«Le Servette souffre d’un manque de soutien»

Servette FCAu moment de passer la main, Didier Fischer dresse un bilan sans concession de ses quatre années à la tête du Servette FC.

Didier Fischer, président de la Fondation 1890.

Didier Fischer, président de la Fondation 1890. Image: Laurent Guiraud

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Pour Servette, un important chapitre s’est tourné le 31 décembre, au douzième coup de minuit. À ce moment-là, Didier Fischer, qui en était le patron depuis 4 ans, 6 mois et 23 jours, s’est officiellement effacé pour céder son fauteuil présidentiel à Pascal Besnard (56 ans). S’il va continuer de diriger la Fondation 1890, qui chapeaute les différentes entités «grenat», le président sortant n’assumera plus l’opérationnel, désormais confié à l’ancien joueur des Charmilles, devenu entre-temps responsable du Credit Suisse à Genève.

Après la gestion calamiteuse d’Hugues Quennec, lequel avait conduit le club genevois au bord de la faillite, le locataire de la Praille avait été repris en juin 2015 par Didier Fischer qui, soutenu par des mécènes, lui avait évité un nouveau dépôt de bilan. Sous son ère, Servette allait redevenir un club fréquentable et financièrement sain, retrouver autant son identité de jeu que de la considération et fêter deux promotions lui ayant permis de retrouver au printemps dernier sa place naturelle en Super League.

À l’heure de la passation des pouvoirs, que reste-t-il de ces 1667 jours de présidence pour celui qui vient de transmettre le témoin? «Plus que les deux promotions, répond Didier Fischer, c’est leur signification qui importe. Servette est toujours fort au niveau de l’image qu’il véhicule […] Si son image a pu être salie, on l’a nettoyée. Il existe une très forte identité du club, un fort ancrage. Tout le monde en est fier. Mais le club souffre d’un manque de soutien si je pense aux pouvoirs publics et au public, hormis la communauté foot, très fidèle.»

Des affluences qui ne décollent pas

Ce public si difficile à conquérir, comme en témoignent des affluences qui ne décollent pas (avec 7424 spectateurs de moyenne lors de la première partie du championnat). «Il ne faut pas s’en cacher, c’est une déception. Au vu du jeu proposé, Servette mériterait de jouer devant au moins 10 000 spectateurs. On tablait sur une moyenne de 8000. Cela dit, on doit aussi se rendre compte que l’offre genevoise n’est pas similaire à celle que l’on peut trouver à Saint-Gall, par exemple.» Comment «booster» les affluences? Comment inciter les sceptiques à venir au stade? Plusieurs pistes de réflexion existent. «Le match doit davantage devenir un événement. On envisage d’ouvrir un pub à la Praille ainsi que d’autres actions. Il ne suffit plus de jouer et de gagner, il faut offrir un spectacle avec tout ce qui va autour du match.»

Le recul aidant, le viticulteur d’Avully le reconnaît d’autant plus volontiers aujourd'hui: quand il a repris le club, il ne savait pas vraiment ce à quoi il s’exposait. Pour Didier Fischer, la découverte n’en fut que plus instructive. «Au départ, admet-il, il y avait une totale méconnaissance de ce qui nous attendait. Je savais à peu près gérer une boîte mais gérer un club, c’est tout différent. Vous pouvez gérer l’administration et les finances, les ressources humaines mais la composante «métier» est beaucoup plus aléatoire. Lorsque la saison démarre, les échéances sont hebdomadaires; la saison vous échappe, et on la passe du bureau au vestiaire.»

Saison après saison, il y a eu son inévitable cortège de hauts et de bas, de moments d’enthousiasme et de (plus rares) périodes de doute, d’immenses joies et de désarroi troublant. Il y a bien sûr le sport, ce qui se voit. Mais il existe aussi tout ce qui échappe au premier regard, l’autre face, souvent plus sombre. Avec des dossiers plus épineux, comportant parfois comme enjeu des thématiques sociétales. Ainsi en va-t-il de la place du sport dans la République, souvent mal perçu, ce qui occasionne un décalage entre les nobles intentions et la réalité. «À Genève, déplore Didier Fischer, le sport n’est pas la préoccupation No 1 du politique. Juniors, filles ou professionnels: Servette paie pour tout ce qu’il fait et entreprend. Je trouve cela totalement anachronique. Au moment où les budgets pour les campagnes de prévention explosent, qui pourrait faire mieux que le sport pour contribuer à la santé publique?»

Revoir le sens des priorités

Quand il dresse l’inventaire des subventions accordées à la culture, Didier Fischer serre les dents, enrage parfois en regard de ce que touche le sport. «La culture possède une forme de priorité sur le sport qui génère un déséquilibre. Il faut considérer le sport et la culture comme complémentaires et être équitable dans les moyens mis à disposition.»

Le président sortant s’insurge aussi des différents montages financiers opérés, ayant notamment entraîné le récent refus par le peuple (ndlr: pour neuf voix, après un second dépouillement) du projet du Pré-du-Stand, au Grand-Saconnex. «Il faut en finir avec les partenariats publics-privés imposés au sport. C’est ce qui fait capoter tous les projets sportifs à Genève depuis quinze ans. À ce que je sache, on ne demande pas au Grand Théâtre de construire un centre commercial pour son exploitation, ni à la nouvelle Comédie de gérer 10 000m² de bureaux pour couvrir ses frais d’exploitation!»

Didier Fischer n’abdique pas pour autant. Après un break régénérateur qui va l’emmener au Chili, il reprendra son combat quotidien. «Je vais pouvoir mettre encore plus d’énergie et d’engagement dans le combat pour la reconnaissance de nos droits et de nos besoins en matière sportive», conclut-il. À la Praille, la bataille continue, aussi bien sur qu’en dehors du terrain.


Didier Fischer et…

Une fierté: «Sans doute celle d’avoir réussi à réaliser notre projet et, à travers lui, tous ceux et celles qui y ont cru depuis le début.»

Un match: «Le 10 mai 2019, contre Lausanne, synonyme de retour en Super League.»

Une émotion: «La communion avec nos fans lors de notre dernier match de Challenge League, contre Kriens. Les râleurs historiques sont venus faire la fête avec nous et leurs sourires étaient lumineux.»

Un regret: «Ce serait plus une déception, celle qu’il faut continuellement se battre. Contre des mentalités, contre des structures, contre l’inertie des pouvoirs publics, etc. Et c’est un combat permanent…»

Un joueur: «Jérémy Frick. Personne ne pensait qu’il avait le niveau de la Super League, et pourtant… Notre gardien incarne la progression collective de l’équipe.»

Créé: 02.01.2020, 17h23

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