Compesières, une église, un club, des hommes et leur âme

FootballLe club à la croix de Malte fête ses 100 ans et accueille samedi un Tournoi des Campagnes qu’il a lui-même fondé en 1953.

Michel Favre, Rudi Huber et Daniel Genecand (à gauche) refont le match avec Alexandre Dentand, Thomas Marchand et Jacques Chobaz (à droite).

Michel Favre, Rudi Huber et Daniel Genecand (à gauche) refont le match avec Alexandre Dentand, Thomas Marchand et Jacques Chobaz (à droite). Image: JEAN-LUC AUBOEUF

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Le rendez-vous au sommet s’est monté en quelques coups de fils, passés la veille. Mardi, 18 h, stade Alfred-Comoli – ou plutôt sa buvette, si l’on excepte un intermède photographique sur le terrain A. Il fait un temps de chien, mais ils sont tous là, unis comme les «six» doigts de la main, le soleil est dans les cœurs et dans les verres, ça n’est pas de la flotte. Quatre anciens présidents du Compesières FC ont répondu présent, auxquels s’ajoutent deux jeunes hommes qui viennent de reprendre la barre. Un plateau de haut vol pour évoquer un club centenaire, né en 1919 sur un charmant bout de terrain paroissial, devenu père en 1953 d’un Tournoi des Campagnes dont il accueille ce week-end la 65e édition (voir l’encadré).

Une église et un château comme spectateurs privilégiés, des champs qui évoquent encore la cambrousse, le Jura et le Salève en toile de fond. Au cœur de tout ça, un club. «Je ne sais pas si c’est ce cadre merveilleux ou le fait qu’on soit sur un terrain originellement dévolu à la religion, mais il y a un esprit particulier qui se dégage de ce lieu, sourit Michel Favre, passé des juniors aux vétérans via la 1re équipe, puis président entre 2000 et 2004. Compesières, c’est une petite chapelle qui défend son territoire – ce n’est pas facile. Pour que cela soit possible, il faut des gens dévoués, qui y croient. Heureusement, il y en a toujours eu.»

Cent gamins à l’école de foot

À l’image de Daniel Genecand, junior C dès 1954, devenu président «tout à fait par hasard» lors d’une assemblée animée, en novembre 1972 au bistro de Croix-de-Rozon. «Comme je la ramenais sans cesse, les autres m’ont dit: ben vas-y, toi…» se marre celui qui dirigera plus tard l’Association cantonale genevoise. Il était alors joueur de la 1re équipe qui, un an plus tôt, ne fut pas loin d’accéder à la 1re ligue, au terme de finales mémorables contre Central Fribourg et Naters.

Rudi Huber, à la tête du club entre 1994 et 2000, se rappelle quant à lui la victoire sur le Meyrin de Gérard Castella. Le Zurichois installé à Genève, dont la fille, la petite-fille et le petit-fils sont toujours impliqués dans la vie de l’institution, reste l’un des membres du si précieux et fidèle Club des supporters. «Compesières, c’est l’envie d’être ensemble, de boire un verre et de jouer au foot à la campagne. Nous sommes sur une commune (ndlr: Bardonnex) qui a toujours bien aimé festoyer», lance-t-il avant de vanter la qualité reconnue à la ronde de la buvette, «où les vétérans terminent souvent leur match du vendredi vers 3 heures du matin».

Les libations ont été plus raisonnables, mardi soir. Mais les souvenirs coulent à flots au QG du «FC Schindler» – sobriquet du club à l’époque où il faisait l’ascenseur entre la 3e et la 2e ligue. Aujourd’hui, Compesières est installé en 3e ligue, mais ses deux coprésidents, Thomas Marchand et Alexandre Dentand, ambitionnent à terme d’aller (re)voir un étage au-dessus. Il faut dire que le centenaire, s’il ne nage pas dans le confort, pète la santé. «Nous avons une centaine de jeunes à l’école de foot, c’est à la fois un signal fantastique et une énorme responsabilité», s’enthousiasme Alex Dentand, qui souligne avec joie le «sauvetage» de l’équipe féminine, née en 1983 déjà: «C’est magique, pour la vie du club, de voir des mamans s’impliquer à ce point.»

Autre perspective joyeuse pour Compesières et ses dix-sept équipes: le récent déclassement du terrain, passé de zone agricole à sportive, doit permettre l’installation d’une pelouse synthétique à l’horizon 2020-21. «Le défi permanent, c’est la section juniors, témoigne Jacques Chobaz, arrivé de Chênois comme gardien en 1989, puis président entre 2004 et cette année. De ce point de vue là, l’alliance avec Perly au niveau des juniors A, B et C a permis d’éviter les trous, d’équilibrer les niveaux entre gamins.»

