C’est encore un champion du monde que l’on n’attendait pas!

Mondiaux de ski à Saint-MoritzTitré en descente en 2011, Erik Guay s’impose cette fois en super-G. Berezina suisse: Carlo Janka est 8e, Beat Feuz 12e.

Erik Guay a survolé les débats hier lors du super-G, une discipline dans laquelle son dernier succès remontait à 2010…

Erik Guay a survolé les débats hier lors du super-G, une discipline dans laquelle son dernier succès remontait à 2010… Image: EPA

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Quelle belle histoire! Ils n’ont pas eu besoin, comme Beat Feuz et les Suisses, de s’entraîner depuis deux ans sur cette piste de la Corviglia, de connaître les passages à l’aveugle, les virages et tous les mouvements de terrain par cœur. Quand on est né de l’autre côté de l’Atlantique, on a ce truc en plus dans le sang qui s’appelle la «gagne».

Tous les deux ans, lors des épreuves majeures, ils sortent, comme des marmottes, de leur hibernation quand on ne les attend pas. Que ce soit aux Jeux olympiques ou aux Mondiaux, dès le moment où on distribue des médailles, ils émergent la tête la première du portillon.

Déjà titré en descente en 2011 à Garmisch-Partenkirchen, Erik Guay (35 ans) a remis de l’or à son cou dans les Grisons. A l’instar de Nicole Schmidhofer la veille, c’est le lauréat qu’on n’attendait pas. Il est désormais le plus vieux champion du monde de l’histoire. Le Québécois est allé chercher cette fois-ci la consécration en super-G, dans une discipline qu’il n’avait plus domptée depuis 2010 (également en Bavière) et devenue cette saison la «chose» de Kjetil Jansrud, un Norvégien qui tenait bien fort son os avant que le Montréalais ne coupe la ligne. Avec près d’une demi-seconde d’avance…

«Tellement de coups durs»

«Quand j’ai entendu la clameur de la foule et que j’ai vu sur le tableau d’affichage que je possédais un avantage de quarante-cinq centièmes sur Jansrud, je n’en revenais pas. C’était émotionnellement très fort. Encore plus qu’à Garmisch en 2011. Il s’est passé tellement chose depuis, tellement de coups durs…» racontait le héros de la journée à tous les micros, les yeux mouillés derrière ses lunettes noires.

Troisième en décembre dans le super-G de Val Gardena, le sympathique skieur du mont Tremblant n’avait pas encore triomphé cet hiver, il attendait même ce moment depuis mars 2014, après sa cinquième et dernière victoire en Coupe du monde. Or celui qui est aussi monté 21 fois sur un podium a bien failli ne plus connaître ce sentiment d’extase. Il y a dix jours à Garmisch, ce spécialiste de la vitesse a eu très peur. Après avoir été projeté dans les airs sans contrôle à 115 km/h à l’approche d’un saut, il a atterri sur le dos. Il a probablement été sauvé par son airbag.

«C’est vrai que l’envolée était plutôt spectaculaire, et j’ai eu de la chance de m’en sortir sans nouvelle grave blessure, raconte le champion. Mais malgré cette frayeur, cela ne m’a jamais traversé l’esprit que le ski était devenu trop dangereux pour moi. C’est notre métier et nous sommes habitués à mettre de côté ce genre d’accident.»

On l’a dit, quand il s’agit de déplacer des montagnes pour leur patrie dans un grand événement, les Nord-Américains savent mieux que quiconque se transcender pour hisser au sommet leur drapeau. «Quand vous êtes aux championnats du monde, il faut oser et c’est ce que j’ai fait aujourd’hui», se félicitait un Guay aussi joyeux qu’un pinson. Il revient de si loin. Opéré à six reprises à un genou et à la hanche (dont une lourde opération en 2014 pour combler un trou à la tête de l’os fémoral) et en délicatesse avec son dos depuis de nombreuses années, ce père de trois petites filles – Logann (9 ans), Leni (5) et Marlo (3) – est un miraculé du sport.

