Les élèves ne parviennent pas à dépasser le «Maître»

TennisFan de Federer dans sa jeunesse, David Goffin a incarné les difficultés de toute une génération à le démythifier.

6-2 6-2 6-0: le Maître Roger Federer a encore donné la leçon à l’élève David Goffin, ce dimanche à New York.

6-2 6-2 6-0: le Maître Roger Federer a encore donné la leçon à l’élève David Goffin, ce dimanche à New York. Image: Keystone

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Roger Federer n’a pas eu besoin de forcer, de feindre l’épuisement ou le doute, histoire de paraître moins tyrannique. Il faisait chaud (24 degrés) et il ne transpirait même pas. Par instants, c’en était presque humiliant (6-2 6-0). À la fin, c’est la même question qui revient: le tennis masculin a-t-il mieux à proposer comme alternative au vieillissement de ses élites qu’un jeunisme exalté et des B-boys de colifichets?

La génération dite perdue, à laquelle appartient David Goffin, semble avoir déjà capitulé. Faut-il le rappeler, le Belge était un fan de Federer. À 28 ans, il a passé l’âge de punaiser des posters dans sa chambre d’hôtel, mais il en subsiste des traces, les stigmates d’une admiration profonde qui, impossible de l’expliquer autrement, l’a laissé sans réaction, inerte, sans même un haussement de sourcil ou d’épaule, après avoir mené 2-1, break d’avance, au premier set, puis concédé les six jeux suivants…

L’air impassible de Goffin avait quelque chose de biblique, quelque chose qui relève de la soumission. Il était l’expression manifeste d’un sentiment d’infériorité et d’une défaillance incompréhensible, dans des proportions mal définies. Reste que les faits sont là: les élèves ne réussissent pas à dépasser le «Maître» et, mieux que personne peut-être, Grigor Dimitrov, prochain adversaire de «RF» en quart de finale, incarne les difficultés de toute une génération à le démythifier.

«Tu entres sur le court en te sentant bien, raconte David Goffin. Tu es prêt, heureux. Et puis, face à «Lui», tu te mets soudain à mal servir, à rater des balles faciles, à faire des choix absurdes, et le match file… C’est très difficile de sombrer pareillement, surtout quand tu ne sais absolument pas pourquoi.»

Trente-cinq points gagnants, trente sur service adverse, vingt-trois à la volée: Roger Federer s’est rué sur les balles courtes avec une espèce de véhémence animale, tout en souplesse et en vitesse d’exécution – vieux lion que l’odeur du sang ne laisse pas d’attirer. «J’ai profité de ces circonstances un peu particulières où un joueur connaît un mauvais jour, et l’autre un très bon», a-t-il commenté sobrement. Au sujet de Grigor Dimitrov: «J’aime le regarder jouer, j’aime l’affronter (ndlr: sept victoires à zéro). Nos styles sont un peu similaires et j’ai pu en tirer certains avantages. Mais chaque match a son histoire, on le voit depuis le début de la semaine.»

Paranoïa artificielle

Avant le tournoi, Roger Federer tentait de créer artificiellement une paranoïa douce et hallucinogène. «Je pense vraiment que les jeunes frappent à la porte. Rafa, Novak et moi continuons de gagner, mais sur une marge toujours plus étroite.» Y croyait-il vraiment?

Ce n’est pas le cas, cette fois, d’«une certaine presse», jamais la dernière à regarder par le trou de la serrure mais gentiment désabusée. «Nous attendons une nouvelle jeunesse depuis dix ans et il faut reconnaître qu’elle prend son temps», ironise Patrick McEnroe sur ESPN.

Fatigués de faire la sortie des écoles, les vieux de la vieille vont voir ailleurs et demandent maintenant au «Maître» où il se voit à 70 ans – des fois qu’il répondrait dans le top 10. «Où je me vois? Mais en Suisse, évidemment! À la montagne en hiver et au bord du lac en été. Où voulez-vous que j’aille d’autre?» Totalement inamovible.

Créé: 01.09.2019, 22h38

Fenêtre sur court

Balade. Non content d’avancer sur une voie dégagée où, en plus, certains adversaires se retirent d’eux-mêmes (Kokkinakis), Rafael Nadal a croisé la route d’un jeune homme apeuré (Chung), incapable de profiter de sa mollesse au service (50% de premières balles). Prochaine étape: Marin Cilic.

Tourisme. Belinda Bencic a profité du forfait d’Anett Kontaveit pour dîner en ville et préparer sa rencontre avec Naomi Osaka qui, elle, s’annonce dépourvue d’urbanité. Samedi, la tenante du titre a fait pleurer la baby girl américaine Coco Gauff, qu’elle a martyrisée à grands coups de trajectoires puissantes et fabuleuses. «Je n’avais plus abordé un match de cette façon, avec autant de concentration, depuis l’Australie (ndlr: où elle a triomphé). Désolée Coco…» Tiens-toi prête Belinda.

Envolée. On l’avait découverte en 2013, à Wimbledon, où elle débutait dans la joie et la relative allégresse de ses 92 kilos. La Fédération américaine menaçait de lui couper les vivres au prétexte de son poids, alors qu’elle était numéro une mondiale chez les juniors. Cette affaire avait soulevé un vrai débat de société aux États-Unis où, chez les adolescents, la stigmatisation du corps féminin est une cause importante de suicide. Mais Taylor Townsend est revenue, dans la joie relative («Mon image restera associée au débat sur l’obésité») et l’allégresse décuplée de son tennis d’attaque, qui ronronne à une moyenne de trente montées au filet par set; 106 au total contre Simona Halep!

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