Claudio Morelli venait de nulle part. Mais cela ne freine pas son ascension.

FootballJoueur quelconque, le nouvel entraîneur d’Etoile Carouge revient sur les terrains après un passage à Bâle.

Claudio Morelli, l'étoile de Carouge à nouveau fièrement accrochée sur le cœur.

Claudio Morelli, l'étoile de Carouge à nouveau fièrement accrochée sur le cœur. Image: Jean-Luc Auboeuf

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«J’ai toujours eu le sentiment que mon mental et ma réflexion étaient ceux d’un niveau supérieur auquel je jouais.» Claudio Morelli n’est pas arrogant. Il sait bien qu’il ne méritait pas forcément mieux que la 2e ligue, division la plus haute dans laquelle il a évolué durant sa carrière de joueur régional (Vernier, Aïre-le-Lignon, Donzelle). «J’avais le niveau qui était le mien. Techniquement, je ne pouvais pas prétendre à aller au-dessus.» En tant qu’entraîneur par contre, il s’est rattrapé. Et continue à gravir un à un des échelons qu’il ne pouvait pas atteindre joueur.

Celui auquel il va être confronté dès ce week-end en constitue un nouveau: la Promotion League avec Etoile Carouge. «En montant dans les catégories, tout devient plus pointu, plus précis, constate-t-il. Le moindre espace, le moindre temps de jeu est susceptible de te mettre en difficulté.» À 48 ans, le Verniolan a déjà entraîné dans quatre divisions différentes. La 3e et la 2e ligue avec Vernier, la 2e ligue inter avec Vernier et Bernex et la 1re ligue avec Bernex et Carouge. Bref, une décennie à obtenir des résultats probants (trois promotions) dans un rôle auquel il ne se destinait pas forcément. «J’ai commencé totalement par hasard. J’avais 37 ans et je jouais à Aïre. L’entraîeur d’alors a été remercié et on m’a demandé de prendre la suite. Je n’avais aucun diplôme, mais le plaisir a été immédiat.»

La progression a suivi. Parallèlement à une carrière réussie au sein de la banque Pictet. «Le plus grand challenge a toujours été de mener de front le côté professionnel et le sport. Ce n’est pas toujours facile en Suisse.» En dix ans, Claudio Morelli a donc fait des pauses. Après Vernier. Après Bernex. Avant de revenir à Carouge cet hiver aussi. Des moments qu’il a pu consacrer à son apprentissage. Morelli aime apprendre, aller voir ce qui se fait ici et là. Il parfait sa formation, en étant détenteur du diplôme A, un niveau où la plupart des candidats sont d’anciens professionnels. Et où le Genevois, le discours assuré, peut détonner: «Certains me voyaient avec sympathie, d’autres en revanche pouvaient penser que j’allais leur piquer leur boulot, sourit-il. Mais je voulais leur montrer de quoi j’étais capable. Au fond, avoir passé 25 ans dans le monde de la finance, c’est tout aussi important qu’une expérience dans le sport. Il y a aussi des objectifs de performance et une certaine pression. On peut tirer pas mal de parallèles.»

«Tu te tapes sur la tête»

À croire en lui et à vouloir aller au bout de son rêve, Morelli s’est ouvert des portes. Dans le cadre de sa formation d’entraîneur, il côtoie un certain Raphaël Wicky. «Nous partagions beaucoup de points communs, sur les plans footballistique et humain.» Et puis, à l’été 2017, le téléphone sonne: «Il m’a demandé d’être son analyste vidéo au FC Bâle. Il a fallu s’arranger professionnellement, mais mon entreprise m’a permis de diminuer mon temps de travail pour que cela soit possible et que je puisse trouver un équilibre.» Voilà comment l’entraîneur d’un Etoile Carouge en 1re ligue s’est retrouvé à faire des déplacements de Ligue des champions à Old Trafford ou à l’Estadio da Luz. «T’arrives là et tu te tapes sur la tête, se revoit-il. Tu te demandes si t’as le droit d’entrer. Mais c’est ce que j’ai toujours voulu.»

Un job de rêve, qui consistait à assister à tous les matchs depuis la tribune et à produire ses rapports. Mais un job éreintant. Les kilomètres au volant se comptent en dizaines de milliers en quelques mois. Le corps ne suit pas: une pneumonie, des problèmes de dos. «En mars 2018, j’ai annoncé à Wicky et Streller que je ne pouvais pas continuer comme ça.» Aucun regret: «Quand tu viens de nulle part et que tu t’es retrouvé là, tu peux mourir en paix en ce qui concerne le foot. J’ai vécu des choses exceptionnelles au niveau émotif. Cela m’a coûté beaucoup en santé, mais m’a apporté beaucoup en tant qu’homme. Je suis parti en paix avec moi-même.»

Voilà peut-être ce qui explique que Claudio Morelli n’était plus réapparu dans le football depuis plus d’un an et demi. Le besoin de se relever, de digérer. Et d’apprendre de cette expérience. «Peut-être qu’avant, j’étais un peu trop dogmatique. Il faut délivrer peu de messages, mais être clair et avoir des principes bien définis. Et il faut s’adapter aux joueurs.» Avec Vitkieviez et Correia comme avec Stocker et Frei.


À Carouge pour fédérer

«Le terrain m’a vraiment beaucoup manqué.» À Münsingen dimanche, Claudio Morelli se rassoira sur un banc de touche pour la première fois depuis le printemps 2017, avant son départ pour Bâle. Comme à l’époque, c’est l’Etoile qu’il portera sur son cœur. «J’adore Carouge, ce club», lance-t-il. C’est pour six mois qu’il a été nommé par le président démissionnaire Michael Palma, qui quittera ses fonctions en fin de saison (l’assemblée générale désignera son successeur le 25 mars).

Six mois durant lesquels Morelli ne se fixe pas d’objectif, alors que les Stelliens sont quatrièmes, à huit points du leader Yverdon. «Carpe diem, lâche le coach. Nous avons tout à gagner. Yverdon a une grosse pression et on peut leur jouer un mauvais tour. S’ils dérapent, on se doit juste d’être là.» Si Carouge peut compter sur deux recrues, le latéral Sinclair Baddy Dega (prêté par le Lausanne-Sport) et l’attaquant français Marveen Moreira (réserve d’Angers), Morelli aimerait aussi que Carouge devienne un moyen de valoriser le football local.

«Nous avons à Genève un vivier que toute la Suisse nous envie, d’une richesse exceptionnelle, plaide-t-il. Il faut que nous apprenions à échanger, à collaborer, avec moins d’ego et plus de travail pour grandir.» L’entraîneur appelle au soutien et à l’union des forces, notamment dans le cas où la Challenge League devait se rapprocher: «Carouge doit avoir des gens autour de lui prêts à s’engager.» Des bons résultats pourraient attirer l’attention.

Créé: 26.02.2020, 14h15

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