Daniel Yule offre un triomphe à la Suisse à Adelboden

Ski alpinLe Valaisan s’est imposé en patron dans l’Oberland bernois, pour devenir le plus prolifique slalomeur suisse de l’histoire.

Quatre jours après sa victoire à Madonna, Daniel Yule est à nouveau fêté par ses équipiers et son staff.

Quatre jours après sa victoire à Madonna, Daniel Yule est à nouveau fêté par ses équipiers et son staff. Image: EPA

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À Adelboden, le dimanche, c’est d’habitude un poil plus tranquille que la veille. La monstre ambiance est le privilège du géant programmé samedi, mythe éthylique de la Coupe du monde. Les slalomeurs suisses ont cette année choisi de tordre le cou à la tradition: ce sont eux qui ont fait péter le champagne au pied du Chuenisbärgli. Daniel Yule a triomphé pour délivrer une foule assoiffée d’émotions – quatre skieurs helvétiques dans le top 5 après la première manche, de quoi attiser les plus folles espérances. Elles auront été comblées par le sang-froid du Valaisan, comme imperméable aux affres de la pression, lui qui s’élançait en dernier après avoir signé le meilleur temps sur le tracé initial. Emporté par la marée rouge, même Ueli Maurer exultait démonstrativement, des ressorts montés sous les semelles de ses bottes à neige.

«D’habitude j’ai un régime très strict, mais là, oui, ce sera champagne, se lâchait Yule. Entre les deux manches, je me suis dit qu’il fallait y aller à fond pour ne pas avoir de regrets. Je suis tellement content que tout ait fonctionné. J’ai fait une erreur juste avant l’entrée du mur, je n’y croyais plus, et puis finalement c’était du vert à l’arrivée. Quelle sensation incroyable.»

Treize ans après...

Une ivresse dominicale qui fait du bien au ski suisse. Si le renouveau des techniciens helvétiques est établi de longue date maintenant, il n’avait jamais encore pochardé le public local. Il faut remonter à la victoire de Marc Berthod en 2007 pour trouver trace du dernier podium helvétique entre les piquets serrés dans l’Oberland bernois. Historique, donc, pour une fois le mot n’est pas galvaudé. D’autant plus pour Daniel Yule, qui devient le premier slalomeur suisse à comptabiliser trois victoires en Coupe du monde. «C’est une statistique qui fait plaisir, souriait le champion de l’Oberland bernois. Mais aujourd’hui, ce qui importe, c’est cette victoire à Adelboden. On regardera à la fin de ma carrière ce qui restera dans l’histoire.» C’est certain, l’homme veut aller encore plus loin, grimper sur des sommets jamais atteints.

Victorieux mercredi déjà à Madonna di Campiglio, Daniel Yule s’est appuyé sur des certitudes nouvelles pour franchir un palier cette saison. «Arriver en tant que multiple vainqueur ici à Adelboden, ça a agi comme un déclic dans ma tête, confiait-il. Je savais que je pouvais le faire. Évidemment, la retraite de Marcel (ndlr: Hirscher) aide aussi, ça a libéré pas mal de concurrents.» Une performance majuscule réalisée qui plus est sur un tracé qu’il n’apprécie pas particulièrement, lui qui n’avait jamais brillé à Adelboden, avec un huitième rang comme meilleur résultat jusque-là. «Les dernières années, les conditions étaient difficiles, soufflait-il encore. Là, la neige était dure, elle répondait sous le pied, j’aime quand elle accélère le ski comme ça. Ça m’a permis de me lâcher à fond.»

Dans le camp suisse, un homme avait le bonheur plus contenu – en apparence tout du moins. Matteo Joris, coach des slalomeurs, sait qu’on n’est là qu’au début de quelque chose de grand. «Il ne faut pas avoir peur de le dire, la Suisse a actuellement la meilleure équipe de slalom du monde, estimait l’Italien. Il faut assumer ce statut maintenant, ne pas avoir peur de bomber le torse. Après Zagreb, où le résultat d’ensemble était moins bon, je leur ai rappelé de quoi ils étaient capables, qu’ils ne devaient pas se cacher. Je leur ai demandé de relever la tête dès la prochaine course et ils l’ont fait. Mentalement, c’est toute l’équipe qui a franchi un palier.» À l’instar de Ramon Zenhäusern, «seulement» quatrième dimanche car diminué par une «grosse gastro». «Vendredi soir j’étais coincé sur les toilettes de 2h à 6h du matin, soufflait le vice-champion olympique de la plus technique des disciplines. Je n’avais pas beaucoup d’énergie dans le ventre, mais ça a quand même suffi pour me concentrer pour ces deux manches. Dans ces circonstances, je suis vraiment très content de ma performance.» Et le géant de Viège (2,02 m) d’admirer la prestation de son coéquipier: «C’est phénoménal comme Daniel a réussi à résister à la pression pour aller chercher cette victoire. Mais c’est toute la performance d’équipe qu’il faut saluer. Le potentiel est énorme, on l’a vu en première manche. En plus on est tous encore assez jeune, l’avenir est radieux.»

