Federer: «Borg et McEnroe sont des incroyables conteurs»

TennisRoger Federer a pris ses quartiers à Genève. À trois jours de la Laver Cup, il parle de Nadal, du poids des records, des liens que cette compétition tisse.

Organisateur de la Laver Cup, Roger Federer se dit «plus relax» pour cette 3e édition. «Je sais que la formule fonctionne.»

Organisateur de la Laver Cup, Roger Federer se dit «plus relax» pour cette 3e édition. «Je sais que la formule fonctionne.» Image: BASTIEN GALLAY

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Roger Federer, toute la Suisse est en panique depuis dix jours à l’idée que Rafael Nadal s’empare du record des titres en Grand Chelem. Comprenez-vous cette angoisse que vous ne semblez pas partager?
D’abord, je ne crois pas que le pays soit en panique (sourire). Ensuite, dans cette course au record, je ne peux contrôler que ce qui dépend de moi. J’ai adoré égaliser le record de Sampras, puis le battre. Ce furent des émotions très fortes que personne ne pourra m’enlever. Même si Rafa me dépasse, puis que Novak en fait de même, ce moment restera, ma joie aussi. Battre un record, c’est un bonheur pour toujours. Le conserver, ce n’est qu’une question de temps.

Rester en tête n’est donc pas essentiel à vos yeux?
Bien sûr que j’adorerais détenir tous les records… mais ce n’est pas réaliste. Le monde du tennis et les médias qui le couvrent exigent toujours plus. Il y a toujours un record à battre, une barrière à franchir. J’espère rester dans la course aux titres du Grand Chelem en 2020. Mais être capable de jouer à ce niveau à mon âge me procure aussi une immense satisfaction. Et j’aimerais surtout que l’on se souvienne d’une époque fantastique où trois joueurs ont énormément gagné en simultané.

On vous a quitté à New York, légèrement blessé à la nuque. Comment va-t-elle?
Le repos après l’US Open m’a fait du bien. Même si je sens encore quelque chose, je me suis entraîné sans problème samedi.

Vous serez donc capable de tenir votre place durant les trois jours de la Laver Cup?
Normalement oui. Après, cela dépend aussi d’autres facteurs. Combien de doubles Rafa est-il prêt à jouer? Quels sont les plans de Björn Borg (capitaine) et Thomas Enqvist (vice-capitaine)? Mais je me sens prêt à jouer le nombre de matches qu’ils voudront bien me confier.

La Laver Cup est une semaine spéciale pour vous. Ressentez-vous davantage la pression du joueur ou celle de l’organisateur?
Celle du joueur. La semaine dernière par exemple, je me suis surpris à penser aux combinaisons de double possibles, jamais aux défis de l’organisation. Nous abordons la troisième édition, je suis devenu plus relax. À Prague (en 2017), je me demandais si le public serait là dès le vendredi après-midi, s’il resterait toute la session. Cette édition est évidemment importante sur un plan personnel car elle a lieu en Suisse. Mais je sais que la formule fonctionne, que Palexpo sait y faire, que Tony (Godsick) et son équipe ont travaillé dur. Ma tête est donc entièrement à notre esprit d’équipe et à la compétition.

À ce propos, comment se passent les retrouvailles entre joueurs? On a l’impression parfois qu’il règne entre vous une ambiance de camp de ski.
Je ne suis parti qu’une seule fois en camp avec ma classe; ils tombaient toujours pendant les championnats suisses juniors (rire). Mais ça y ressemble un peu oui… Au début, j’étais nerveux. Je voulais que l’on prenne du temps tous ensemble. J’avais peur que certains débarquent à la dernière minute ou qu’un joueur annule. Mais en fait, ça fonctionne bien entre nous. Et même quand on n’est pas physiquement ensemble, on se donne des nouvelles via notre groupe WhatsApp.

Le «Team Europe» possède donc son propre groupe?
Vous aimeriez bien lire son contenu n’est-ce pas? (Éclat de rire) Je vous rassure, le plus souvent, ce sont des infos sérieuses. Mais chacun y va de son petit gag de temps en temps.

Votre coaching à «Sascha» Zverev restera comme l’une des images fortes des premières éditions. Est-ce que la Laver Cup vous a permis de découvrir des choses sur vos partenaires?
C’était très intéressant surtout par rapport à Rafa et Novak. Passer une semaine entière avec Rafa, par exemple, m’a permis de bien mesurer le niveau d’intensité qu’il s’impose mais aussi sa faculté à très vite se relâcher totalement. J’ai trouvé fascinant la façon dont il trouve cet équilibre avec les gens qui l’entourent.