Si aucun Yankee n’est monté sur la boîte, c’est un autre Canadien qui a complété le triomphe nord-américain. Comme cadeau d’anniversaire, quoi de mieux qu’une médaille aux Mondiaux! C’est ce que s’est dit Manuel Osborne-Paradis, qui s’est offert contre toute attente du bronze pour ses 33 ans. «Je suis particulièrement content pour «Manny», qui a aussi dû souvent se battre dans sa carrière», s’est réjoui Erik Guay.

Revanche samedi?

«Je ne suis pas étonné de voir deux Canadiens sur le podium, s’est exclamé pour sa part le Français Alexis Pinturault (6e). Car non seulement ce sont d’excellents glisseurs, mais en plus cette neige compacte, agressive et glacée à certains endroits est similaire à celle qu’on trouve aux Etats-Unis.»

C’est le Bernois Martin Rufener, patron des Canucks, qui a bien rigolé, lui que Swiss Ski n’avait pas su retenir en 2011 alors qu’il n’attendait qu’un signe de ses dirigeants. A l’époque, il était le chef d’un Beat

Feuz, qui est passé complètement à côté de sa course hier (12e à 1’’13) mais bien décidé à prendre, lui aussi, sa revanche samedi dans la descente. Après le sacre de Patrick Küng à Beaver Creek, ce serait aussi une belle histoire qu’il se retrouve, comme Guay et Osborne, au paradis le jour de son 30e anniversaire, non? A lui de se surpasser. Comme un Américain. Cela fait deux ans qu’il s’entraîne sur ce tracé qu’il connaît par cœur…


Et si Fabienne Suter montait enfin sur le podium?

Fabienne Suter participe à ses sixièmes Mondiaux. Image: Keystone

Et si après le titre olympique de Dominique Gisin à Sotchi, Fabienne Suter devenait, dimanche, championne du monde à Saint-Moritz? Comme l’Obwaldienne en Russie et comme ce fut déjà le cas pour elle il y a trois ans avant de terminer 5e de la descente, la Schwytzoise (32 ans) a une nouvelle fois dû passer par le cap des qualifications avant de mériter de se lancer dans l’épreuve reine. «Pour nous, ici, chaque entraînement est une course, soupirait cette fille d’expérience, qui compte déjà vingt podiums en Coupe du monde (4 victoires). Mais à la fin, on espère, pour le bien de l’équipe, que ce seront les quatre meilleures qui seront au départ.» Deuxième du premier entraînement derrière Ilka Stuhec mais juste devant Lara Gut, celle qui s’était classée deuxième la saison dernière lors des finales dans les Grisons a logiquement obtenu ce mercredi soir le 2e ticket pour s’élancer dimanche sur cette Engadina qu’elle apprécie tellement. «Je me sens vraiment en confiance sur ce tracé où en descente je suis déjà au niveau de celles qui dominent la discipline, se réjouit-elle. Nous nous sommes bien entraînés ici début janvier, c’est un avantage.» Les deux dernières places se joueront ce jeudi et samedi entre Jasmine Flury (4e hier!), Corine Suter (8e) et Michelle Gisin (11e).

Opérée le 8 décembre 2016 du genou droit, où on lui a enlevé un fragment du ménisque interne, Fabienne Suter n’est revenue à la compétition que le 15 janvier à Altenmarkt (22e) avant de se qualifier six jours plus tard à Garmisch (7e) pour les Mondiaux, ses sixièmes. Elle était d’ailleurs déjà présente en 2003 dans les Grisons alors qu’elle avait 18 ans. «A part ma petite chute, je me souviens d’une grosse euphorie où nous avions signé énormément d’autographes, rappelle la Schwytzoise. A l’époque, personne n’attendait de moi que je réussisse un résultat extraordinaire.» Aujourd’hui, c’est différent. «Ce seront mes derniers Mondiaux à… Saint-Moritz, sourit-elle, comme pour évacuer la pression. Mais expérience ou pas, comme toujours je ne vais rien changer à mes habitudes.» Et si après avoir souvent tourné autour lors d’un grand événement (4e, 5e et 6e), elle montait enfin sur le podium? Contrairement à Lara Gut, on ne l’attendra pas tout devant. Comme à Sotchi… C.MA. (TDG)

Créé: 08.02.2017, 21h35

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