Wengen les attend

Dimanche prochain à Wengen, l’armada helvétique aura l’occasion d’établir ce qui est appelé à devenir une domination. Avec Daniel Yule, désormais en route pour le globe de cristal de la discipline, en fer de lance, mais pas que. «Ce qu’il y a de bien dans notre équipe, c’est que quand il y en a un qui se plante, il y en a toujours un autre pour le rattraper», se réjouissait encore Ramon Zenhäusern. L’autre classique de l’Oberland bernois est prévenue: elle peut mettre le champagne au frais.


Commentaire: La Suisse est enfin une terre de slalom

Vu comme ça, c’est presque une hérésie. Dans toute l’histoire de la Coupe du monde de ski alpin, soit depuis 1967, les slalomeurs suisses comptent seulement dix-sept victoires – à titre de comparaison, c’est dix fois moins que les spécialistes de descente. Trois d’entre elles sont désormais à mettre au compteur de Daniel Yule, splendide vainqueur dimanche à Adelboden. Voilà le skieur du val Ferret très officiellement élevé au rang de meilleur slalomeur suisse de tous les temps, devant Pirmin Zurbriggen, Didier Plaschy et Dumeng Giovanoli, tous bloqués à deux succès.

À 26 ans, le skieur valaisan est arrivé à maturité. Et à jeter un coup d’œil à sa progression, son avènement est tout sauf une surprise – pour qui sait prendre son mal en patience. Une ascension parfaitement régulière: d’abord dans le top 30, puis dans le top 10, enfin dans le top 5 la saison passée, avant de maintenant s’établir pour de bon comme un favori au podium à chaque fois qu’il se présente dans le portillon de départ. Une constance qui ne laisse pas la moindre place au doute: son règne est parti pour s’établir dans la durée.

«J’aime quand tout le monde me regarde, quand la pression est à son comble, confiait le skieur du val Ferret après son succès à Adelboden, porté – au lieu d’être emporté – par une marée rouge fiévreuse. Je savais que tout reposait sur moi, j’adore ça.» Un tempérament de champion, à l’évidence, lui qui se sublime là où d’autres s’écroulent.

Daniel Yule bombe le torse naturellement, sans faux-semblants ou autre méthode Coué. Sûr de sa force, certain de son talent, convaincu que sa place est tout en haut. Un leader emblématique, capable de faire de la Suisse une place forte de la plus technique des disciplines. De quoi gommer cette anomalie historique: la Suisse est désormais terre de slalom.

Créé: 12.01.2020, 21h20

Marc Rochat et Tanguy Nef bien dans le coup

Les deux Lémaniques de l’équipe de Suisse de slalom ont quitté Adelboden sans tirer la gueule. Au contraire, même si leurs résultats pourraient sur le papier prêter à la grimace. Tanguy Nef, éliminé sur le second tracé après avoir accroché une magnifique quatrième place lors de la première manche; et Marc Rochat, seizième au final avec son dossard 61, loin de son réel potentiel mais sur la bonne voie.

«Je suis content d’avoir tiré ces deux manches en bas, expliquait le Lausannois. Je ne m’attendais pas à un miracle ici, avec un dossard aussi élevé. Je ne voulais pas partir tête baissée, mais juste faire deux manches solides, sans en rajouter.» Un discours plutôt étonnant dans la bouche de celui qui a longtemps refusé de faire des compromis, préférant tout risquer que jouer la sécurité, au point de dégringoler dans la hiérarchie après une dernière saison faite d’éliminations. «À force de se casser la gueule, on apprend pas mal, lâchait-il encore. L’année passée, ça m’a marqué, alors là je suis devenu plus sage. Mais une fois que je serai pleinement rassuré, j’espère vous montrer à nouveau un peu de folie.»

Tanguy Nef refusait lui aussi de baisser la tête, même si de son propre aveu il repartait d’Adelboden «la queue entre les jambes». «J’étais complètement dans le coup en première manche, donc je pars quand même avec des certitudes, déclarait le Genevois. C’est vrai que c’est dommage de repartir bredouille, mais je garderai des souvenirs de cette course toute ma vie. C’était incroyable cette passion au bord de la piste. Adelboden, c’est unique, phénoménal, en fait il n’y a pas de mots. Je vais demander des conseils à Daniel (ndlr: Yule) pour savoir comment il fait pour gérer la pression de ce public fantastique.»

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