Ernesto Bertarelli: «Les bateaux de la Coupe sont exceptionnels»

VoileLe double vainqueur de la Coupe est aux Bermudes. Nous l’avons rencontré. Interview.

Ernesto Bertarelli a renoué avec la magie de la Coupe et ne s’en cache pas.

Ernesto Bertarelli a renoué avec la magie de la Coupe et ne s’en cache pas. Image: Jean-Guy Python

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Ernesto Bertarelli est de retour sur la Coupe de l’America. Le double vainqueur du plus vieux trophée sportif du monde n’avait plus été présent sur l’événement depuis la défaite de Valence en 2010. Dimanche, juste avant la deuxième déroute d’Oracle, il a reçu le petit groupe de médias suisse présents aux Bermudes. Interview.

Ernesto Bertarelli, vous voir sur la Coupe, c’est déjà un événement, non?

Cela fait sept ans depuis la défaite à Valence. Il y a du temps qui est passé, mais je ne trouve que les choses ont beaucoup changé. Les bateaux, oui. Ils sont vraiment super. Et je pense qu’il y a encore beaucoup de possibilités pour qu’ils aillent encore plus vite. J’ai pu m'en rendre compte samedi, car Franck Cammas m’a gentiment invité à naviguer avec lui. Il y a un énorme potentiel dans cette classe et j’espère qu’ils vont continuer avec ces bateaux.

Quelles sont vos premières impressions?

Le plan d’eau avec cette couleur turquoise est magnifique. C’est un plan d’eau difficile, très changeant, on a encore pu s’en apercevoir samedi lors des deux premières régates. Ces conditions vont sans doute nous offrir une très belle compétition sportive.

Et au niveau de l’ambiance?

On se trouve au milieu de l’Atlantique, dans un atoll. Il manque un peu de spectateurs même si ici, aux Bermudes, on sent que tout le monde est très engagé. C’est vrai que par rapport à Valence, c’est beaucoup plus petit. Si on parlait d’after-ski, on dirait que ce n’est pas Verbier. C’est plutôt Les Marecottes.

On spécule beaucoup sur les raisons de votre présence aux Bermudes. Pourquoi êtes-vous là?

Je suis là avant tout pour soutenir le Team Tilt sur la Red Bull Youth America’s Cup. Mais c’est vrai que j’avais aussi envie de voir ces bateaux de plus près. Nos D35, ils sont bien. On l’a encore vu au Bol d’Or hier. Mais ça fait quinze ans et ça s’essouffle. Tout le monde sur le Léman se demande s’il ne faut pas introduire un bateau à foils. Ces AC50 de la Coupe qui volent et qui vont à des vitesses folles, ça nous chatouille, c’est vrai. Donc voilà pourquoi je suis aux Bermudes. Et puis, je suis aussi là pour prendre du bon temps.

Allez-vous revenir sur la Coupe, comme cela se murmure?

Ce n’est pas d’actualité. Mais il ne faut jamais dire non. On verra bien ce qui se passe. Tout peut arriver...

Qu’est-ce qui vous retient?

La Coupe, c’est le jeu des incertitudes. Pour l’instant, ça penche dans le camp des Kiwis. Je ne suis pas sûr que sera la même chose après une semaine de pause. La dernière fois, à 8 à 1 pour la Nouvelle-Zélande, on croyait que c’était fait. Le règlement actuel est particulier, avec ce Defender qui part avec un point d’avance. On entend dire aussi que si les Kiwis gagnent, ils pouraient revenir au monocoque. Très franchement, aujourd’hui, c’est difficile de parler de la Coupe. Rien n’est connu sur l’avenir. Et puis, je l’ai gagnée deux fois. Il y a moins cette rage, cette envie de gagner. J’ai quand même d’autres activités. Et je me rends compte que c’est un jeu qui prend beaucoup d’énergie. Ce n’est pas que de la voile.

Votre rapport à l’événement semble plus serein. Allez-vous répondre à l’invitation que Russell Coutts vous a adressée et qu’il révèle dans une interview accordée au Matin Dimanche?

Cette proposition reflète bien l’état d’esprit actuel. Je crois qu’assez d’eau a coulé sous les ponts. C’est une initiative de sa part. Je pourrai vous raconter demain s’il avait quelque chose de particulier à me dire. Mais je ne pense pas. Je crois que c’est plutôt une façon de renouer des liens qui, effectivement, se sont un petit peu déchirés au moment de son départ pour l’équipe américaine.

Russell Coutts est celui qui a révolutionné la Coupe: quelle peut être encore son évolution?

Le temps des monocoques est passé. On ne peut plus revenir en arrière. Ces bateaux sont juste exceptionnels. Ils font envie. Tous les plus grands marins du monde veulent naviguer là-dessus.

