«Ronaldo joue très gros face aux accusations»

Dans les filets de «Me too»Soupçonné de viol aux Etats-Unis, le joueur nie en bloc. Qu'il soit coupable ou non, l'affaire pourrait entamer sa valeur marchande, analyse un expert du marketing sportif.

Mégastar (cliquer pour agrandir)
Cristiano Ronaldo est un joueur talentueux mais aussi une personnalité hors du commun. Son image rapporte gros à ses sponsors comme à son club. Mais ses déboires leur font aussi craindre le pire.

Mégastar (cliquer pour agrandir) Cristiano Ronaldo est un joueur talentueux mais aussi une personnalité hors du commun. Son image rapporte gros à ses sponsors comme à son club. Mais ses déboires leur font aussi craindre le pire. Image: Reuters

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Aura-t-on, un jour, le fin mot de l’histoire? Il y a peu de chances. Mais une chose est certaine, Cristiano Ronaldo, mégastar du ballon rond, sacré à de multiples reprises sur le terrain comme dans les cérémonies feutrées récompensant chaque année le meilleur joueur du monde, est dans la tourmente. Qui l’ignore encore? Une Américaine de 34 ans, Kathryn Mayorga, accuse le footballeur de l’avoir violée dans une luxueuse chambre d’hôtel, à Las Vegas, la nuit du 12 au 13 juin 2009. Une histoire à laquelle s’est intéressé le journal allemand «Der Spiegel», qui a fini par obtenir le témoignage de la victime présumée. Laquelle a déposé une plainte civile dans l’État du Nevada le 27 septembre dernier.

Cristiano Ronaldo nie en bloc. Sur les réseaux sociaux, ces quinze derniers jours, il a évoqué une fake news, dénoncé «les personnes qui cherchent à se mettre en avant à ses dépens» et a dit «se refuser à nourrir ce spectacle médiatique». Son club, la Juventus de Turin, lui apporte un ferme soutien.

Il n’est pas certain toutefois que le dribbleur au jeu de jambes légendaire se débarrasse facilement d’une coriace adversaire, en l’occurrence la procédure judiciaire américaine, plutôt du genre à coller aux semelles de ceux qui y ont maille à partir. La police de Las Vegas, qui a rouvert l’enquête, voudrait maintenant questionner la star. L’avocate de Kathryn Mayorga laisse aussi entendre que d’autres femmes, aux États-Unis, auraient des choses à raconter sur «CR7»…

Cascade d’effets

Bref, la machine s’emballe (lire l’encadré). «Sans même présumer de la culpabilité ou non de la star, on peut affirmer que Ronaldo joue gros dans cette affaire, avance Sebastian Chiappero, directeur de la société Sponsorize, à Genève, cabinet spécialisé dans le sponsoring sportif. Car Ronaldo n’est pas seulement l’un des plus célèbres et talentueux joueurs du monde, il est une marque qui peut rapidement prendre ou perdre de la valeur. Si les ennuis perdurent pour l’homme, la dévalorisation de la marque Ronaldo sera inévitable.» Et pour effet la fragilisation des contrats passés avec ses 31 sponsors, qui rapportent au joueur 50 millions de francs par an, soit près de la moitié de ses revenus (108 millions de francs par an).

Jeudi 4 octobre, la société Nike, sponsor à vie de Cristiano Ronaldo (pour un accord dont on suppute qu’il s’élève à 1 milliard de dollars), déclarait «être profondément préoccupée» par les accusations d’agression sexuelle portées contre le footballeur portugais, et a dit «suivre la situation de près». En soi, cela ressemble à de la langue de bois. Mais la petite phrase résonne comme un avertissement: toute tache laissée sur le maillot de la multinationale serait impardonnable.

L’ambassadeur parfait

«Beau, androgyne, travailleur, plaisant à un public jeune, les 6-10 ans, et avec son gros portefeuille de fans sur les réseaux sociaux (ndlr: plus de 140 millions), Cristiano Ronaldo représente un potentiel publicitaire énorme pour de grandes marques comme Nike ou encore l’éditeur de jeux vidéo Electronic Arts», poursuit Sebastian Chiappero. «Mais dans leurs contrats, ces multinationales prennent soin de prévoir des clauses qui stipulent que tout écart de conduite pourrait entraîner une rupture immédiate de l’accord. On n’en est pas là. Mais il suffit que le soupçon persiste, avant même de savoir si l’affaire aura des suites pénales, et tout peut changer.»