Il s’agit d’une qualité que l’on vous prête souvent…
Et que j’ai retrouvée aussi chez Novak. C’était très intéressant de découvrir son côté léger; lui aussi passe d’un état extrêmement sérieux à un grand relâchement. Nous nous ressemblons sur ce point et ce n’est pas étonnant. Car quand tu joues 80 matches par saison et que tu veux durer au plus haut niveau, tu ne peux pas être sous tension plusieurs heures avant et après chaque match. Novak est également incroyable dans sa façon de se préparer: alimentation, visualisation, tout doit jouer. Et puis il sait parfaitement comment il veut gagner. Alors que Rafa, lui, cherche toujours des solutions pour s’améliorer. Est-ce que je dois retourner loin ou plus près de la ligne? Plus slicer, moins lifter? Il cherche sans cesse… Bon, cela dit, je n’arrive pas en Laver Cup pour observer les autres. Quant au coaching, Björn est toujours d’accord pour que l’on intervienne. Alors j’y vais.

Comment décririez-vous le caractère de vos coéquipiers?
Dominic (Thiem) dit oui à tout. Il est ultrafacile, relax, naturel. Si tu lui demandes quelque chose, il répondra: «Pas de problème.» Sascha (Zverev) est encore jeune et, même s’il donne parfois l’impression d’être un peu dans un tunnel, il est franc, ouvert et tranquille. Je me réjouis de découvrir Stefanos (Tsitsipas). Fabio (Fognini) est cool mais je ne connais pas son approche les jours de match. Et puis il y a Rafa qui est un énorme joueur d’équipe. Le seul truc avec lui, c’est qu’il lui faut ses heures d’entraînement. À Prague, il est allé faire des retours de service à 6 h du matin… Je ne sais pas s’il a fait une sieste pour récupérer mais il lui faut ses séances d’entraînement.

Il se dit que vous passez du temps ensemble en dehors du court. Pourriez-vous boire une bière en équipe au bar de l’hôtel?
C’est possible. Mais il y a surtout un soir où nous mangeons tous ensemble, avec un seul accompagnant autorisé par joueur. Je milite pour que l’on reste entre nous car on communique mieux si les gars ne sont pas noyés au milieu de leur staff. Si je me retrouve en face de Tsitsipas, lequel a Thiem à sa gauche et Nadal à droite, la discussion va prendre des contours différents. À Prague et à Chicago, cette soirée était très réussie. On va aussi parfois boire un café ensemble. Et avec les heures partagées à la salle, cela fait une semaine en communauté bien remplie.

Vous avez créé la Laver Cup en hommage à Rod Laver. Est-ce qu’il vous arrive, avec lui, McEnroe ou Borg, d’imaginer comment il aurait joué avec le matériel d’aujourd’hui? Et comment vous vous en sortiriez avec les raquettes en bois des années 1960?
Selon moi, les plus grands champions auraient pu s’adapter à n’importe quelle époque. Prenez Rafa, beaucoup pensent qu’il aurait du mal avec les raquettes en bois. Je ne suis pas d’accord. Sans doute aurait-il adapté son coup droit lasso et frappé plus à plat comme il le fait en revers. C’est pareil pour Rod Laver lequel jouait à plat parce que c’était le style de l’époque. Avec nos raquettes, «Rocket» aurait lifté facilement. Les meilleures mains et les meilleurs yeux s’adaptent à tout, ils apprennent, évoluent et trouvent un moyen d’exploiter leur talent. On a déjà parlé de tout ça avec Borg et McEnroe, qui ont vécu le basculement vers le professionnalisme. C’est très intéressant. Déjà parce que ces deux-là sont des conteurs incroyables. Ensuite parce que le tennis a beaucoup évolué.
Quand tu vois Nadal, Thiem ou Tsitsipas à l’entraînement, ils frappent toutes les balles avec une intensité folle et redescendent presque d’un ou deux niveaux en match. Or avant c’était l’inverse: on s’entraînait en rythme et on accélérait en compétition. C’est bien de pouvoir parler de ces évolutions entre nous.

Un mot encore sur le rapport de force. L’Europe peut-elle vraiment perdre cette Laver Cup?
Sur le papier, l’Europe est favorite et j’espère bien qu’elle va s’imposer. Mais il faut bien se rendre compte que le «Team World» est meilleur en double, qu’il possède de très grands serveurs et que, sur cette surface, avec l’altitude de Genève, c’est un avantage. J’ai bien conscience que notre remplaçant (Bautista Agut, ATP 10) est mieux classé que leur No 1 (John Isner, 20) et que l’on a plus de choix. Mais en indoor, avec un super tie-break à la place du troisième set, ce sera très serré. J’en suis convaincu.

Créé: 17.09.2019, 07h05

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