Même les marins suisses…

Nous avons avec Arnaud Psarofaghis un barreur de niveau mondial. Il pourrait être ici à la barre de l’un de ces AC 50. Si une clause de nationalité devait être imposée qui exigerait qu’il n’y ait que des Suisses à bord, nous pourrions y répondre sans avoir peur. Ce qui n’était pas le cas il y a dix ans.

Alors, à quand cette vraie équipe de Suisse?

Je sais que tout le monde voudrait que je refasse la Coupe de l’America. Je ressens cette pression. Chez vous, les journalistes. Mais même chez moi! Il y a mes enfants qui me disent: «Mais papa pourquoi tu n’y vas pas?». C’est une décision qui ne se prend pas à la légère. C’est un engagement financier important. Une équipe comme Alinghi, qui a gagné deux fois, ne pourrait pas se présenter juste pour faire de la figuration. C’est comme gravir l’Everest: ça ne s’improvise pas! Pour l’instant je suis bien au camp de base. C’est un bon poste d’observation...


Les Kiwis écrasent la Cup. Pour l’instant

La 35e Coupe de l’America échappe à son propriétaire. Après les deux premières journées de régates, Oracle semble impuissant et se retrouve mené 3-0 après quatre courses. Rappel: les Kiwis ont commencé la finale à – 1, Oracle ayant obtenu un point de bonus en gagnant les qualifications. Une suprématie à ce moment qui semble presque surréaliste, au regard de la domination du Challenger. Une tendance claire se dessine: le bateau des Néo-Zélandais a quelque chose en plus.

Il faut se pencher sur le fonctionnement de la cellule arrière de chaque finaliste. Sur le bateau américain, on fonctionne à l’ancienne. Le barreur barre et s’occupe également du réglage des foils. Le régleur, Tom Slingsby, fait la tactique en plus des réglages. En observant James Spithill, on s’aperçoit bien qu’il ajuste en permanence l’incidence des foils avec sa main droite sur le volant. Il le fait au feeling.

Chez les Kiwis, le jeune Peter Burling ne s’occupe que de la conduite du bateau ainsi que de la tactique. C’est plus confortable que pour son homologue James Spithill. Glenn Ashby, lui, se concentre sur le réglage de l’aile, le moteur du bateau. Sur Emirates Team New Zealand, les réglages des foils – inclinaison, hauteur – sont faits par Blair Tuke, le 4e cycliste, celui qui ne pédale presque pas grâce à la puissance des trois autres.

L’autre trouvaille néo-zélandaise tient dans le système utilisé pour le réglage de l’aile. Au lieu d’une écoute, ils utilisent un vérin actionné par un simple joystick. Quand les Américains moulinent sur un winch pour border ou choquer l’aile, les Kiwis jouent au jeu vidéo. Encore un coup de génie dont l’utilisation a été rendue possible grâce à la puissance générée par les cyclistes. GSZ (TDG)

Créé: 18.06.2017, 22h06

A fond avec Team Tilt

Bertarelli ne tarit pas d’éloges à propos de la Red Bull Youth America’s Cup. Déjà en 2013, à San Francisco, il avait suivi ça de loin mais avec un très grand intérêt. Ces courses en flotte, réservées à des équipes nationales composées uniquement de marins de moins de 24 ans, avaient offert un show spectaculaire. Quatrième de l’épreuve en 2013, avec Lucien Cujean à la barre, la Suisse avait démontré qu’elle était bien une terre d’excellents spécialistes du multicoque. La Red Bull Youth America’s Cup est un vivier et un tremplin. L’identité du barreur vainqueur en 2013 le démontre à elle seule. Peter Burling avait mené les mini-Kiwis au paradis de la Youth. Et le voilà quatre ans plus tard à la barre de la fusée qui malmène Oracle.

Présent aux Bermudes, aussi pour soutenir Team Tilt et son barreur Sébastien Schneiter, le double vainqueur de la Coupe estime «que la création de cette compétition pour les jeunes est sans doute l’une des meilleures choses qui a été pensée par les organisateurs».

Depuis une semaine, il est aux premières loges pour soutenir ce Team Tilt qu’il connaît si bien. «Je les ai vus grandir sur le lac en les côtoyant sur le circuit des D35, explique Bertarelli. Je sais donc bien à quel point il y a du talent dans cette équipe.» Entre les qualifications et les finales qui commenceront mardi, les jeunes ont eu la chance d’être invités sur le Vava II, le yacht du milliardaire suisse, pour y suivre la première journée de la Coupe de l’America. «Il faut vraiment croire à une possible victoire, dit-il. C’est aussi une Suisse qui gagne, j’aime bien ça. Maintenant, rien ne sera simple dans cette compétition. Le format de course, avec une flotte de huit bateaux et un plan d’eau qui peut réserver bien des surprises, n’offre que très peu de garanties.»

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