA, le loup entrant ainsi dans la bergerie», souligne un acteur proche du dossier. Aussi réputé soit-il autour des rectangles verts, Jorge Mendes demeure énigmatique. Et, pour certains, dangereux pour l’avenir de ce sport vampirisé par l’argent et par… Mendes.

Il a volé des joueurs!

Toujours tiré à quatre épingles, éternellement accompagné de ses lunettes de soleil et de ses téléphones portables, ce Portugais de 49 ans, qui n’a jamais réussi à percer crampons aux pieds, est passé de propriétaire de vidéoclub et de boîte de nuit dans les années 90 à «vrai patron» du ballon rond eu égard à son portefeuille de clients. Songez que sa société, GestiFute, s’occupe des intérêts de quelques-uns des meilleurs joueurs de la planète, dont Cristiano Ronaldo, Angel Di Maria, Falcao, Diego Costa et James Rodriguez. Ainsi que ceux des entraîneurs José Mourinho, Diego Simeone et autre Jorge Jesus. Rien que ça!

En moins de vingt ans – soit depuis qu’il fut à l’origine du transfert de l’anonyme gardien portugais Nuno Espirito Santo de Vitoria Guimaraes au Deportivo La Corogne – et à force de méthodes flirtant parfois avec l’irrégularité, Mendes est devenu le No 1 des agents, un personnage quasi incontournable pour qui veut atterrir dans un grand club.

C’est notamment en subtilisant des joueurs à ses confrères – José Veiga et Jorge Baidek, qui ont été respectivement dépossédés de Cristiano Ronaldo et José Mourinho, peuvent en témoigner – et en s’appuyant sur la règle de la tierce propriété que le Lisboète a bâti un empire qui brasse plus d’un demi-milliard d’euros. Il a également créé son propre fonds d’investissements (Quality Sport Investments) basé dans un paradis fiscal et a ses entrées partout. Au FC Porto, à Chelsea, au Real Madrid… L’été dernier, il avait failli placer son attaquant Falcao dans le club merengue, avant que Florentino Perez ne mette son veto à ce mouvement qu’il voyait d’un très mauvais œil. «Si j’avais recruté Falcao, je n’aurais eu plus qu’à céder la présidence à Mendes», murmura le patron du club vainqueur de la Ligue des champions.

L’affaire Bébé

Businessman de premier plan, négociateur hors pair, l’agent – qui fuit la presse – joue aux échecs avec ses poulains, les envoie là où son flair lui indique qu’il touchera la plus grosse commission et où les joueurs auront la garantie de voir gonfler leur compte en banque. «Mendes a compris que les footballeurs font confiance à celui qui leur trouve la meilleure voie pour augmenter leur train de vie», souffle un confrère du Portugais. A force, le futur quinquagénaire est soupçonné de bouleverser le marché en transférant des joueurs par le biais de fonds d’investissements desquels il est conseiller. On dit même de lui qu’il peut décider du sort d’une équipe…

Parce que son réseau est tentaculaire et son influence énorme, le patron de GestiFute, qui est également le parrain du fils de Cristiano Ronaldo, tire les ficelles, joue les marionnettistes en coulisses et décroche les meilleurs contrats pour ses protégés ainsi que les plus belles primes afin d’alimenter sa propre tirelire. Ce qui fait sourire son avocat Carlos Osorio De Castro, lequel lâche: «Si on envoyait Jorge mettre fin au conflit israélo-palestinien, la guerre ne s’arrêterait pas, mais les soldats des deux camps bénéficieraient assurément d’un meilleur contrat.»

Preuve de la confiance aveugle que lui vouent certains dirigeants, Jorge Mendes était parvenu, en 2010, à vendre Bébé à Manchester United pour la somme de 9 millions d’euros. A l’époque, cet attaquant portugais évoluant à Vitoria Guimaraes était littéralement inconnu. Il l’est resté depuis, son passage à Old Trafford ayant été un véritable échec. Après coup, le manager Alex Ferguson avait reconnu ne l’avoir jamais vu jouer avant de le trouver dans son vestiaire. Et la justice a découvert que ce transfert n’était qu’un arrangement entre amis destiné à renflouer les caisses du club portugais en profitant de la règle qui a fait le succès de l’agent: la tierce propriété.

Cette règle étant «le» nœud principal du football actuel, Sepp Blatter a affirmé vouloir la bannir ce printemps. Une annonce qui a fait bondir Mendes. De là à dire que cela a précipité l’envoi de Luis Figo au front… (TDG)

Créé: 14.04.2015, 22h57

Figo veut tourner la page

De nombreux journalistes ibériques qui le connaissent depuis des lustres se sont étonnés de voir Luis Figo s’immiscer dans la liste des prétendants à la présidence de la FIFA. «Parce que même s’il fut un grand joueur, il n’a jamais été un grand orateur ou un personnage charismatique», écrit José Fernández Gutiérrez de Quevedo.
Un constat qui tend à amplifier les «soupçons» de candidature en «sous-main» de Jorge Mendes. Mais celui qui porta notamment les maillots du Sporting, du Barça, du Real Madrid et de l’Inter Milan veut se démarquer en présentant un vrai programme pour contrecarrer les desseins de Sepp Blatter. Ainsi, Luis Figo milite pour une redistribution plus large des revenus de la FIFA vers les 209 fédérations nationales et tient à organiser une Coupe du monde à 40 équipes.

Le Portugais propose également de créer un «Comité indépendant de gouvernance, d’audit et de conformité qui aura la charge de superviser le président de la FIFA et l’organisation entière.» Ses idées ont déjà obtenu le soutien de José Mourinho, Pep Guardiola, David Beckham, Patrick Vieira et Eric Cantona. «Luis est encore jeune et est un grand connaisseur du football, souligne l’entraîneur du Bayern Munich. Il peut apporter et améliorer beaucoup de choses…»

Mû par ce support, le Ballon d’or 2000 se dit résolument optimiste avant l’élection du 29 mai: «Les retours des gens que je rencontre dans ma campagne sont positifs. Si rien ne change à la FIFA, ce sera quatre ans de perdu en termes de transparence et de modernisation. C’est à moi de convaincre les votants que le changement sera pour le meilleur.» Des propos qui inquiètent José Fernández Gutiérrez de Quevedo: «Si l’influence de Jorge Mendes dans sa candidature se confirme, cela pourrait être aussi sinistre pour le football que le règne de Blatter», lâche le journaliste espagnol.

Que ce dernier se «rassure»: les chances de Luis Figo de faire tomber Blatter restent minces, pour ne pas dire inexistantes. Le constat est le même pour les deux autres candidats que sont le Néerlandais Michael van Praag et le prince jordanien Ali bin Al-Hussein.

A.CE.

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