Et le spécialiste du marketing sportif de rappeler l’affaire Tiger Woods. «Pour ses multiples écarts conjugaux, le golfeur s’était fait lâcher un temps par son sponsor, TAG Heuer. La marque suisse de montres (ndlr: pour laquelle Cristiano Ronaldo a d’ailleurs aussi joué les ambassadeurs) n’avait maintenu le contrat qu’en Chine, où les frasques de Tiger Woods étaient plutôt positivement perçues!»

Les ennuis de Ronaldo ont aussi de quoi rendre nerveux les dirigeants de la Juventus de Turin, qui a déboursé 105 millions d’euros (120 millions de francs suisses) pour acquérir «CR7». Une affaire qui a tout pour être rentable. Depuis l’annonce du transfert, le 10 juillet, l’action de la Juve a gagné 170% jusqu’au 20 septembre. Mais depuis les ennuis très médiatisés de Ronaldo, la tendance s’est inversée, l’action du club est en baisse constante depuis trois semaines à la Bourse de Milan, dans un climat il est vrai globalement difficile. Reste qu’il semble y avoir de la marge sur la rentabilité du joueur. «En le payant 30 millions d’euros par saison, la Juventus table sur le fait que Ronaldo va lui rapporter, en droits télé, en merchandising, etc., environ 4 à 5 fois ce salaire», dit l’expert. Ces enjeux expliquent à eux seuls le soutien sans faille que le club apporte à sa recrue aux pieds d’or.


Les éléments d'une dangereuse embrouille pour CR7

Malgré ses démentis, les ennuis de Ronaldo pourraient durer, en raison de plusieurs facteurs.

Les faits présumés d’abord. Bien que ceux-ci remontent à 2009, la police de Las Vegas a annoncé le 1er octobre la réouverture de l’enquête. Plusieurs éléments objectifs, sans présumer de ce qui s’est passé en juin 2009, suffisent à la légitimer. Le joueur ne nie pas avoir rencontré Kathryn Mayorga ce soir du 12 juin 2009 dans un hôtel de Las Vegas – d’ailleurs une vidéo en atteste – ni même d’avoir eu une relation sexuelle, consentie, avec elle. Mais deux éléments importent: la présumée victime s’est adressée à la police pour dénoncer un viol par sodomie, sitôt après les faits, et un rapport médical a été établi. À l’époque, Kathryn Mayorga n’avait pas mentionné le nom de Ronaldo, mais avait fait état d’un «footballeur célèbre». La plainte avait été classée, faute de détails. Mais surtout, un document semble attester qu’en janvier 2010, un accord de confidentialité, monnayé à hauteur de 375 000 dollars, a été passé entre les avocats de Cristiano Ronaldo et ceux de Kathryn Mayorga pour mettre fin à l’affaire. De quoi alimenter toutes les spéculations.

L’enquête du «Spiegel». Le magazine allemand, qui a sorti l’affaire, a enquêté durant des mois. Il dit avoir en mains des documents qui étaient la version de la plaignante, et il les sort au compte-gouttes. Parmi ces papiers, plusieurs rapports de police, des rapports médicaux, ainsi qu’une présumée première version des faits relatés par Cristiano Ronaldo auprès de ses avocats. Ce document, qui fait état du non-consentement de Kathryn Mayorga, a été publié ce week-end par «Der Spiegel». Est-ce un faux? C’est la thèse de ceux qui défendent Ronaldo.

L’effet #MeToo, enfin, n’est sans doute pas étranger au retentissement mondial désormais donné à cette affaire. Mais on peut l’analyser de deux façons: dans un contexte de la libération de la parole des femmes, Kathryn Mayorga a voulu faire éclater la vérité. Ou alors ce climat a réveillé les appétits d’une opportuniste, c’est la version de Ronaldo. Toujours est-il que l’avocate de la présumée victime avance désormais l’argument que l’accord de confidentialité de 2009, «obtenu dans des circonstances où leur cliente était en position de fragilité», serait nul. Selon les avocats de la star, cet accord a été signé par Ronaldo pour se débarrasser d’une affabulatrice, à un moment important de sa carrière (le transfert au Real Madrid). En tout cas, plus le focus sera fait sur cet accord, plus la thèse, vraie ou fausse, que la star avait quelque chose à se reprocher risque de se renforcer. C.M. (TDG)

Créé: 11.10.2018, 07h19

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

L'accord sur le Brexit divise le gouvernement britannique
Plus...