Behrami: «Je suis aussi Albanais, mais je dois tout à la Suisse»

FootballSuisse-Albanie, demain soir, c’est le passé qui rattrape cinq internationaux qui ont des origines albanaises. Comme Valon Behrami.

Behrami prend Xhaka dans ses bras, sous les yeux de Shaqiri: les trois internationaux suisses d’origine albanaise vont vivre un match particulier demain soir à Lucerne, contre l’Albanie.

Behrami prend Xhaka dans ses bras, sous les yeux de Shaqiri: les trois internationaux suisses d’origine albanaise vont vivre un match particulier demain soir à Lucerne, contre l’Albanie. Image: Reuters

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Il lui serait plus simple de fuir la réalité, d’oublier les circonstances, de fermer les yeux. Il lui faudrait alors ne considérer ce Suisse-Albanie de demain soir que comme un match de plus, une rencontre comme les autres au fond. La deuxième dans les qualifications pour le Mondial 2014 après un brillant départ en Slovénie (victoire 2-0). Les questionnements personnels s’évanouiraient alors dans le tumulte trouble de cet affrontement si particulier. Valon Behrami, Albanais du Kosovo, aurait pour lui la froide quiétude d’une insouciance volontaire.

Mais comment effacer tout cela, comme faire comme si? Pas plus que Shaqiri, Xhaka, Mehmedi et Dzemaili il ne peut oublier qui il est. Ce Suisse-Albanie, c’est pour ces joueurs originaires d’Albanie (du Kosovo pour les trois premiers, de Macédoine pour les deux autres) un rendez-vous avec leurs origines, comme s’ils devaient faire face à ce destin curieux qui a amené leurs familles en Suisse, comme si ce passé les rattrapait.

Histoire d’une intégration

L’histoire de Valon Behrami est révélatrice de cette Suisse multiculturelle, qui se construit avec des richesses nouvelles, une chance autant pour la sélection que pour ces jeunes de deuxième génération qui voient leur terre d’accueil leur ouvrir le champ des possibles. Behrami, joueur de Naples désormais, a aujourd’hui 27 ans. Il avait 5 ans quand ses parents quittaient le Kosovo en 1990, fuyant le violent conflit qui secouait cette province, sur fond de guerre entre la Serbie et les séparatistes albanais.

Valon Behrami est arrivé au Tessin, il y a grandi. Sa famille a dû attendre quatre ans avant, enfin, de recevoir l’asile. Il aura même fallu une pétition signée par plus de 2000 personnes pour appuyer la demande. Pour qu’un nouvel horizon s’ouvre devant lui. Non, tout cela ne peut pas s’oublier.

Valon Behrami, on se doute que ce match contre l’Albanie est forcément un rendez-vous particulier pour vous...

Très particulier même. Si bizarre. Pas seulement pour moi, pour mes quatre autres coéquipiers d’origine albanaise aussi. Que dire? Que nous sommes des professionnels, que nous nous concentrons pour donner le meilleur, avec la Suisse. Mais ce sera de toute façon étrange.

Vous avez l’aigle albanais tatoué sur le mollet droit, le drapeau du Kosovo ainsi que celui de la Suisse sur le bras gauche: tout cela c’est vous?

C’est moi, oui. L’aigle, je me le suis fait tatouer après la guerre, par solidarité envers les Albanais du Kosovo, pour toutes les souffrances endurées. Oui, c’est une part de moi que je ne veux pas renier. Je suis footballeur professionnel, j’ai tout ce que je veux dans ma vie actuelle, mais cela me rappelle d’où je viens, qui je suis. Cela me donne de la force, c’est aussi un peu ce qui transpire de mon style de jeu.

Si vous deviez définir qui est Valon Behrami, que diriez-vous?

Je suis un joueur international de l’équipe de Suisse et cela, c’est clair. Je vivrai en Suisse après ma carrière, ma fille grandira en Suisse. Je suis d’origine albanaise, mais c’est à la Suisse que je dois tout. Et ça, je ne l’oublie pas. En fait, je dirais que mon cœur est à moitié suisse et albanais, kosovar, mais que mes jambes, mes bras, mon corps donnent toujours tout pour la Suisse. Parce que ce pays a fait un très beau travail d’intégration, que j’en ai bénéficié au-delà de toutes mes espérances. Franchement, comment aurais-je pu envisager, gamin, tout ce que je vis aujourd’hui? La décision de jouer pour la Suisse a été finalement simple: la Suisse a changé ma vie, ainsi que celle de toute ma famille. Ce choix était logique.

Comment pensez-vous être perçu par les supporters albanais, vous qui avez justement choisi de jouer pour la Suisse?

Le match à Tirana sera sûrement plus compliqué pour moi et mes quatre coéquipiers qui sont dans la même situation. Je ne sais pas ce qui va se passer à Lucerne mardi soir. Je veux croire que parmi les supporters albanais, la plupart seront fiers de moi, de voir où l’on peut arriver, en travaillant. Il y a aussi cette envie en moi: montrer que les gens originaires d’Albanie qui sont en Suisse travaillent dur pour y arriver. On entend parfois des choses sur nous négatives. Mais s’il y a des personnes mauvaises, comme partout, je veux montrer que la grande majorité est des gens simples et honnêtes.

Et votre propre famille: quel regard porte-t-elle sur ce match?

Tout le monde est fier de moi. Ce n’est pas plus compliqué que cela. J’ai toute ma famille là-bas: elle est heureuse si je le suis, ce qui est le cas. Après, il y a toujours, dans l’entourage, certaines personnes qui ne comprennent pas pourquoi je joue pour la Suisse. Mais au fond, ce n’est pas bien grave… (TDG)

Créé: 10.09.2012, 07h33

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