Au-delà des records, le 13e Marathon de Genève remporte une nouvelle victoire

Course à piedMême si le Kényan Yegon a raté de peu le mur des 2 h 10, l’épreuve a franchi un pas de plus

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C’est une image forte, presque poignante. Elle dit bien le courage de l’homme, sa capacité de dépassement de soi. On ne parle pas là des cadors du marathon, qui chassent les records et bravent les limites par goût d’absolu ou par mission marketing. Non, on n’est pas à Monza, où samedi aux aurores le Kenyan Eliud Kipchoge a bien failli briser un fantasme, l’impossible mur des 2 heures. Un mur plus tout à fait irrésistible, même si les 2 h 00’25’’ du champion olympique, orchestrés comme un show, ne seront pas homologués…

On n’est pas non plus sur le pont du Mont-Blanc où il n’a manqué hier que 32 secondes au Kenyan William Yegon pour se glisser sous celui des 2 h 10’, l’objectif visé pour ce Marathon de Genève. Non, on est sur le quai du Général-Guisan, là où Matt l’Estonien court en traînant les jambes et en serrant les dents. Quelques centaines de mètres de rab pour la bonne cause. «Ce n’est rien pour moi, juste un petit effort de plus, j’en ai encore la force! Si ça peut aider, c’est formidable», confie le héros de l’ombre, un sourire tatoué sur son rictus.

La loterie du ciel

Cet «extra-mile» du cœur, auquel plus de 3000 concurrents ont pris part, a fait un carton. «C’est le meilleur décrassage que l’on puisse imaginer», s’exclame Ludovic, un Auvergnat tonitruant qui fait la queue pour immortaliser son geste en faveur de l’Unicef. Bientôt, l’installation de nouvelles pompes hydrauliques donnera de l’espoir à l’enfance déshéritée. Cité de l’eau, Genève honore là sa réputation, même si William Yegon a terminé son pensum à sec, essoré par sa course effrénée et à court de ravitaillement liquide! Un comble au bord du lac et de son glorieux panache. Mais un verre d’eau aurait-il suffi à redonner des jambes au Kenyan, arrivé sur les rotules?

L’intéressé, qui compte aussi à son palmarès les marathons de Tel-Aviv et de Heifei en Chine, en est persuadé. Trop ambitieux, n’a-t-il pas plutôt présumé de ses forces en passant à la mi-course en 1 h 04’20’’, puis au 30e km en 1 h 30’40’’? Des références osées, à quatre minutes certes des temps de passage supersoniques de Kipchoge à Monza, mais avec un seul lièvre à son service, disparu dans la nature au km 27, et avec un taux d’humidité supérieur (94%!), terriblement gaspilleur d’oxygène.

«Aujourd’hui, sa performance prouve qu’un chrono de 2 h 08’’ est tout à fait envisageable à Genève», estime René Auguin, le responsable du plateau élite. «Je reviendrai», a lancé Yegon, pas rancunier et plus riche de 10 000 dollars.

De fait, c’est encore une fois le ciel, maussade, qui a joué un tour pendable aux coureurs. «Il faisait bien trop froid», confirmera l’Ethiopienne Mergesa Motu, la gagnante chez les femmes.

«Le marathon, c’est son souvent une loterie climatique. A Londres, malgré 4 millions de budget consacrés à l’élite, seuls six coureurs sont descendus ce printemps sous les 2 h 10’’. Et à un Reims, en 2012, le Kenyan Kipchumba a battu son record personnel de cinq minutes en 2 h 06’’!» raconte René Auguin.

«Franchement, Genève est un grand petit marathon qui mérite mieux, un vrai soleil. Parce qu’il a une âme, une organisation au poil et un superbe parcours, renchérit Dominique Chauvelier, le créateur historique des meneurs d’allure.

Gare à la banalisation

L’ancien marathonien français espère surtout que l’exploit de Kipchoge n’aura pas pour effet de «banaliser les chronos «normaux» et de dévaloriser des coureurs qui, comme Yegon, se démènent et s’épuisent à courir en 2 h 10 face au vent.» Une chose est sûre, il n’a pas complexé les concurrents arrivés souvent en transe sous la banderole du pont du Mont-Blanc. A l’image du Belge Dirk Van Thuyne, passé enfin sous les 3 heures à l’occasion de son 76e marathon. Ou de l’Anglais Matthew Barrett, ravi de s’être qualifié pour le marathon de Londres 2019 en battant son record personnel en 3 h 03’’! Quant à John Rezzonico, 20e en 2 h 48’44’’, il s’est surpris à être le meilleur Suisse du peloton!

«Ce sera notre prochaine mission, chercher à attirer à Genève les meilleurs marathoniens helvétiques. Si Tadesse Abraham est trop cher pour nous, on espère qu’il pourra nous offrir ses bons offices», confie Benjamin Chandelier, un organisateur aux anges, émerveillé par «ces milliers de sourires qui ont éclairé une édition de tous les records, plus populaire que jamais». (TDG)

Créé: 07.05.2017, 20h19

Les autres courses

10 km messieurs Mohamed Boulama a de la suite dans les idées. Déjà vainqueur de l’épreuve il y a deux ans, il a fêté son troisième succès de l’année sur 10 km après Aix-les-Bains et Lausanne. En 30’48’’, le Marocain de Bienne a signé un chrono de fort bonne facture, laissant son dauphin Guillaume Dupire (Petit-Lancy) à 44 secondes.

10 km dames 2e en 2014 pour sa seule participation jusqu’ici, Penuel Kiondo tenait à inscrire son nom au palmarès: l’athlète du Stade Genève (49 printemps cette année…), fière de sa performance, n’a rien laissé au hasard! «J’ai tout donné, à fond d’un bout à l’autre! C’était dur mais ça s’est très bien passé. Les conditions de course ne m’ont pas gênée», confiait-elle.

La Genevoise Contraste saisissant, la gagnante de la Genevoise (6,5 km) n’avouait que 18 ans! La sociétaire d’Athlétisme Viseu, Carolina Hernandez Pita — qui a retranché deux minutes au meilleur chrono de l’an dernier — n’en revenait pas: «C’est une énorme surprise pour moi, je ne m’y attendais pas du tout!» La spécialiste de piste (800 m) et de cross-country, a devancé Fabiola Rueda-Oppliger, déjà deuxième il y a douze mois. Ph.R

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