Juliane Robra: une vie sur les tatamis

Les Genevois aux JOA 29?ans, la Genevoise née en Allemagne dispute ses premiers Jeux et rêve d’une médaille.

Image: Pierre Abensur

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On peut parfois lire sur un visage. Celui de Juliane Robra raconte de belles histoires. Il y a cette mâchoire, si sévère quand elle empoigne une adversaire et si doux quand elle rit aux éclats. Il y a aussi ces yeux, si noirs quand elle vient de placer un ippon et si pétillants quand elle grimpe sur les podiums des compétitions internationales. Et c’est bien ce qu’elle compte faire le 1er août sur les tatamis de l’Excel Centre.

C’est dans une salle suintante d’un fitness genevois qu’elle a mis la touche presque finale au volet physique de sa préparation olympique. L’occasion de découvrir une fille épatante, bien dans sa tête et son corps. Il subsiste dans la voix de Juliane une pointe d’accent germanique qui ne trompe pas. «Je suis née dans la Ruhr, à Erdecke, non loin de Dortmund, raconte-elle. J’y ai vécu jusqu’à l’âge de 11?ans.» En Allemagne, le sport est une partie intégrante de la vie scolaire. Au programme des cours de l’école primaire, le judo est proposé. Coup de foudre immédiat. «J’ai tout de suite accroché, reprend-elle. J’aime le mouvement, le combat, l’aspect tridimensionnel du corps à corps.»

Juliane n’est pas une surdouée. «Plutôt une surmotivée, rigole-t-elle. Et puis j’ai toujours adoré bouger. Vélo, natation, course, dès mon plus jeune âge j’avais besoin de me dépenser.»

C’est à 11?ans que sa vie est chamboulée. Son papa, pasteur, est muté à Genève au Conseil œcuménique des Eglises. Martin emmène avec lui sa femme, professeure à l’Université, et ses trois enfants. Direction Chêne-Bougeries. «Pour moi, ce fut assez difficile à accepter, se souvient-elle. Je n’avais pas peur de bouger, non, mais j’avais conscience de tout ce que j’allais perdre. Ma vie était là-bas, en Allemagne. Je laissais derrière moi mes amis, mon club de judo. Et puis j’avais assez mal vécu le fait que je n’avais pas de prise sur cette décision. On me l’imposait.»

L’identité sportive suisse

Juliane Robra, on le comprend vite, ce n’est pas seulement un visage. C’est aussi – et surtout peut-être – un caractère bien trempé. «A mon arrivée à Genève, je répétais sans cesse à mes parents que je voulais repartir. Ça a bien duré quelques mois. Au point qu’un jour, ma mère est venue m’annoncer que tout était prêt pour que je reparte là-bas et qu’il ne tenait qu’à moi de choisir. J’étais à nouveau en position de décider. Ça a été comme un électrochoc et j’ai donc choisi de rester ici.»

Dix-sept ans plus tard, elle se sent totalement Genevoise et Suissesse. «Sportivement, j’ai toujours combattu pour la Suisse.» Mais elle garde dans un coin de sa tête et de son cœur le souvenir de sa jeunesse dans la Ruhr. De ses années passées dans l’Allemagne industrielle, Juliane garde quelques belles amitiés. «Au début, j’écrivais à la moitié de la classe. Et puis avec le temps, seules les vraies amies restent.» Elle n’oublie pas non plus que c’est là-bas qu’elle a grandi sur les tatamis. «Avant de déménager, mon premier entraîneur a glissé à mes parents que ce serait une bonne chose de me trouver un bon club à Genève. Il devait sans doute penser que j’avais un certain potentiel.» Elle atterrit au Shung do Kwan Budo à la rue Liotard. «C’était pratique pour m’y rendre toute seule depuis la Gradelle. Le bus No 9 me posait à la gare et je pouvais terminer le trajet à pied ou prendre un autre bus.»

Comme Sergei Aschwanden?

De la rue Liotard à Macolin, il n’y a qu’un pas, qu’elle effectue à 20?ans. «Et depuis 2006, je ne fais que du judo», explique-t-elle. En 2008, elle manque d’un rien sa qualification pour les Jeux de Pékin. «Je les ai suivis sur grand écran. Et j’avais assisté à la médaille de Sergei Aschwanden. Un moment inoubliable, tellement fort.» De quoi l’inspirer? «J’espère! Depuis 2008, je suis focalisée sur Londres. Les Jeux, c’est quatre ans de préparation. C’est un sacré sacrifice. Surtout quand on sait qu’en judo tout peut s’arrêter en une fraction de seconde lors du premier combat», conclut-elle, l’œil noir et pétillant à la fois. (TDG)

Créé: 26.07.2012, 10h49

De la Ruhr à Londres en passant par Genève

Juliane Robra est née dans la Ruhr, en Allemagne, le 8 janvier 1983. Son papa était pasteur et sa maman professeure à l’Université de Cologne.

Le déménagement 
A 11 ans, son père est nommé au Conseil œcuménique des Eglises à Genève. Toute la famille emménage alors à Chêne-Bougeries. «J’ai appris, en m’intégrant ici, que je pouvais vivre heureuse n’importe où.»

Le judo à Genève
Sociétaire du Shung do Kwan Budo de la rue Liotard, elle s’entraîne aussi parfois à Carouge puisque les deux clubs travaillent ensemble. «A 19 ans, mon entraîneur, Monika Kurath, m’a incitée à me consacrer à mon sport à 100%.»

Carrière
A 20 ans, elle emménage à Macolin. 8 fois championne de Suisse. En 2005, elle devient vice-championne d’Europe M23. En 2010, elle décroche sa première médaille dans un grand championnat. Elle se pare de bronze aux Européens de Vienne. Rebelote cette année en Russie.

A Londres
Elle sera en lice le 1er août à l’Excel Centre. C’est dans la catégorie de moins de 70 kilos qu’elle tentera de briller pour ses premiers Jeux.

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