La jeunesse comme fil rouge. Michel Favre n’a pas perdu la sienne, surtout lorsqu’il évoque avec Daniel Genecand les souvenirs liés au curé Dusseiller, dans les années 1950: «On essayait de se faire virer du cours d’histoire sainte, le dimanche après-midi, pour aller au match. On entendait les coups de sifflet de l’arbitre pendant les vêpres, c’était terrible.»

«Une attitude de guerriers»

Compesières, ce sont les ballons perdus dans les champs de blé, les anciens juniors qui reviennent en vétérans, les défaites qui font mal et les victoires qu’on n’oublie pas, comme la promotion en 2e ligue de 1993, après des barrages dantesques contre Donzelle puis Onex: «On avait fini à huit», se rappelle Jacques Chobaz. Des rires et des pleurs, aussi, comme lors de la tragique disparition de l’entraîneur Lolo Bédat en 2013, toujours dans les cœurs et les esprits. «Famille», le mot revient dans toutes les bouches pour parler de ce club qui a la croix de Malte pour blason.

«Compesières, c’est une âme, une identité, des verres de blanc et des engueulades aussi, sur ce No 8 qui est nul…, rigole Alexandre Dentand. Notre âme, c’est cette centaine de personnes qui viennent voir nos matches, boire l’apéro, se rencontrer et refaire le monde. C’est le plaisir qu’on a à être ensemble. Il y a une force sportive qui se dégage, une attitude de guerriers – c’est peut-être pour ça qu’on est là depuis cent ans.» Avec une église, un château, des champs et des montagnes pour témoins.


Le Tournoi, un fleuron à entretenir

Le Tournoi des Campagnes a longtemps représenté une véritable institution, marquant le coup d’envoi de la saison footballistique genevoise. «Aujourd’hui, on a un peu oublié l’importance de cet événement, parce que les valeurs un peu ancestrales qu’il véhiculait ne sont plus trop dans l’air du temps», constate Pascal Chobaz, président de l’Association cantonale genevoise. Son frère Jacques, ex-président du Compesières FC, mesure aussi l’érosion de la passion: «À la grande époque, l’organisation du tournoi pouvait laisser 40 000 balles dans les caisses du club. Maintenant, il y a moins de monde, ça tape moins le carton, ça boit moins de coups et le niveau sportif est moins bon, parce que les clubs viennent de plus en plus avec leur deuxième garniture, pas toujours avec une grande envie – il est arrivé que des équipes se retirent en cours de tournoi, faute de joueurs.»

Si l’avenir immédiat est assuré – le Lancy FC organisera le Tournoi en 2020, Étoile Laconnex est pressenti pour l’édition 2021 –, Jacques Chobaz se demande parfois jusqu’à quand la manifestation survivra.

Une interrogation que balaie Alexandre Dentand avec une certaine vigueur. «Le Tournoi des Campagnes reste un rendez-vous incontournable, assène le coprésident de Compesières. Nous, en tout cas, on a toujours joué le jeu. Ce tournoi, c’est notre bébé, il y a un lien historique. J’ai adoré le vivre en tant que joueur et je me réjouis de le faire comme dirigeant, parce que c’est la fête du foot genevois, l’occasion de revoir toutes les bonnes têtes à l’aube d’une nouvelle saison.»

Depuis que la 2e ligue interrégionale a été créée, depuis que la ville a gagné du terrain sur la campagne, le Tournoi a peut-être pris un peu de plomb dans l’aile. Cela n’empêchera pas seize équipes d’en découdre, dès samedi matin au stade Alfred-Comoli. S.M.

Créé: 23.08.2019, 08h00

Au menu de la 65e édition du Tournoi des Campagnes

Histoire
Créé en 1953 par Alfred Comoli, président du Compesières FC entre 1940 et 1972, le Tournoi des Campagnes vivra samedi sa 65e édition. Cette année comme tous les cinq ans, l’événement est abrité par le club créateur.
Programme
Samedi, la buvette du stade Alfred-Comoli sera ouverte dès 7h – gigot d’agneau ou rôti de porc au menu de midi. Les premiers matches, d’une durée de vingt minutes, débutent à 8h30 sur les terrains A et B. Seize équipes (Compesières I et II, Lancy, Donzelle, Plan-les-Ouates, Laconnex, Onex, Meinier, Vernier, Grand-Saconnex, Versoix, Choulex, Coheran, Meyrin, Collex-Bossy, Satigny et Perly) sont réparties en quatre groupes. Les deux premiers de chaque groupe participent aux quarts de finale dès 16h10.
Dimanche
Dans le cadre du centenaire du Compesières FC, le club organise une journée «des familles et des amis». La buvette sera en état de marche dès 7h. Diverses animations, dont un match de démonstration de l’école de foot (11h15), sont prévues. Le repas de midi sera constitué d’une paella géante et de quelques grillades. Remise des prix à 16h30. S.M.

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