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Chagas: «Je n’aime pas ce nom de joker»

Buteur-remplaçant de Servette, le Brésilien ne cache ni ses joies ni ses frustrations. Il réclame, doucement, du temps de jeu.

Mychell Chagas: «Les chiffres parlent pour moi et c’est sûr que j’ai envie de jouer les matches depuis le début.»
Mychell Chagas: «Les chiffres parlent pour moi et c’est sûr que j’ai envie de jouer les matches depuis le début.»
ÉRIC LAFARGUE

Le soleil tape, alors on s’assoit sur le banc du Stade de Genève. C’est de là que Mychell Chagas a surgi dimanche passé, pour aider Servette à passer l’épaule contre Lucerne – il figurait dans le onze idéal de la journée. C’est sur ce banc, aussi, que le Brésilien ressasse son paradoxe. Côté rose, il vit son rêve de joueur pro à 30 ans, meilleur buteur grenat depuis son arrivée à la Praille en janvier 2018. Côté moins drôle, il ronge son frein de remplaçant, persuadé qu’il vaut mieux. Vendredi, en homme habitué à devoir agir vite, il a pris une vingtaine de minutes pour évoquer tout ça. Cash, constructif et accrocheur, un esprit qui colle bien avec ce Servette FC qui s’en va défier ce samedi soir le FC Bâle (voir l’encadré).

Ces 34 minutes contre Lucerne, vos premières en Super League, sont-elles les plus belles de votre carrière?

J’en ai beaucoup profité. Quand tu joues au football, tu as envie d’aller le plus haut possible. Et la Super League, en Suisse, c’est le plus haut. Donc oui, ces 34 minutes resteront comme l’un des plus beaux souvenirs. Je n’ai jamais lâché mon rêve, qui était de jouer au plus haut niveau. J’ai beaucoup bataillé pour y arriver. C’est la preuve qu’en travaillant, tout est possible.

Le fait d’atteindre ce rêve sur le tard le rend-il plus beau?

Oui. C’est clair que j’ai déjà connu beaucoup de choses dans ma vie. Cela me permet de mieux appréhender tout ce qui se passe. Je sais que 30 ans, pour le monde du foot, ce n’est pas jeune. Mais dans l’esprit, le caractère, j’entame chaque match comme si j’avais 18 ou 21 ans. J’aime le foot, mon corps suit, il me permet de tout donner. Ces 30 ans, c’est seulement un chiffre dans ma vie. Sur le terrain, je suis comme un gamin.

Cette belle entrée contre Lucerne vous laisse-t-elle espérer une titularisation samedi à Bâle ou, au contraire, risque-t-elle de vous renforcer dans votre statut de joker?

Premièrement, je n’aime pas ce nom de joker. Les journaux et les gens l’utilisent, mais il ne me convient pas. Je ne suis pas un joker. Un joueur qui serait content de ce rôle, pour moi, ne serait pas un vrai joueur. Je ne me vois pas comme un gars qui peut seulement faire la différence depuis le banc. À chaque fois que j’entre, je donne tout pour montrer au coach que je pourrais jouer depuis le début. Je suis souvent entré en cours de jeu depuis mon arrivée, je pense avoir fait les choses bien, j’ai marqué des buts. Là, je continue à me donner à fond. Je me vois comme l’un des joueurs offensifs les plus dangereux à Servette. Les chiffres parlent pour moi et c’est sûr que j’ai envie de jouer les matches depuis le début.

Vous étiez le plus efficace la saison dernière, avec vos 14 buts en 844 minutes. Vous est-il arrivé d’être fâché?

Cette saison a été difficile. Cela ne m’était jamais arrivé d’être aussi souvent décisif tout en étant remplaçant. Mais j’avais ma famille, mes amis derrière moi. Des gars dans l’équipe aussi m’encouragent, en me disant que ça va venir.

Quelle est votre relation avec le coach Alain Geiger?

C’est une relation normale. Il fait son travail et moi j’essaie de faire le mien. En tant que joueur, je dois accepter sa décision. Et lui, en tant qu’entraîneur, doit faire ses choix. C’est normal.

Quand vous entendez que Servette cherche un nouvel attaquant, que ressentez-vous?

Je sais qu’on en parle mais à mes yeux, avec les attaquants qu’il a, Servette n’a pas besoin d’un nouveau. Si quelqu’un vient nous aider, il sera toujours le bienvenu. Mais je pense qu’avec Schalk et Kone, nous offrons suffisamment de caractéristiques et d’options différentes pour le jeu de l’équipe.

Est-il vrai que vous auriez pu quitter le club cet été?

Oui, il y a eu des intérêts à l’étranger. Mais ce n’est pas allé plus loin. J’ai un contrat avec Servette jusqu’à la fin de la saison, je veux donner le maximum et on verra. La seule chose que je veux, comme tout joueur, ce sont des minutes de jeu. Je suis très content à Genève, heureux de défendre ce maillot grenat. J’ai juste besoin de jouer un peu plus (rires).

Vous êtes footballeur pro depuis même pas deux ans. Ça fait quoi?

J’en profite chaque jour parce que je connais l’autre côté. Je sais ce que c’est de se lever à 6 h 30 du matin, d’aller au bureau et de passer de 8 h à 17 h 30 devant l’ordinateur – j’ai travaillé plusieurs années au Groupe Mutuel. C’est dur, quand tu as envie de jouer au foot. Après le travail, il fallait vite aller de Zurich à Rapperswil pour l’entraînement, je ne rentrais pas à la maison avant 22 h, pour recommencer le lendemain à 6 h 30. J’ai désormais bien plus de temps à consacrer à la famille, la récupération. Comme je vous l’ai dit: c’est un rêve que je vis. J’ai taffé beaucoup pour y arriver et maintenant, je vais bien en profiter.

Ce rêve, l’aviez-vous déjà lorsque vous avez quitté le Brésil pour la Suisse, à 10 ans?

Déjà au Brésil, tout petit. Là-bas, quand tu viens d’une famille normale, sans trop d’argent, il n’y a pas grand-chose à faire. Il te reste un ballon pour jouer. C’est ce que je faisais toujours. Quand je suis arrivé en Suisse, la première chose que j’ai faite, c’est demander à mon beau-père où je pouvais jouer – j’ai commencé par trois ans au FC Zurich. Le foot m’a donné énormément d’émotions. C’est lui qui a dicté mon chemin et qui m’a sans doute évité de faire des bêtises quand j’étais jeune. Aujourd’hui encore, quand je vois un petit gamin avec un ballon, il me vient un sourire. Cela te donne tellement d’émotions positives dans la vie que jamais je ne le lâcherai, ce ballon.

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