À Bâle, Roger Federer retourne le miroir du temps

TennisL’entrée en lice du «Maître» à Bâle est un plaisir récurrent: le théâtre idéal pour guetter des traces d’usure. Ou de relance, comme lors de son 1500e match.

Roger Federer est apparu, lundi soir, un peu plus jeune qu’il y a douze mois devant son public du «Joggeli».

Roger Federer est apparu, lundi soir, un peu plus jeune qu’il y a douze mois devant son public du «Joggeli». Image: AFP

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Et si Roger Federer avait voulu faire passer un message. Pour la première fois depuis six ans, l’ancien gamin des Old Boys a retrouvé son biotope du «Joggeli» un lundi soir, piégeant ses admirateurs les plus impatients qui s’étaient rués sur les billets du mardi en pariant sur un rituel immuable. La magie des retrouvailles entre Roger Federer et son tournoi tient sans doute dans ce quiproquo. Les années passent, tout semble identique et pourtant rien n’est tout à fait pareil. L’attente, l’ovation, l’amour, la fascination technique, l’emprise psychologique sur un adversaire réduit au rôle de faire-valoir (lundi Peter Gojowczyk, balayé 6-2, 6-1 en 53 minutes), rarement événement sportif a semblé aussi prédéfini. L’erreur serait donc de se laisser emporter par l’illusion d’une permanence. Non, Roger Federer n’est pas éternel. Il évolue. Mais lundi comme depuis quelques semaines, «le Maître» a semblé avancer dans l’autre sens.

Plus léger qu’en 2018

Pour s’en convaincre, il faut d’abord le regarder jouer. Dès le quatrième jeu de ce 1500e match sur le circuit principal – un chiffre fou – «RF» lâcha un contre de coup droit court croisé puis un revers long de ligne gagnant frappé à hauteur d’épaule. Deux coups qu’il avait cherchés en vain durant trois tours poussifs en 2018. Même si Peter Gojowczyk s’offrait comme un premier test très confortable, le constat n’échappe à personne. Roger Federer est bien plus léger qu’il y a douze mois. Comme s’il remontait le temps ou que son escapade terrienne avait fluidifié ses articulations. «C’est vrai que je me sens beaucoup moins fatigué que par le passé à la même époque, validait «le Maître» après la douche. En 2018, j’avais le dos qui coinçait un peu et je m’étais senti très fatigué déjà à Shanghai, où je n’avais plus aucun jus contre Coric (demi-finale). Cette année, les sensations sont meilleures, je l’ai senti à l’entraînement avec Tsitsipas et ce soir (ndlr: lundi) dès l’échauffement. Mais attention, mon état de forme ne garantit rien.»

C’est vrai. La forme ne garantit jamais des résultats immédiats. Mais elle définit un état de bien-être qui, à 38 ans, préfigure toute ambition. Pour s’en persuader, il faut écouter toutes ces phrases qui, bout à bout, racontent une tendance forte. Il y a pile un an, «RF» débarquait en effet à Bâle en avouant «ressentir les effets de la fatigue au double ou au triple». Il avait traversé son début de tournoi clopin-clopant avant de trouver un deuxième souffle qui l’avait porté vers un joli Bercy. Cette année, le ton a changé. Sa tournée d’exhibitions aux quatre coins du monde prévue cet hiver? «Je me représente autrement une tournée d’adieu.» «Adieu», le mot avait d’ailleurs presque des allures «gros mot» dimanche lors de son marathon médiatique. «Il y a trois ans, quand j’avais des problèmes de dos au retour de mon opération au genou, je me suis parfois demandé: est-ce que je reviendrai un jour dans ce tournoi? Mais depuis un an, je n’ai plus eu une telle pensée, a-t-il insisté. J’ai par exemple quitté Shanghai sans envisager de ne pas y retourner… Cela prouve que je suis porté par l’envie de jouer. Le sujet de la retraite n’est pas du tout d’actualité.»

Une injustice à corriger

En un an, le discours a changé sur le long terme. Et sur l’avenir immédiat. «J’ai bon espoir de frapper un grand coup d’ici à la fin de saison, appuie-t-il au micro de SF. Ici, peut-être à Paris mais surtout à Londres.» Là aussi, il faut se souvenir. En 2018, Roger Federer avait eu besoin de sa demi-finale de Bercy contre Djokovic pour se croire capable de remporter le Masters. Cette année, il ne cherche même pas à se rassurer. On le sent animé par une force qui se situe au confluent de la confiance et de la frustration. Pour faire simple, «RF» se sent fort et son palmarès vierge de titre depuis Miami n’en est que plus suspect. Selon lui, 2019 est un cru dont la qualité n’a pas la reconnaissance qu’il mérite. Le Bâlois veut donc corriger cette injustice. Il ne gère pas ses forces ou ses acquis. Il fonce.

Pour toutes ses raisons, physiques et psychologiques, Roger Federer est apparu, lundi soir, un peu plus jeune qu’il y a douze mois devant le miroir que lui tend son public du «Joggeli». N’était-ce qu’une illusion? L’effet papillon de ces retrouvailles avancées au lundi? Peu importe. La fascination, elle, n’a jamais été aussi réelle.

Créé: 21.10.2019, 23h17

Coupe Davis: trois «Big 4» à Madrid

Après dix-huit mois tempétueux, Gerard Piqué a sans doute esquissé un sourire de soulagement, lundi, à mesure que les grands noms annonçaient leur participation à la première édition de ce que l’ITF nomme désormais «la Coupe du monde de tennis». Novak Djokovic, Rafael Nadal, Andy Murray ou encore Daniil Medvedev ont en effet tous validé leur présence à Madrid, du 18 au 24 novembre prochain. Avec les Monfils, Goffin, Khachanov, Schwartzman et Auger-Aliassime, pas moins de 12 «Top 20» ont donc déjà accepté la convocation de leur capitaine. Un chiffre qui donne de l’air à l’ITF et à Kosmos, attaqués de toute part pour avoir vendu l’âme de la Coupe Davis mais qui semblent en passe de réussir le plus médiatique des paris: faire revenir les meilleurs sous les drapeaux.

Sur papier, le défenseur du Barça peut donc jubiler. Car les absents de marque sont rares. Ils sont Suisses (Federer, Wawrinka), managé par un Suisse (Zverev, qui a rejoint «Team 8», l’agence de Federer), non-qualifié (Thiem) ou blessé (Nishikori). Pour l’anecdote, Roger Federer et Alexander Zverev seront ainsi à Mexico City pour une exhibition mammouth devant 41'000 spectateurs la veille de la finale (23 novembre). Autre stade, autre ambiance.

Alors bien sûr, cette finale madrilène ne sera plus «la» Coupe Davis (deux sets gagnants, rencontre à trois points). Et il ne faudra pas être dupe: ce patriotisme retrouvé a été convoqué à grand renfort de millions par Kosmos. Mais comme en Laver Cup, seuls le temps et la vérité du terrain feront foi. Or depuis ce lundi, cette dernière promet un vrai spectacle.

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