Et si c’était le moment idéal pour se doper en toute quiétude?

CoronavirusLes forces sanitaires étant occupées à lutter contre le coronavirus, le dopage pourrait connaître un boom ce printemps.

Les athlètes pourraient être tentés de profiter des largesses temporaires de la lutte antidopage.

Les athlètes pourraient être tentés de profiter des largesses temporaires de la lutte antidopage.

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Il y a les athlètes qui, depuis quinze jours, relativisent toutes les conversations liées au sport, pour mettre en avant l'urgence sanitaire que représente la pandémie pour la société. Et il y a Alex Wilson. En fin de semaine dernière, le Bâlois n'a pas pris de pincettes ni cherché à souligner «la futilité actuelle du sport». Le sprinter d'origine jamaïcaine a lâché une petite bombe dans un paysage sportif à l'arrêt, et qui s'accroche à ce qu'il peut: ce printemps pourrait devenir celui de tous les excès pour les amateurs de dopage. «Grâce au coronavirus, l'heure des dopés est arrivée», a prévenu Wilson.

Cette affirmation sans concession trouve son origine dans le ralentissement des contrôles depuis l’apparition du Covid-19, tous les yeux et toutes les mains étant focalisés sur la lutte contre le virus. Ni l'Agence mondiale antidopage, ni Antidoping Suisse ne s'en cachent: «Des contrôles sont toujours possibles, mais ils seront réduits et effectués avec des précautions accrues pour protéger le personnel de contrôle et les athlètes suisses», communiquent les seconds à ce sujet. La porte ouverte à tous les abus?

«Le dopage, ce n'est pas que de la chimie»

La réponse n'est ni complètement blanche ni totalement noire. Une nuance de gris qui amène à la réflexion suivante: les conditions d'entraînement actuelles, tout sauf optimales, convaincront-elles les athlètes de limiter la casse par la prise de substance interdites? Ou, à l'inverse, les dissuaderont-elles de basculer dans l'illégalité sachant que, sans un entraînement adapté, un sportif ne peut pas tirer un bénéfice maximal des produits dopants?

«Au risque de passer pour un grand naïf, j'ai envie de leur faire confiance, lâche Martial Saugy, chercheur antidopage à l'UNIL. Le dopage, ce n'est pas que de la chimie. On parle aussi de l'aspect mental, de la volonté de s'entraîner. Un athlète qui recourrait au dopage maintenant le vivrait probablement très mal.»

Planification impossible

Ce d'autant que le flou entourant le calendrier et la suite des compétitions empêche toute programmation précise. Cela vaut pour l'entraînement, mais aussi pour n'importe quel processus de dopage, généralement très strict en termes de planification. Alors se doper, certes, mais en vue de quelle échéance? «Il n'y a pas de consensus universel à ce sujet mais, pour ma part, je suis convaincu que si un athlète profite de ces six, dix ou douze prochaines semaines pour se doper, il n'en tira pas d'avantages sur le moyen ou long terme. Soit au moment où les compétitions pourraient reprendre», continue Martial Saugy. A contrario, la formule «Dopé un jour, dopé toujours» est validée par plusieurs études. D'où les huées et la haine qui s’abattent sur les sportifs au moment où leur suspension pour dopage prend fin, à l'image de Justin Gatlin, copieusement sifflé par le public de Londres après sa victoire sur 100 m aux Mondiaux de 2017. «Je garde en mémoire l'image de ces sauteurs en hauteur qui abusaient de certaines substances pour pouvoir enquiller et encaisser les séances d'entraînement à un rythme hallucinant. Or en ce moment, à moins de posséder une cave de 300 mètres carrés parfaitement aménagée, je ne suis pas sûr que ce type de dopage fasse vraiment sens», sourit Loïc Gasch, meilleur sauteur suisse actuel.

Un plongeon dans l'inconnu

Sur les aspects purement pragmatiques, la balance risques-bénéfices semble clairement pencher du côté négatif. Parce que, à toute situation exceptionnelle, comme celle que nous vivons actuellement, s’ajoute un plongeon dans l'inconnu. «La littérature scientifique n’aborde pas, ou très peu, les questions qui peuvent se poser actuellement, pointe Fabien Ohl, sociologue à l'UNIL et spécialiste de la question du dopage. Du moment que certains produits stimulent la croissance musculaire mais que l'athlète ne peut pas forcément s'aligner au niveau de sa charge d'entraînement, on peut imaginer un déséquilibre et risque accru de blessures.»

Cela sans oublier les dangers habituels. Celui de se faire pincer, celui de jouer avec sa santé, celui d'être suspendu, exclu. «Cette pesée d’intérêts peut exister, mais il ne faut pas penser que tous les sportifs sont animés par une pensée rationnelle et calculent tous les risques, reprend Fabien Ohl. Certains ne se doperaient jamais même s'il n'y avait pas de contrôles. D'autres se dopent malgré les prises de sang et autres tests. C'est ainsi.»

Tout en reconnaissant ses failles et les largesses engendrées par le coronavirus, l'Agence mondiale antidopage a rappelé lundi que les moyens ne manquent pas pour rattraper les tricheurs. En résumé, les contrôles continuent avec une intensité réduite et, surtout, dans le respect des règles sanitaires édictées par chaque gouvernement. «C'est peut-être là le plus gros problème, lance la sprinteuse Sarah Atcho. Il faudrait une ligne de conduite commune et claire. Si la surveillance des athlètes n'est pas la même dans chaque pays, cela va conduire à un vrai souci d'équité.»

En début d'année, la Chine avait annoncé la suspension pure et simple de ses contrôles, provoquant au passage un tollé monumental. «La situation est identique au Kenya. Plus d'entraînements, plus de lutte antidopage», souligne Martial Saugy. Un contexte flottant qui rend encore plus pertinent le report des JO de Tokyo annoncé mardi.

Créé: 25.03.2020, 16h04

Sarah Atcho: «J'ai été contrôlée il y a deux semaines»

Sarah Atcho et Loïc Gasch ont vécu des débuts d'année parfaitement opposés. Sportivement déjà: pendant que la sprinteuse subissait une opération à un genou, le sauteur en hauteur améliorait son record personnel en franchissant une barre à 2,27 m. Mais surtout en coulisses. «On m'a contrôlé cinq fois en marge de mes compétitions en début de saison, assure le Vaudois. Je préfère largement que ce soit fait chez moi, à l'improviste, même en cette période. Après un concours, c'est le pire moment. On a juste envie de retrouver notre équipe ou les autres athlètes pour manger, puis rentrer à la maison. Au lieu de ça, on doit patienter parfois des heures.» Depuis le début de l'épidémie, par contre, plus rien.

Tout l'inverse de Sarah Atcho, qui a eu droit à une visite des contrôleurs il y a deux semaines. «Tout s'est très bien passé. La personne a respecté des mesures d'hygiène renforcées. Elle avait un masque, a laissé ses chaussures et sa veste à l'entrée et ne s'est approchée que pour effectuer la prise de sang. Si ça m'a gêné? Absolument pas. C'est même plutôt sain que les contrôles continuent.»

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