Ferrer a troqué l’indifférence polie contre une pluie d’hommages

TennisLes cadors du circuit étaient réunis pour le dernier tournoi du «Pou». Mais pourquoi son départ bouleverse-t-il autant?

David Ferrer était porté par cette énergie romantique de l’effort pour l’effort. Sans calcul de rentabilité.

David Ferrer était porté par cette énergie romantique de l’effort pour l’effort. Sans calcul de rentabilité. Image: AP

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Quinze ans que tout le monde s’en fout. L’introduction est triviale, presque vulgaire. Mais il faut parfois dire les choses comme elles sont. David Ferrer est peut-être «le meilleur joueur de l’histoire sans titre du Grand Chelem» mais il n’a jamais intéressé grand monde. Pape des courts annexes et des conférences de presse sans journaliste, le Valencien a traversé une carrière en périphérie. Moins fort que Nadal, moins fou que Verdasco, moins beau que «Deliciano» Lopez, «Ferru» n’avait pour lui que sa permanence. Trop bon pour la meute, pas assez pour les trophées. «I try my best», répétait-il sans cesse; trop content de faire croire au monde que son esprit était aussi binaire que son jeu.

Et puis David Ferrer a annoncé sa retraite. Et d’Auckland à Buenos Aires, des haies d’honneur ont escorté sa démarche saccadée jusqu’à la dernière étape. Dimanche, les vieux combattants s’étaient réunis sur le central pour un hommage. Et mercredi soir, la Caja Magica ne vibrait que pour cette question: «Ferru» déposera-t-il un dernier bandeau sur sa terre de labeur (le seul rituel concédé à sa médiatisation tardive) ou arrachera-t-il encore un exploit improbable face à Sascha Zverev?

Un cœur infatigable

«Cette photo avec tous ces grands joueurs, elle est belle, souriait mardi l’ancien No 3 mondial. Ils ont leurs obligations, leurs routines. On n’est pas forcément amis. Alors les voir tous réunis pour moi, ça m’a fait du bien.» Sur le chemin, chaque cador avait choisi ses mots pour définir l’héritage que laissera David Ferrer. «Un état d’esprit, une dévotion sans précédent» (Djokovic). «Un exemple pour nous tous en dehors du terrain» (Del Potro). «Une éthique de travail et une personnalité qui n’ont pas évolué durant vingt ans. J’ai beaucoup d’admiration pour le joueur et la personne» (Federer).

Soyons clairs, rarement un pot de départ à la retraite n’aura sonné aussi juste. Mais la sincérité des hommages appelle forcément cette grimace: pourquoi seulement maintenant? Pourquoi cette reconnaissance après tant d’ignorance? Après tout, David Ferrer prend congé avec trois Coupes Davis, une finale de Roland-Garros, deux demies à Melbourne et à New York et 28 millions de dollars de gain. Il y avait matière à applaudir. Quant à son jeu, «le Pou» compense depuis toujours les limites de son coup de raquette par ce cœur infatigable. Là encore, l’admiration est historique.

Il faut donc chercher ailleurs. Il nous vient alors l’idée que l’Espagnol était une présence rassurante. Dans le circuit, David Ferrer servait une digue entre l’excellence et le fabuleux. Il était la norme ISO du professionnalisme, celle qui valide les ambitions. C’était celui que l’on ne voit pas mais qui donne sens à vos extravagances ou à vos manques. Oser plus que «Ferru» était normal, craquer avant lui aussi. Comment le tennis va-t-il faire désormais sans son «Pou étalon»?

Des valeurs qui se perdent

Et puis, malgré son tennis monomaniaque, David Ferrer était porté par cette énergie romantique de l’effort pour l’effort. Sans calcul de rentabilité. «Ferrer, c’est d’abord la fidélité, explique le Genevois Johan Nikles, qui s’entraîne dans son académie. Chez lui, les entraîneurs sont les mêmes depuis ses débuts. Et quand il tape avec Bautista Agut, ils enchaînent sur un padel avec leurs coaches. C’est simple, sain. Tout le monde se respecte, peu importe le niveau. Comme dans une grande famille.» À l’heure où l’ATP se déchire pour quelques dollars de plus, «Ferru» emporte donc avec lui des valeurs qui se perdent. Tard mercredi soir, il a lutté encore pour tenter retarder l’échéance (victoire de Zverev 6-4 6-1). Porté par une vague d’amour qu’il ne pensait jamais recevoir.

Créé: 08.05.2019, 23h44

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