Heinz Lutz, Veyrier en plein coeur

Football genevoisDeuxième épisode de notre série consacrée au choc entre l'Olympique de Genève et Veyrier dimanche à 16h à Varembé. Focus sur Heinz Lutz, un supporter pas comme les autres.

Image: Jean-Luc Auboeuf

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Heinz Lutz est ce qu’on appelle un bon type. Rires fréquents, anecdotes à foison, Heinz, élégant moustachu, reçoit en sandales au cinquième étage de son appartement de Veyrier, d’où il a une vue magnifique sur le Salève et sur la frontière française («Elle est juste là, de l’autre côté de la route»). Heinz vit seul et l’hiver, de son propre aveu, il «s’emmerde». Pour une raison toute simple: le Veyrier-Sports ne joue pas. «C’est la pause. J’aime pas», se marre cet homme fidèle en tout, lui qui a travaillé 42 ans pour Induni comme le prouve le petit casque de chantier posé juste sous la fenêtre de la cuisine. «42 ans comme comptable», précise-t-il avec son inimitable accent alémanique. Car non, Heinz n’est pas né à Genève.

«Je suis né à Schaffhouse. J’y ai joué au foot et sans me vanter j’étais plutôt pas mal. A 16 ou 17 ans, j’ai fait mes débuts en 3e ligue, j’étais l’ailier gauche rapide que tout le monde voulait attraper. J’en ai pris des coups, chaque défenseur adverse voulait tacler le petit jeune. Mais je résistais», se marre-t-il aujourd’hui, soixante ans après. Après l’école de recrues, son patron lui propose de partir «une année ou deux en Romandie» pour apprendre le français. «Il m’a dit, tu reviens et on te réengage dans la boîte. Il m’attend toujours», se marre Heinz. Car le Schaffhousois est tombé amoureux de la région genevoise, qu’il n’a plus quittée depuis son arrivée dans les années 60. Et où, bien sûr, il a vite repris ses bonnes habitudes footballistiques. D’abord comme joueur, à l’US Pâquis. «Et puis un jour avec un copain, on a vu une annonce dans La Suisse, comme quoi des arbitres étaient recherchés. On y est allés et on a été pris.»

Huit ans en LNA comme juge de touche

Fin de la carrière de joueur, place à un très joli parcours arbitral, qui l’a mené jusqu’en LNA comme juge de touche et jusqu’en 1re ligue en tant que central. «A l’époque, on pouvait faire les deux en même temps. Mais pas le même week-end, hein», sourit-il. En huit ans en LNA, il a eu le temps de parcourir tous les stades. Bâle, Berne, Lausanne… Tous sauf Schaffhouse, bien sûr. «Mon souvenir le plus marquant, c’est à Saint-Gall. C’était un match contre Lucerne, et j’étais deuxième juge de touche, c’est-à-dire en face de la tribune principale. Un moment, je lève mon drapeau pour signaler un hors-jeu et le tissu se barre! J’étais comme un con avec le manche de mon drapeau, tout le public se moquait de moi. C’était vraiment drôle. Le soir on s’est fait repérer au restaurant par des supporters qui ont bien rigolé.»

Heinz a posé son sifflet, mais pas son drapeau, puisqu’il a longtemps officié comme bénévole sur la touche pour son club de cœur, le Veyrier-Sports, dont il a fait partie du comité directeur entre 1984 et 1999. Il en a même été président «ad interim» pendant une année entre 1995 et 1996. «Le président de l’époque n’était pas bon. Alors on m’a dit : Heinz, tu connais le football. A toi de jouer.» Mais, il faut l’avouer, Heinz n’est pas un président dans l’âme. Il préfère de loin rendre service au drapeau, même s’il a bien fallu arrêter à un moment donné. «Aujourd’hui c’est compliqué: je n’arrive même plus à voir les lignes», se marre le septuagénaire, qui s’avoue un peu mal foutu. Ce qui ne l’empêche pas de suivre «son» Veyrier-Sports, partout et toujours.

Les déplacements en Valais, il adore

«Veyrier, c’est un club qui me convient parfaitement. Sympa et chaleureux, où les joueurs ne sont pas payés autrement qu’avec des primes collectives. C’est le football que j’aime. Mon plaisir, c’est d’aller au match le week-end, à la maison comme à l’extérieur.» Voilà bien dix à douze ans qu’il suit son club de manière très régulière, ne manquant quasiment aucun match. Cette saison, il en a raté un seul pour l’instant, pour raisons de santé. Sinon, il a effectué tous les déplacements, avec une préférence pour les voyages en Valais, à Sierre, Conthey et Chippis. «On est deux ou trois supporters, on part avec le bus de l’équipe. On voit d’autres ambiances, d’autres stades, ce sont des journées géniales. On arrive toujours deux heures avant, alors on en profite pour s’enfiler dans une cave ou trouver un coin sympa à la buvette», explique Heinz, qui ne fait pas partie des «supporters-contestataires» qui peuplent parfois les travées du football de talus. «Non, je laisse ça aux grandes gueules! Je ne donne jamais mon avis à l’entraîneur ou au président, je les laisse bosser. Par contre, j’aime encourager les joueurs, je joue mon rôle de supporter à fond».

Heinz suit donc Veyrier à fond, mais apprécie aussi le Servette FC. «J’espère qu’ils vont remonter en Super League pour voir des beaux matches à la Praille. Je le souhaite vraiment», explique-t-il. Alors forcément, on lui demande sa préférence entre une promotion cet été du SFC ou une du Veyrier-Sports en 1re ligue, un niveau jamais atteint par le club campagnard, comme il aime se définir lui-même. Sa réponse fuse et ce n’est pas celle qu’on attendait: «Je préférerais que Servette monte, sincèrement.»

Pourquoi ça? «Parce que la place de Servette est en première division. Pour Veyrier, j’ai peur qu’on perde notre esprit si on monte. Moi, ce que j’aimais, c’était les beaux derbies de 2e ligue, cette ambiance-là, celle où les supporters des deux camps restent à la buvette après et se réjouissent de se revoir au retour. Avec la 2e ligue inter, on a déjà un peu perdu ça. Et si on va en 1re ligue, j’ai peur que les infrastructures ne soient pas aux normes et qu’on se mette en danger financièrement. Je pense qu’on est bien au niveau où on est», glisse Heinz, qui ne se réjouit que d’une chose: que la saison recommence enfin. Veyrier, deuxième à cinq points d’Olympique Genève, se déplace justement sur le terrain du leader pour la reprise. Heinz y sera, écharpe au cou, casquette vissée sur la tête. Comme à chaque match. (nxp)

Créé: 14.03.2019, 16h11

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